Le marché du sexe, c’est compliqué
Publié en avril 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Pour des raisons dont certaines sont évidentes, d’autres moins, le marché du sexe échappe largement à l’analyse économique. Les chercheurs qui s’y intéressent se focalisent plutôt sur les aspects épidémiologiques ou psychologiques. Selon The Economist, le seul marché du porno, qui ne représente qu’une fraction du total, est évalué à 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires par an, soit deux fois plus que celui de l’IA. Pour en savoir plus, des économistes mènent des études de terrain dont certaines s’inspirent des méthodes utilisées par les écologistes pour évaluer les populations d’oiseaux. Une étude de ce genre menée au Rwanda a permis d’évaluer à une fourchette de 9 000 à 23 000 le nombre de femmes qui pratiquent la prostitution de rue. Une autre étude, menée par des chercheurs de l’université catholique de Louvain, en Belgique, sur un site de rencontres, montre qu’entre 0,15 % et 0,18 % des femmes de 15 à 49 ans sont engagées dans le travail du sexe.
Il est aussi possible d’évaluer l’effet d’un changement de réglementation. Deux études récentes plaident pour une libéralisation du marché, car cela entraîne une baisse de la criminalité et des pathologies infectieuses.
Dans une lettre reçue par The Economist, une Néerlandaise qui se présente comme tenancière d’un bordel « à forte activité » souligne que les données chiffrées auxquelles aboutissent les économistes ne tiennent pas compte de la partie haute du marché. Les vendeuses de sexe de haut niveau ne répondent pas aux questions d’éventuels enquêteurs. D’autre part elles recherchent souvent autre chose qu’une simple rémunération : un logement, des services et biens divers. « Cela rend la réalité économique plus complexe qu’elle le paraît », conclut-elle (pour une illustration, lire « La phénoménale Pamela Churchill », dans cette livraison de la Booksletter).
