De Winston
Amirauté (1)
24 juillet 1914
Ma chérie,
J’ai réussi à reporter mes conférences navales et je viendrai vous voir demain, vous & les chatons [leurs enfants Diana et Randolph, NdlR], par le train d’1 heure.
Je vous donnerai alors toutes les nouvelles. L’Europe tremble, au bord d’une guerre généralisée. L’ultimatum de l’Autriche à la Serbie étant le document de ce type le plus insolent jamais conçu. À côté de cela, la formation d’un gouv. provisoire en Ulster, désormais imminente, paraît presque de la routine. (2)
Il faudra juger des événements à venir en Ulster quand ils se produiront. Personne ne semble guère s’en alarmer.
Avec mon tendre & profond amour,
W.
De Clementine
Pear Tree Cottage (3)
Lundi soir [27 juillet 1914]
Mon chéri
Je viens juste de raccrocher (4). C’est merveilleux d’entendre votre voix si clairement aussi loin –
J’avais tellement envie de vous prendre dans mes bras & d’embrasser votre cher visage – Mais je dois aussi vous dire que je ne suis pas une chatte [le surnom qu’elle se donne, NdlR] aveugle ! J’ai perçu une note de critique indulgente dans votre voix lorsque je vous ai dit que je n’avais pas vu l’ordre donné à la Première flotte dans les journaux ! Je me suis précipitée à la maison « les oreilles rabattues & la queue au vent » & j’ai dévoré le « times » de la première à la dernière page, y compris les annonces & le courrier du cœur, mais sans succès ! Je soupçonne que l’édition du Times qui est distribuée dans ce coin reculé est imprimée pendant la nuit !
Bonne nuit, mon très cher amour – J’aime à croire que les choses s’amélioreront demain – Assurément, toute heure de sursis ne peut être que favorable au camp de la paix. Ce serait une mauvaise guerre –
Votre Clemmie
qui vous aime
De Winston
Amirauté
28 juillet 1914, minuit
Ma chérie & ma toute belle –
Tout se dirige vers la catastrophe & l’effondrement. Je suis intéressé, remonté à bloc & content. Ce n’est pas épouvantable d’être ainsi fait ? Ces préparatifs exercent sur moi une horrible fascination. Je prie Dieu de me pardonner ces effroyables passes de légèreté – Reste que je ferais tout mon possible pour la paix, & que rien ne m’inciterait à porter le premier coup par vilenie – Je n’arrive pas à me persuader que nous, dans notre île, nous ayons une sérieuse responsabilité dans la vague de folie qui a emporté les esprits du monde chrétien. Personne ne peut en mesurer les conséquences. Je me demandais si ces imbéciles de Rois & d’Empereurs ne pourraient pas se réunir & redonner du sens à la Royauté en sauvant les nations de l’enfer, mais nous sommes tous à la dérive, mus par une sorte de sourde transe cataleptique. Comme s’il s’agissait de chirurgie pour quelqu’un d’autre !
Les deux cygnes noirs du lac du parc St James ont un adorable petit – gris, duveteux, précieux & unique. Je les ai observés ce soir pour me changer de tous les projets & plans de bataille. Nous mettons l’ensemble de la marine sur le pied de guerre (sauf les réservistes). Et tout semble parfaitement au point dans le moindre détail. Les marins sont tout excités et sûrs d’eux. Tout le matériel est au niveau des dotations prévues. Tout est prêt comme jamais auparavant. Et nous sommes en alerte du matin au soir. Mais la guerre, c’est l’Inconnu & l’Inattendu ! Que Dieu nous garde, ainsi que ce que nous a légué notre long passé. Vous savez à quel point je serais prêt à fièrement risquer – ou si besoin est à donner – ma période d’existence pour que notre pays reste grand & célèbre & prospère & libre. Mais ces problèmes sont ts difficiles. Il faut essayer de mesurer l’indéfini & de peser l’impondérable – je suis sûr cependant que si la guerre survient nous leur donnerons une bonne raclée.
Ma chérie… Téléphonez-moi à heure fixe. Mais parlez en paraboles – car tous nous écoutent.
Embrassez donc les chatons & soyez aimée à jamais seulement de moi.
Je suis à vous seule,
W.
De Winston
Amirauté
31 juillet 1914
Secret
À ne pas laisser traîner –
mais à mettre sous clé ou à brûler.
Ma chérie –
Il y a encore de l’espoir bien que les nuages soient de plus en plus noirs. Je crois que l’Allemagne s’aperçoit de l’ampleur des forces dressées contre elle & essaye un peu tard de modérer son idiote d’alliée. Nous essayons de calmer la Russie. Mais tout le monde se prépare rapidement à la guerre et le couperet peut désormais tomber à tout moment. Nous sommes prêts.
Je ne pourrais pas vous dire tout ce que j’ai fait & les responsabilités que j’ai prises ces derniers jours : mais tout marche bien & tout le monde a bien réagi. Les journaux ont observé une retenue admirable…
L’Allemagne nous a envoyé une proposition aux termes de laquelle nous resterions neutres si elle promet de ne pas annexer de territoire français ni d’envahir la Hollande – Il est inévitable qu’elle annexe des colonies françaises & elle ne peut pas promettre de ne pas envahir la Belgique – qu’elle est contrainte par traité non seulement de respecter, mais de défendre. Grey [ministre des Affaires étrangères] a répondu que ces propositions sont impossibles & déshonorantes. Tout laisse donc présager une confrontation sur ces questions. Pourtant l’espoir n’est pas mort.
La Cité de Londres sombre tout simplement dans le chaos. Le système bancaire mondial est pratiquement en panne. On ne peut vendre ni valeurs ni actions. On ne peut emprunter. Bientôt, peut-être, il ne sera plus possible d’échanger un chèque contre des espèces. Le prix des marchandises augmente jusqu’à atteindre des niveaux de panique. Des centaines de pauvres vont se retrouver sans le sou… Mais je suppose que l’appréhension de la guerre heurte ces intérêts davantage ou autant que la guerre elle-même. Vivement la victoire si elle advient.
J’ai décidé de déplacer Callaghan (5) & de confier le commandement suprême à Jellicoe (6) dès qu’il deviendra certain que la guerre va éclater.
Hier soir j’ai de nouveau dîné avec le P.M. Serein comme jamais. Mais il me soutient bien pour toutes les mesures nécessaires.
Tous les officiers de l’Enchantress [Le yacht de l’Amirauté, NdlR] mobilisés partent en bloc pour l’Invincible. Je retiens par la force les 2 dreadnoughts turcs qui sont prêts [à livrer]. Pour l’Irlande, je crois que cela va se régler.
Je suis décontenancé d’apprendre que les dépenses du mois s’élèvent à 175 £. Veuillez SVP m’envoyer les factures à la fois pour Pear Tree & pour Admiralty House séparément. Il va falloir prendre des mesures de rigueur. Je vais régler les factures directement moi-même, & Jack [Churchill – son frère] pourra surveiller les dépenses courantes d’ici en votre absence.
Je vous envoie le chèque pour Pear Tree. Je suis si content que vous y trouviez repos et bien-être.
Avec mon plus tendre amour ma chérie –
Votre dévoué mari
W.
De Clementine
[Pear Tree Cottage]
31 juillet [1914]
Mon chéri
Tout ce que vous me dites dans votre lettre m’intéresse profondément. Je souhaiterais vraiment être avec vous en cette période tourmentée & exaltante. Je sais dans quel état d’esprit vous êtes – fourmillant de vie jusqu’au bout des doigts –
Je suis étonnée de la réserve des journaux – Quelle perversité de la part de l’Allemagne que de faire une proposition aussi cynique – La « cité » semble être une bulle vraiment fragile…
Je suis sûre que vous avez raison en ce qui concerne le commandement suprême de la flotte….
Les bébés vont bien et sont épanouis – Ils ont été terriblement déçus lorsqu’ils ont aperçu Jack [Churchill] qui descendait de la falaise en direction de la plage & ont découvert que ce n’était pas leur « Papa », mais celui de John George – Randolph s’est évertué à poser des questions sur votre absence pendant 5 minutes. Il est maintenant résigné, mais il n’est toujours pas convaincu de sa nécessité !….
Amour tendre pour vous, chéri, de la part de votre
Clemmie
…
De Winston
Amirauté
2 août 1914 1 h du matin
Ma chatte – ma chère –
C’est fini. L’Allemagne a éteint les derniers espoirs de paix en déclarant la guerre à la Russie, & la déclaration contre la France est attendue à tout moment.
Je comprends tout à fait votre point de vue – Mais le monde est devenu fou – & il faut que nous nous occupions de nous-mêmes – & de nos amis. Ce serait bien si vous pouviez venir un jour ou deux la semaine prochaine. Vous me manquez beaucoup – Votre influence quand elle me guide & ne va pas dans un sens contraire au mien m’est de la plus grande utilité.
Douce Kat – mon tendre amour –
Votre dévoué
W.
Le 3 août, l’Allemagne envahit la Belgique. Le Conseil restreint dans son ensemble était maintenant convaincu que la Grande-Bretagne devait intervenir pour défendre la neutralité belge ; il avait le soutien de tous les partis et il n’y eut pas de vote au Parlement. À 23 h le 4 août, son ultimatum ayant expiré, la Grande-Bretagne déclara la guerre à l’Allemagne.
Après l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne, mis à part quelques brèves visites à Londres, Clementine demeura à Pear Tree, avec les enfants, jusqu’à la fin août.
De Clementine
[Pear Tree Cottage]
Mardi [vraisemblablement le 4 août 1914]
Brûlez cette lettre.
Mon chéri
J’ai cogité une heure ou deux à propos de la crise « Callico Jellatine (7)», qui Dieu merci est terminée, du moins pour l’essentiel.
Il ne reste plus que la blessure profonde au cœur d’un vieil homme. Si vous appliquez le mauvais cataplasme, la blessure s’envenimera – (Je sais que vous êtes occupé par une multitude de choses cruciales, mais ne soyez pas irrité par mes remarques à ce sujet, qui d’une certaine manière sont importantes elles aussi). Une entrevue avec le Souverain et une décoration seraient, à mon sens, un mauvais cataplasme. Pour un homme fier et sensible, une décoration en ces circonstances ne peut être qu’une insulte –
Je vous en prie, recevez-le vous-même & prenez-le par la main et offrez-lui un siège au Conseil (ou créez-en un pour lui), ou si c’est impossible, donnez-lui un quelconque poste de conseiller à l’Amirauté – Peu importe qu’il soit « un grand timide » – Il ne pourra plus rien dire et sa femme non plus – Ne considérez pas cette affaire comme insignifiante. En ces temps, vous avez besoin de tous les cœurs & de toutes les âmes – Il faut éviter que même une petite clique de retraités puisse ressentir de l’amertume & se mette à jacasser. Si vous lui accordez un poste d’honneur et de confiance, toute la marine pensera qu’il a été traité aussi bien que possible vu les circonstances & qu’on lui a épargné toute humiliation –
Cela empêchera les gens qui sont maintenant au sommet de l’arbre de penser « Dans quelques années, c’est moi qui serai jeté comme une vieille chaussure » – Jellicoe & Beatty & Warrender & Bayly (8), qui sont actuellement la fine fleur du Ministère, n’ont que quelques années de moins que Callaghan.
Et puis ne sous-estimez pas le pouvoir de nuire des femmes. Je ne veux pas que Lady Callaghan & Lady Bridgeman (9) forment une ligue de femmes d’officiers retraités pour vous dénigrer, telles de vieilles pies. La peine de cette malheureuse Lady Callaghan sera intense, mais si vous êtes bon avec lui maintenant, elle ne pourra qu’en être atténuée ; et s’il est toujours en poste, elle sera astreinte à une certaine discrétion.
Quoi qu’il en soit, je vous supplie de le voir – Si c’était moi – s’il refusait le poste, je le presserais ardemment encore & encore… de l’accepter, en disant que vous avez besoin de ses services – Il le croira & reviendra sur sa décision, & il ne restera plus de désagrément dans cette pénible affaire.
De Winston
Amirauté
9 août 1914
Ma chérie,
Le document ci-joint vous dira ce que l’on sait officiellement. C’est un bon résumé. Ne manquez surtout pas de le brûler immédiatement.
Je suis plongé dans le travail jusqu’au cou & j’ai beaucoup de retard.
Cela m’inquiète un peu que vous soyez sur la côte. Il y a une chance sur cent qu’il y ait un raid – mais malgré tout il y en a une : & Cromer a un bon terrain d’atterrissage pas loin.
J’aimerais bien que vous fassiez réparer l’auto & que vous la gardiez à proximité pour pouvoir filer – au moindre signe de danger. Je me demande en fait si je ne devrais pas vous rappeler immédiatement, à la Callaghan – « Baissez le drapeau & revenez à terre. »
Embrassez les Chatons de ma part.
Mon tendre amour à vous tous
Votre très attentionné & dévoué,
W.
De Clementine
[Pear Tree Cottage]
9 août [1914]
Mon amour
… J’ai eu une très bonne idée – Au printemps prochain, lorsque nous pourrions peut-être nous permettre une automobile à nouveau, pourquoi n’achèterions-nous pas plutôt 2 alezans « aux longues queues élégantes » pour nous promener une heure tous les matins. Cela vous serait beaucoup plus utile qu’une auto & me ferait tellement plaisir – Assurément, cela ne devrait pas coûter si cher ?
Les « visiteurs » s’enfuient d’ici & la « saison » est gâchée pour les pauvres petits résidents, qui ne toucheront pas de shekels cette année. Ils sont très tristes & se lamentent sur leur sort. Hier, dans un effort désespéré pour contenir le reflux des touristes, les autorités locales ont fait afficher sur l’écran du cinéma local l’appel pathétique suivant – (en substance, car je ne suis pas sûre des mots exacts)
« Visiteurs ! Pourquoi quittez-vous Cromer ? Mrs Winston Churchill et ses enfants sont en villégiature dans les environs – Si l’endroit est assez sûr pour elle, assurément, il est assez sûr pour vous ! »
Quel merveilleux exploit a dû être la prise de Mülhausen (10). Aucune allusion n’y est faite dans l’édition des journaux du dimanche que nous recevons ici.
J’attends avec impatience votre lettre avec les nouvelles secrètes – Elle sera détruite immédiatement. J’espère que dans cette lettre vous me parlez du corps expéditionnaire. Est-ce que j’ai raison de penser que certains sont déjà partis ? Soyez gentil & écrivez-moi à nouveau pour m’alimenter en morceaux de choix – Je me comporte de manière tellement raisonnable & sage, assise sur la plage & jouant avec mes chatons, & m’occupant de ma petite maison, mais comme j’aimerais me précipiter pour être près de vous et au cœur de l’action.
C’était exaltant de voir ce petit destroyer impertinent ramener le cargo [ennemi] – Comme j’aurais aimé que ce soit Bill (11), mais je ne crois pas que cela ait pu être lui. Sa mission actuelle est de patrouiller l’estuaire de la Wash, qui n’est que bancs de sable – J’espère qu’il les évite soigneusement.
Votre Clemmie qui vous aime
Miaou
[…]
De Winston
Amirauté
11 août 1914
Ma chérie,
Ces quelques mots d’un Winston ts fatigué. Le Corps expédre qui vous tracasse tellement est en route & sera sur place à temps. Ce serait bien si je pouvais m’éclipser pour vous rejoindre & jouer au sable sur la plage. Ici mon travail est très lourd & si intéressant que je ne peux pas le quitter.
Mais là je vais vraiment m’arrêter.
Toujours avec tout mon amour
W.
De Clementine
[Pear Tree Cottage]
12 août [1914]
Mon chéri à moi
Je sens une réelle note d’épuisement dans votre lettre.
Voyons, faites-vous vraiment tout ce qu’il faut pour ne pas être trop fatigué ?
1) Ne jamais oublier votre promenade à cheval le matin –
2) Aller au lit bien avant minuit, bien dormir & interdire que l’on vous réveille à chaque fois qu’un Belge tue un Allemand (vous devez dormir 8 heures chaque nuit pour être au mieux de votre forme)
3) Ne pas trop fumer & éviter les indigestions.
Souhaitez-vous que je vienne pour un jour ou deux lundi prochain & que je vous asticote gentiment de manière à ce que vous fassiez toutes ces choses ? Ou faites-vous déjà le nécessaire tout seul comme un bon garçon –
Lorsque la méchante & sévère Grimalkin [vieille chatte acariâtre, NdlR] est absente, j’ai l’impression que vous retombez dans un délicieux état de « laissez faire » pour ce qui est des détails –
Les plages dorées sont si belles & n’attendent que vous pour qu’on les couvre de fortifications & il y a un petit cours d’eau qui a vraiment besoin d’être endigué – Mais hélas, c’est trop loin –
Au revoir, mon adoré. Je suis si fière de vous & je vous aime énormément.
Votre Clemmie
qui vous aime
De Clementine
[Admiralty House]
Samedi [19 septembre 1914 ?]
Mon cher & unique amour
… Je vous en prie, n’allez pas penser que je suis moi fatigante ; mais je veux que vous avertissiez le P.M. de la visite que vous projetez de faire à Sir John French (12). Ce serait très impoli de votre part si vous ne le faisiez pas & il en serait mécontent et blessé –
Bien sûr, je sais que vous consulterez K[itchener] (13) – Sinon le voyage aurait l’air d’une escapade de fin de semaine, & non d’une mission – Vous seriez surpris & furieux si K filait voir Jellicoe sans consulter qui que ce soit –
J’aurais préféré, mon chéri, que vous n’ayez pas ce désir impérieux d’y aller – Cela me désole de voir que vous êtes déprimé & mécontent de la position exceptionnelle que vous avez atteinte grâce à des années de perspicacité & d’efforts incessants – Le P.M. se repose sur vous & vous écoute de plus en plus. Vous êtes le seul jeune à occuper une position qui compte au Conseil. C’est vraiment pervers de votre part de ne pas être fier d’être Premier lord de l’Amirauté dans la plus grande guerre depuis l’origine du monde. Et il reste encore beaucoup d’autres choses à faire & vous seul en êtes capable…
Vous savez que les marins ne peuvent rien accomplir seuls &, même si vos préparatifs sont si parfaits qu’il ne semble pas y avoir grand-chose à faire pour l’instant, ce n’est pas le moment de passer la main à quelqu’un d’autre ou de permettre aux marins qui ont été encadrés & soumis au joug ces deux dernières années de prendre les choses en main –
Soyez gentil, réjouissez-vous & ne piaffez d’impatience. Aussi grands & glorieux qu’aient pu être les résultats de notre armée, elle reste petite, 1/8e des forces alliées – Alors que vous dirigez cette gigantesque marine qui, en fin de compte, décidera de l’issue de la guerre. Pardonnez-moi cette longue lettre, mais je n’ai rien d’autre à faire que de rester au lit & de réfléchir & votre état d’esprit actuel me rend anxieuse –
Votre Clemmie
qui vous aime
[…]
De Winston
Amirauté
19 novembre 1914
Très secret
Ma chérie,
J’ai de bonnes nouvelles pour Goonie. French vient de prendre Jack [Churchill] dans l’état-major. Il l’a fait de son propre chef, sans que Jack ou moi lui ait rien demandé. Mais j’en suis ts reconnaissant, parce que même s’il y a toujours du danger, le risque est moindre & le travail plus intéressant. Jack a connu des conditions de service très éprouvantes & il mérite bien de profiter de sa bonne fortune…
Les pourceaux [la flotte allemande] se concentrent à Wilhelmshaven, & la situation revient absolument à « jouer au chat et à la souris ». Qui sera la souris ?….
… K. a mis son armée en mouvement, ce qui agite bcp les esprits, en vue de l’invasion attendue de longue date. Mais nous n’aurons pas cette chance.
Avec tout mon tendre amour & force baisers
Votre dévoué qui vous aimera toujours
W.
Ce texte est tiré de Winston et Clementine Churchill, Conversations intimes, 1908-1964, à paraître le 7 novembre aux éditions Tallandier. Il a été traduit par Antoine Capet et Dominique Boulonnais.