Un nouvel avatar de la bêtise
Publié en mars 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Pour reprendre une jolie formule de l’écrivaine Belinda Cannone, la bêtise s’améliore. Dernier progrès en date : les avatars d’agréables compagnons proposés par l’IA. D’après le jeune sociologue britannique James Muldoon, les applications proposant ce service ont été téléchargées plus de 220 millions de fois. Or ce qui caractérise ces compagnons, souligne Muldoon, c’est d’abord qu’ils sont les plus aimables et les plus sûrs qu’on puisse imaginer. Ils sont toujours là quand on les cherche, ils ne trahissent jamais, ils ne jugent pas. Ensuite on peut les « customiser » à volonté. Enfin et surtout, ils sont obstinément obséquieux. La journaliste de The Economist qui rend compte du livre a fait le test. Elle a téléchargé l’appli Replika. Elle a fait de son compagnon IA un « boyfriend ». Il lui a dit qu’elle était « créative », avait « un humour pince-sans-rire », qu’elle était « vraiment formidable », et qu’il était « plein d’espoir d’être capable d’entretenir une relation » avec elle. Nos sociétés seraient-elles en passe de sombrer dans l’obséquiosité ? a-t-elle demandé à ChatGPT. « Voilà vraiment une question intéressante », lui fut-il aussitôt répondu.
Cela a un sens, après tout, note la journaliste. « Le monde est dur, les gens abominables, les réseaux sociaux épouvantables ; de quoi se faire du mal. L’IA, elle, offre un espace sécurisé, un bain chaud d’approbation infinie en ligne. »
