Grandeur et vulnérabilité de l’empire Musk
Publié en mai 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Après l’introduction en Bourse de SpaceX, la fortune personnelle d’Elon Musk pourrait franchir la barre du millier de milliards de dollars, soit le PIB de la Suisse ou, mieux, celui de l’Afrique du Sud, son pays d’origine. Les auteurs de ce livre, qui n’est pas à proprement parler une biographie, le comparent à Henry Ford, en ce qu’il incarne et contribue à définir le capitalisme de son époque, sinon peut-être de son siècle. Les auteurs organisent leur analyse autour d’un paradoxe central, se plaît à souligner The Economist : Musk se présente comme un électron libre, qui se défie et se moque de l’État, alors que depuis sa première start-up il a construit son empire dans le sillage de l’État fédéral américain, exploitant les technologies développées par ce dernier, bénéficiant de ses appels d’offres, de ses prêts et subventions. Bien des activités du groupe Musk sont développées par procuration. Le résultat est un empire « en symbiose avec l’État » écrit l’hebdomadaire. Ce serait là « l’essence du muskisme ».
Mais au-delà, il y a une dimension idéologique qui est plus difficile à saisir. Dans le mensuel évangélique américain Christianity Today, Jeffrey Bilbro juge un peu rapide l’insistance des auteurs sur l’ombre portée par l’enfance d’Elon Musk au pays de l’apartheid. Après tout, il a fui ce pays à l’âge de 17 ans pour échapper au service militaire. Bilbro préfère souligner l’originalité de sa réussite d’homme d’affaires, qui se distingue de celle des autres géants de la tech en ce qu’elle se fonde avant tout sur la production industrielle, sur le « hard » plus que sur le « soft ». Son souci d’assurer l’intégration verticale de ses activités, en produisant ses propres batteries, par exemple, lui assure une autonomie rare dans le paysage industriel.
Tout en se défendant d’être un « fan » de Musk, Bilbro voit dans le muskisme « une réponse au caractère disruptif et incertain de la vie contemporaine ». Si l’on fait abstraction des pulsions extravagantes d’un homme dont la personnalité nous sidère, le véritable risque généré par son empire est que « le muskisme produit des systèmes hypercentralisés, donc intrinsèquement fragiles et susceptibles d’être préemptés par des tyrans sans scrupules ».
