Cachez ce lobby que je ne saurais voir
Publié en avril 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Les États-Unis sont-ils sous l’emprise du lobby pro-israélien ? L’intervention en Iran a ranimé un vieux débat et fait un bestseller d’un livre déjà ancien, naguère voué aux gémonies. Rédigé par deux éminents professeurs, l’un à l’université de Chicago, l’autre à Harvard, inspirés par le point de vue dit « réaliste » des relations internationales, l’ouvrage soutenait qu’en raison de l’efficacité dudit lobby, le considérable soutien financier, militaire et diplomatique apporté par les États-Unis à Israël est disproportionné et finalement nuit aux intérêts des États-Unis.
Tout en décrivant les ramifications d’un lobby implanté dans tous les milieux d’influence, les auteurs accordaient une place particulière à son fer de lance, l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), dont la puissance leur paraît comparable à celle de la National Rifle Association, le lobby des armes à feu. De fait, dans un article récent, The Economist observe que l’AIPAC, entièrement financé par des donateurs américains, a dépensé plus de 100 millions de dollars lors des élections de 2022-2024 afin de soutenir les candidats pro-israéliens.
À sa parution le livre a suscité un concert de critiques, relevant parfois de l’injure, relève le journaliste Basel Hamdam dans un remarquable article de synthèse publié en 2015 dans le Journal of Political Inquiry. Les accusations d’antisémitisme ont fusé. Plus sérieux, peut-être, d’éminents professeurs d’université ont tenté de discréditer les auteurs en manipulant des phrases de leur livre pour leur faire dire ce qu’ils ne disaient pas. L’un d’eux compara le livre à l’infâme pamphlet Les Protocoles des Sages de Sion, ourdi dans les salons enfumés du dernier tsar de Russie. Il fut reproché aux auteurs d’alimenter les thèses conspirationnistes, ce qui n’était pas leur propos.
D’autres, plus modérés, ont formulé des critiques intéressantes, tant à droite qu’à gauche. Les auteurs ne seraient pas parvenus à définir avec suffisamment de précision le lobby en question et la façon dont il pénètre le système politique américain. Ils font bon marché de la question du pétrole, dont il est difficile de nier qu’elle joue un rôle central dans la politique américaine au Moyen-Orient. Ils négligent aussi le lobby du complexe militaro-industriel, dont l’influence est probablement déterminante. Et ils font du lobby pro-israélien un bouc émissaire qui dédouane un peu vite les dirigeants américains, in fine responsables de leurs décisions.
La plupart des critiques de bonne foi ont cependant salué le courage des deux professeurs, dont le principal mérite est d’avoir levé un tabou.
