Pourquoi avons-nous si peu besoin de sommeil ?
Publié en mai 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Plus on étudie le sommeil, plus on aboutit à des résultats déroutants. Dans notre espèce, ce que des philosophes des Lumières comme Hume et Locke considéraient comme une regrettable plongée dans l’inaction et l’irrationnel est en réalité essentiel au bon usage de la cognition, à la régulation des émotions, aux défenses immunitaires, au métabolisme, au lien social, rappelle l’anthropologue américain Nathaniel J. Dominy dans Nature en résumant le consensus actuel. De ce point de vue, Aristote avait déjà vu juste.
Dans un nouveau livre, son collègue David R. Samson ajoute un sujet de réflexion inattendu : en comparant notre physiologie avec celle des grands singes, il estime qu’on devrait dormir plus qu’eux, alors que c’est le contraire. Nous aurions théoriquement besoin de 9,5 heures de sommeil par 24 heures, alors qu’en faisant la moyenne des pratiques culturelles on aboutit à 7 heures (les médecins recommandent plutôt 8). Samson propose une théorie : le fait de dormir sur le sol et non plus dans les arbres nous a davantage exposés au risque de prédation et a favorisé un sommeil plus court et plus restaurateur, ce qui nous a aussi permis, du même coup, de consacrer plus de temps à chercher de la nourriture, améliorer nos outils et développer les relations sociales.
Difficile à démontrer, d’autant que les gorilles, par exemple, dorment souvent sur le sol. Dominy avance une autre piste, celle de l’usage du feu. Consacrer les soirées à deviser devant un feu, une pratique propre à notre espèce, pourrait conférer, selon lui, « les mêmes bénéfices neurophysiologiques que le sommeil ». Un beau programme de recherche.
