Tout bien réfléchi
Temps de lecture 1 min

Les Kurdes de Syrie entre deux feux

L’armée turque a visé samedi et dimanche des positions kurdes dans le nord de la Syrie. Pour Ankara, ces forces sont une émanation du PKK, le mouvement de guérilla des Kurdes de Turquie, avec lequel les négociations de paix ont achoppé l’été dernier. Leurs récentes avancées militaires sont jugées intolérables. Ce n’est pas la première fois que les Kurdes de Syrie sont impliqués dans le conflit entre leurs cousins et le régime turc. Michael Gunter rappelle, dans Out of Nowhere, à quel point ils participent, à l’image des autres acteurs de la région, à un jeu dangereux où l’ennemi de mon ennemi est mon ami… jusqu’au jour où il ne l’est plus.

Depuis le milieu du XXe siècle, les Kurdes de Syrie ont été victimes d’une violente répression. Damas a tout fait pour nier leur identité. Des dizaines de milliers d’entre eux ont été catalogués comme « étrangers ». Des populations ont été déplacées pour être remplacées par des Arabes.

Mais cela n’a pas empêché Hafez El-Assad d’offrir en 1978 l’asile au PKK. Son but est  alors de disposer d’une carte contre la Turquie, à laquelle l’opposent de nombreux conflits. Mais il s’agit aussi de resserrer le garrot autour de ses propres Kurdes, précise Michael Gunter : le PKK accepte d’étouffer la moindre velléité de rébellion, en échange de quoi le régime autorise les Kurdes syriens à rejoindre les rangs du parti au lieu de servir dans l’armée nationale. Ankara sonnera la fin de la partie en 1998, en menaçant d’entrer en guerre si la Syrie n’expulse pas le PKK. Ainsi sera fait.

Quand les Turcs commencent à soutenir la révolution syrienne en 2011, Assad lâche la bride au principal parti kurde de Syrie (PYD), fondé par des anciens du PKK, qui finit par contrôler la quasi-totalité des régions kurdes, notamment après des combats acharnés contre Daech. Mais « l’alliance entre le PYD et Assad n’est que partielle », souligne Michael Gunter. S’ils n’ont pas confiance dans l’opposition, muette sur leurs droits, les Kurdes de Syrie savent que leur sort ne serait pas plus enviable si Assad l’emportait. Ils empruntent donc une troisième voie, qui leur avait permis de créer depuis quelques mois le seul territoire à peu près pacifié de Syrie. Jusqu’à ce week-end.

LE LIVRE
LE LIVRE

Out of Nowhere : The Kurds of Syria in Peace and War de Michael Gunter, Hurst Publishers, 2014

SUR LE MÊME THÈME

Tout bien réfléchi Comment la rue est devenue un espace public
Tout bien réfléchi Indomptable Catalogne
Tout bien réfléchi Le dissemblable duo derrière l’ordinateur

Dans le magazine
BOOKS n°123

DOSSIER

Faut-il restituer l'art africain ?

Edito

Une idée iconoclaste

par Olivier Postel-Vinay

Chemin de traverse

13 faits & idées à glaner dans ce numéro

Chronique

Feu sur la bêtise !

par Cécile Guilbert

Voir le sommaire