« L’argent, on peut le compter, le devoir, le prêter ; il peut disparaître, circuler, partir en fumée ; avec lui, on peut payer, jouer ; l’argent peut travailler ; on peut aussi en hériter », note le romancier Patricio Pron dans le quotidien espagnol ABC au sujet du dernier livre de l’Argentin Alan Pauls. Contrairement à ce que laisse entendre son titre, l’ouvrage n’est évidemment pas une ronflante « histoire de l’argent », mais le récit des rapports affectifs entre un père, une mère et leur fils. L’écrivain nous fait suivre les hauts et les bas d’une famille argentine plutôt nantie, qui traverse les secousses politiques et économiques subies par le pays depuis les années 1970.
L’histoire commence par un tragique accident d’hélicoptère (fortuit ou provoqué ?), qui cause la mort d’un grand patron de la sidérurgie et fait disparaître dans les eaux boueuses du Rio de la Plata une valise pleine de dollars, sur laquelle les plongeurs de la police ne parviennent pas à remettre la main. À partir de cet événement inaugural, le narrateur d’Histoire de l’argent mitonne un récit dans lequel on rencontre, pêle-mêle : un père accro au jeu – aussi élégant qu’un dandy mais surtout très doué pour le calcul –, une mère qui investit tout dans la construction d’une villa sur la côte uruguayenne (entreprise qui sera aussi ruineuse pour son capital que pour son mariage), l’infernale succession des phases d’inflation et de déflation, les dévaluations à répétition de la devise nationale, deux divorces (de la mère et du fils), une séparation (du fils), la mort du père, de très nombreux revers de fortune et, à l’occasion, quelques coups de chance.
Dans un « passage magistral, qui justifie à lui seul la lecture de ce livre », estime Ernesto Calabuig dans les colonnes d’El Mundo, le narrateur adolescent relate un souvenir fondateur, celui de son père sortant de sa poche une énorme liasse de billets pour régler une course en taxi de 103 kilomètres exactement. « La scène, comme toutes celles de l’ouvrage où il est fait référence à l’argent palpable, aux espèces, aux billets, a quelque chose de sexuel, de presque pornographique », confie l’auteur lui-même dans un entretien accordé à la revue Página 12.
En définitive, écrit Patricio Pron dans ABC, « le lecteur assiste à une pièce tragi-comique (plus tragique que comique, bien entendu), au cours de laquelle trois personnes ne tissent de relations que par l’intermédiaire de l’argent (…). C’est l’illustration parfaite , conclut l’article, de ce qui arrive dans un pays où l’argent n’a plus de valeur, mais est pourtant la seule chose qui compte. »