À l’origine du livre de Heather Andrea Williams, quelques chiffres terrifiants : chaque décennie, entre 1820 et 1860, 200 000 esclaves étaient déplacés des États de l’Upper South vers ceux du Lower South et de l’Ouest ; environ un tiers des enfants asservis de la première région furent ainsi définitivement séparés de leur famille. Derrière ces grandes masses se cachent des histoires individuelles que l’historienne a tenté de recomposer à partir de multiples sources – lettres, Mémoires et journaux intimes, annonces publiées dans la presse après l’abolition pour tenter de retrouver ses proches (très peu y parvinrent), archives des agences gouvernementales de l’époque…
D’une prose élégante et fluide, Williams offre « une série de vignettes plus que de longs récits », précise sa consœur Imani Perry dans le New York Times, auxquelles « se mêlent judicieusement les apports de la recherche sur les mécanismes du traumatisme ». Avec empathie, mais sans jamais verser dans le voyeurisme, Help Me To Find My People raconte l’angoisse permanente de la séparation dans les plantations, les ventes au cours desquelles des familles entières étaient dispersées aux quatre coins des États esclavagistes, les adieux déchirants des mères à leurs enfants, des maris à leurs femmes… « Fait rare pour une universitaire, Williams est capable, par ses mots, de tirer des larmes à son lecteur », souligne Perry.