Si mes gènes m’incitent à agresser, pourquoi me condamner ?
Publié en mai 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
« Qu’est-ce qui fait qu’un jeune se conduise mal ? » La question a été posée à Kathryn Paige Harden par un détenu emprisonné à vie à l’âge de 16 ans (dans le même centre de détention qu’ont connu Bonnie and Clyde) pour avoir kidnappé, volé et violé une femme.
Kathryn Paige Harden dirige le laboratoire de génétique du comportement à l’université du Texas à Austin. Spécialiste de l’étude des jumeaux, elle a signé en 2021 avec 29 coauteurs un article scientifique concluant à l’association entre traits génétiques et tendance à l’addiction et au manque de contrôle de soi. L’étude porte sur un pool d’un million et demi de personnes.
Traduit en français (La Loterie génétique), son premier livre avait donné lieu à une vive controverse. Dans son nouvel ouvrage, elle ouvre plus largement le champ du débat en mettant en scène sa propre histoire et en lestant ce sujet déjà bien chargé d’un poids supplémentaire : la référence au péché originel. Élevée dans un milieu évangélique dont elle s’est détachée, elle estime que l’idée du péché originel continue d’instruire nos consciences – y compris la sienne. L’énorme taux d’incarcération aux États-Unis relève selon elle d’une « logique biaisée, version sécularisée de la logique de l’enfer ». À l’arrière-plan subsisterait l’idée que certains sont nés mauvais, sont donc irrécupérables et doivent être mis à l’écart de la société. En même temps, le désir de punir comporte lui-même une composante génétique, ce dont témoignerait le plaisir des enfants à voir un autre puni.
L’influence conjuguée des gènes et de l’environnement sur nos conduites est un casse-tête qui irrigue de manière récurrente la littérature scientifique et populaire. Curieusement, le débat reflète aussi les préférences politiques : on est plus du côté des gènes quand on est de droite, plus du côté de l’environnement quand on est de gauche. Une préférence qui pourrait elle-même comporter une composante génétique, assurent certains chercheurs…
Sans surprise, ce livre, qui selon plusieurs critiques argumente en faveur d’une prise en compte réfléchie de l’influence génétique, est descendu en flammes par un jeune philosophe de gauche de l’université de Toronto. Dans la Los Angeles Review of Books, il accuse l’auteure d’avoir pour véritable dessein de « convaincre les gens de gauche d’accepter que des causes génétiques puissent déterminer à l’avance qui finira diplômé de l’université et qui finira en prison ».
