Internet vous rend-il encore plus malade ?
Publié en mars 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Vous pensez être malade, ou peut-être l’êtes-vous vraiment ? L’IA est là qui vous invite et vous aime. En quelques secondes, voici un diagnostic ou une aide au diagnostic. Votre médecin a peut-être un autre avis ? La charge de la preuve lui incombe. ChatGPT a compris l’enjeu, en lançant en janvier ChatGPT Health, qui promet de faire un malheur.
En attendant de voir comment l’IA s’insère dans un paysage déjà surchargé, la journaliste spécialisée Deborah Cohen livre une enquête approfondie sur la façon dont Internet influe sur notre santé. C’est le mot clé : influe, influence, influenceur. « Son analyse convaincante met à nu la façon dont les influenceurs des médias sociaux, les applications, les algorithmes et le reste de l’écosystème numérique sont en train de transformer notre santé, pour le meilleur et, souvent, pour le pire », écrit Helen Pearson, l’une des principales journalistes de la revue scientifique Nature. Pour le meilleur, en ce qu’Internet « démocratise » l’accès au savoir médical, précise Pearson, et aussi parce que dans certains domaines, négligés par la médecine traditionnelle, comme la santé des femmes en tant que reproductrices, les réseaux sociaux comblent un vide. Mais plus souvent pour le pire, estime Deborah Cohen, car les influenceurs les plus suivis (cela se compte en millions de vues) véhiculent des contenus souvent biaisés, voire dangereux. Beaucoup d’entre eux/elles se font payer par des bonimenteurs et, de manière quasi institutionnelle, par des laboratoires pharmaceutiques peu regardants sur la manière dont ils promeuvent leurs produits.
Internet modifie notre rapport à la santé de trois façons principales, résume The Economist. D’abord en persuadant des gens en bonne santé qu’ils sont malades. Un exemple classique : le TDAH (trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), dont les diagnostics ont augmenté ne 400 % en quelques années. Ensuite, du fait de l’explosion de la publicité visible ou dissimulée pour les produits de santé, « influenceurs de patients » à l’appui. Enfin, par la mise sur la sellette du médecin, à qui le patient vient expliquer, Internet à l’appui, qu’il ne connaît pas son métier.
L’essor des fausses croyances qui en résulte a pour effet de doper encore les coûts de la santé : les thérapies bidon ont des effets secondaires et entravent la bonne prévention, tandis que l’inflation de pseudo et autodiagnostics conduit à une surprescription d’examens inutiles.
