Iran 2004 : résistibles espoirs

Plus de vingt ans ont passé depuis que Christopher de Bellaigue a écrit ce livre, qui vaut d’être lu ou relu à la lumière des événements actuels. Alors correspondant de The Economist en Iran, de Bellaigue, âgé de 35 ans, parlait farsi, s’était converti à l’islam et avait épousé une Iranienne. En 2004 on était à la fin de la présidence du réformiste Mohammad Khatami, dont les appels au « dialogue entre les civilisations » étaient contrecarrés par les actions concrètes des gardiens de la révolution, adoubés par l’inévitable Guide suprême, Ali Khamenei, intronisé depuis 1989.


Il soulignait dans son livre ce surprenant paradoxe : quand le shah a soudainement proscrit le tchador, dans les années 1930, cela a conduit des millions de femmes à se précipiter chez elles pour s’y cloîtrer, tandis que l’obligation de le porter édictée par l’ayatollah Khomeyni en 1979 a eu pour effet de les encourager à retourner dans les établissements scolaires, augurant leur percée dans les universités.


La principale originalité de ce livre était de présenter une série de courts portraits de fondamentalistes que de Bellaigue avait côtoyés et dans certains cas appréciés. Il présente ainsi comme un ami un certain Zarif, « responsable de nombreuses violences pendant la révolution de 1979 mais devenu un affable convive et informateur », pouvait-on lire dans le compte-rendu publié à l’époque dans le Guardian. De Bellaigue l’invite à déjeuner chez lui et Zarif dit ceci : « Je suis iranien. Je ne me souviens pas avoir bu de l’alcool ni avoir jeté de regards lubriques sur une autre femme que la mienne. Je ne me rappelle pas avoir jamais manqué de dire mes prières. Cela se fonde sur une pensée, une essence, et cette essence doit trouver le moyen de s’harmoniser avec la modernité. C’est alors que nos problèmes seront résolus. » De Bellaigue s’était aussi bien sûr fait des amis chez les réformistes et s’était mis à « rêver à la possibilité d’apporter un démenti à ceux qui jugent l’islam et la démocratie incompatibles », écrivait le Kurde iranien Hazhir Teirmourian dans la Literary Review. De Bellaigue est retourné vivre en Grande-Bretagne avec son épouse en 2007.

LE LIVRE
LE LIVRE

In the Rose Garden of the Martyrs: A Memoir of Iran de Christopher de Bellaigue, Harper Perennial, 2005

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