Quelques nouvelles d’Internet

À 31 ans, Joshua Cohen est le genre d’auteur à remplir ses textes « de pauses, de cassures et de points », quand il ne joue pas jusqu’à plus soif avec les allitérations et les assonances ; ses personnages ne sont pas particulièrement sympathiques, « à commencer par ceux qui lui ressemblent » ; et « quand il rate son coup, ce n’est pas joli à voir », assène Dwight Garner dans le New York Times. Mais c’est probablement l’un des écrivains les plus prometteurs du moment, que l’on compare volontiers à David Foster Wallace et Thomas Pynchon. L’auteur de trois romans (dont le remarqué Witz  dans lequel il imagine l’histoire du dernier Juif sur terre), il propose dans ce recueil de nouvelles quatre digressions autour du thème d’Internet (où il est question de l’impossibilité, pour ses jeunes héros, de vivre avec – et sans – les nouvelles technologies). Certaines ont impressionné Garner, qui salue un incontestable « aplomb » stylistique ; le romancier James Greer est encore plus enthousiaste, qui s’incline dans BookForum devant « une tétralogie immodérément brillante ».

L’homme qui marche

L’homme marche sur deux jambes car c’est bien plus simple que sur une seule, constatait très sérieusement le philosophe allemand Christian Wolff au début du XVIIIe siècle. Plus lucide, Schopenhauer estimait que la manière dont l’homme se déplace « n’est qu’une chute sans cesse empêchée ». C’est, de fait, « l’une des moins sûres de la nature », assure le philosophe Kurt Bayertz dans un ouvrage qui étudie la façon dont la position debout fut considérée et interprétée à travers les siècles. « Platon comme Darwin s’accordent pour dire que c’est là une spécificité humaine », rapporte le Süddeutsche Zeitung. Mais le premier y voyait la manifestation d’une âme aspirant à se défaire de la matière, alors que le scientifique l’envisageait comme un simple stade de l’évolution. Une étape cruciale néanmoins, puisque c’est elle qui, en libérant le haut du corps, permettra la transformation de nos mains en outils virtuoses, le développement exceptionnel de notre cerveau, et aussi celui du pénis humain – de loin le plus impressionnant de tous les primates (celui du gorille, par exemple, ne dépasse guère en moyenne les trois centimètres…). 

Mafia TV

Si elle n’était vraie, l’histoire rapportée par Alessandro de Pasquale pourrait prêter à sourire. Le journaliste a enquêté dans l’univers souvent très kitsch des télévisions locales de Naples et sa région (qui en compte environ quatre-vingts). Et ce qu’il en rapporte est ahurissant : la télévision napolitaine est littéralement gangrenée par la camorra, qui s’en sert à la fois comme canal de communication interne, outil de propagande, et moyen de blanchiment. À l’antenne, de prétendus médiums font ainsi mine de prédire l’avenir, quand « ils font passer des messages codés aux membres de l’organisation incarcérés », rapporte le Fatto Quotidiano. Autre illustration du phénomène, des bardes d’un genre un peu particulier – « habillés à la Scarface », avec chemise ouverte et chaînes en or – chantent à l’écran des airs à la gloire des mafieux et de leur culture (1). Comme le souligne l’Avvenire, ce phénomène constitue une « bombe à retardement » pour la jeunesse des quartiers défavorisés de Campanie, où ces chaînes sont omniprésentes. Elles « magnifient culturellement les organisations mafieuses », lit-on dans les pages du quotidien milanais, qui salue une enquête journalistique approfondie. Tant, d’ailleurs, qu’elle a conduit à plusieurs mises en examen de chanteurs pour « incitation à l’organisation mafieuse ».

1| Une pratique qui n’est pas sans rappeler celle des narcocorridos au Mexique (lire à ce sujet « Le Mexique sous l’empire des narcos », Books).

Ralentissez la mode !

« Mes amis me disent que j’ai assez de vêtements pour ouvrir un magasin », a confié une Américaine de 23 ans à la journaliste Elizabeth L. Cline. À l’époque, la jeune femme envisageait l’achat d’une petite veste, alors qu’elle en possédait déjà… une quinzaine. Son cas est symptomatique, selon Cline, de la fièvre qui s’est emparée de millions d’Occidentaux de la classe moyenne – les Américains achètent en moyenne soixante-quatre vêtements par personne et par an – avec l’apparition d’enseignes comme Zara et H&M. Avec leurs prix cassés et leurs collections sans cesse renouvelées, elles ont « incité les consommateurs à considérer les vêtements comme des biens jetables », constate Julian Sancton dans Businessweek. Le gâchis est tel que même les œuvres de charité ne suffisent plus à absorber l’excédent. Cline s’est rendue dans un entrepôt de l’Armée du Salut à Brooklyn, qui reçoit chaque semaine un surplus de trente-six tonnes de vêtements, dont une partie sera recyclée, une autre vendue à des grossistes en friperie, le reste venant alimenter par containers entiers le marché de l’occasion dans les pays pauvres (en Afrique essentiellement). La journaliste – une « ancienne droguée du shopping », de son propre aveu – se préoccupe de l’impact économique, mais aussi environnemental de la mode « low cost » : pour produire à bas prix, les fabricants utilisent « des quantités massives de produits chimiques nocifs », précise Sancton. Face à cette dérive, elle plaide pour le modèle de la « slow fashion », inspiré du mouvement du « slow food », qui consiste à privilégier la production locale et les matières naturelles… Voilà qui paraît un peu naïf à Sancton : « La futilité est une constante, et les gens ne passeront à la consommation durable que le jour où ils n’auront plus le choix », estime-t-il. Juste avant d’ajouter : « Ce jour pourrait venir plus vite qu’on ne croit. La Chine, qui produit 41 % des vêtements importés aux États-Unis, verra inévitablement augmenter le coût de sa main-d’œuvre à mesure de son développement. » 

Le stylo dans la plaie coloniale

Au milieu des années 1950, à l’Alliance High School, près de Nairobi, on chantait le God Save the Queen. Parmi les pensionnaires de ce lycée destiné à former l’élite africaine, se trouvait Ngugi Wa Thiong’o, rejeton d’une famille rurale et polygame de vingt-quatre enfants. Le jeune homme ne percevait pas, alors, l’ironie qu’il y avait à chanter cet hymne quand, au même moment, son propre frère « se battait dans les montagnes avec la rébellion Mau-Mau afin d’écourter le règne de ladite reine sur le Kenya », lit-on dans le deuxième tome de ses Mémoires. Alors que Dreams in a Time of War, paru en 2010 (non traduit en français), était centré sur l’enfance de ce grand romancier et dramaturge, le second volume éclaire selon le New York Times « cette expérience complexe qui consiste à être simultanément opprimé et éclairé par un régime colonial ». Lui, le jeune Kikuyu dont la famille avait été déplacée dans le cadre de la politique britannique dite de « villagisation », découvre avec délectation Shakespeare, la Bible et les livres des sœurs Brontë. En même temps, il prend conscience de la nature abjecte du colonialisme : « Quelqu’un vient chez vous. Il vous prend votre terre. En échange de quoi il vous tend un stylo. L’échange est-il équitable ? Pour ma part, j’aimerais mieux garder ma terre et qu’il garde son stylo », s’exclama-t-il un jour devant ses camarades. Mais « Ngugi reconnaissait cette contradiction : lui et les autres garçons de son école se saisissaient du stylo, pour mieux le retourner contre leurs maîtres », souligne Willy Maley dans le Times Higher Education, qui voit dans ce livre un « témoignage durable du pouvoir cathartique de la littérature ».

Ode au frère camé

Comme l’indique le titre de ce recueil signé Natalie Diaz, « [s]on frère était un Aztèque » ; mais il fut aussi « un mage, une phalène, et un jardin », énumère le critique de poésie Eric McHenry dans le New York Times, qui poursuit : ledit frère « vient à table déguisé en squelette, costume qu’il échange ensuite contre une panoplie complète de Judas, qu’il n’omet pas d’orner d’un fil de lampe en guise de corde. Pour le dire autrement, il est accro aux méthamphétamines, et la métaphore est la façon qu’a Diaz de l’appréhender ». La jeune femme, qui a grandi dans une réserve d’Indiens en Arizona, mêle à l’anglais des bribes d’espagnol (la langue de son père) et de mohave (celle de son enfance, qu’elle milite pour sauvegarder). « Comme l’atteste ce livre à la fois ambitieux, inégal et beau, son talent à manier les métaphores vient de ce qu’elle sait écouter », salue McHenry.

Les fantômes de Munich

Le romancier Jirí Šulc s’est fait une spécialité de corriger certaines interprétations à ses yeux un peu simplistes de l’histoire tchèque : son précédent livre (un bestseller intitulé « À deux contre le Reich », non paru en français) avait pour sujet l’assassinat du Reichsprotektor Reinhard Heydrich. L’attentat qui le visa à Prague en 1942 fut le seul jamais réussi contre un haut dignitaire nazi. Šulc souhaitait rappeler avec ce livre l’importance morale d’un tel événement : « Je craignais que, sinon, il soit toujours perçu comme inutile, et qu’on le juge avant tout à l’aune des morts, nombreuses, liées aux représailles », confiait-il à la radio tchèque.

Dans son nouveau roman, l’écrivain poursuit sur sa lancée en s’intéressant cette fois aux années qui ont précédé la conférence de Munich de 1938, dont il fait un récit pour le moins inhabituel. Fondée sur le jeu des services secrets, son intrigue donne à voir la façon dont les démocraties européennes ont œuvré en sous-main pour déstabiliser Hitler, et nuance l’idée – encore très répandue à Prague – que la Tchécoslovaquie aurait constitué un îlot démocratique en Europe centrale, victime d’une conspiration des puissances occidentales. « Considérer le traité de Munich comme une décision prise “à propos de nous et sans nous” serait trop facile », explique Šulc sur son blog, soulignant que « la Tchécoslovaquie d’alors était un acteur de la politique internationale ». « Nous avions des alliés », insiste-t-il. Cette mise au point répond, selon l’hebdomadaire Literární Noviny, à l’usage excessif fait dans le pays de cet épisode traumatisant : « Depuis cette époque, les accords de Munich sont devenus une formule magique dont les politiques se servent en toutes circonstances. » Ainsi, en 1999, ces accords – qui avaient entériné l’annexion des Sudètes par l’Allemagne nazie – furent invoqués aussi bien par les opposants à l’indépendance du Kosovo (l’ancien président Václav Klaus comparant la situation de la Serbie à celle de la Tchécoslovaquie de 1938) que par les partisans des bombardements sur Belgrade (au nom de la capacité de l’Europe à agir contre un pays agresseur). Plus récemment, on les a évoqués à propos d’une éventuelle attaque préventive contre l’Iran, ou encore pour justifier le « non » tchèque à la résolution accordant à la Palestine le statut d’État observateur à l’ONU.

Šulc, lui, rappelle non seulement qu’il y eut avant 1938 des Européens (y compris des Allemands) pour tenter de faire barrage à Hitler, mais aussi que les dirigeants tchécoslovaques n’ont pas été irréprochables. Et l’auteur d’épingler les insuffisances du contre-espionnage pragois dans sa gestion de l’espion A54 – cet agent allemand, de son vrai nom Paul Thümmel, dont les services secrets ont, à l’en croire, échoué à tirer pleinement profit. « Qu’il ait travaillé quinze ans dans les renseignements avant de devenir écrivain ne signifie pas que Šulc tresse des lauriers à son ancienne corporation », souligne Literární Noviny.

Rêver avant Freud

Bien que le recours à des « clefs des songes » remonte à l’Antiquité, c’est au XIXe siècle que des savants commencent à se pencher sur les rêves en tant qu’objets scientifiques à part entière. Cette mise en science du rêve constitue le fil directeur de Nuits savantes, fascinant voyage au bout des contrées nocturnes que nous offre Jacqueline Carroy, auteure de nombreux travaux classiques sur la création des disciplines « psy » (1). Elle se propose ici de faire du rêve un véritable objet historique, sans tomber dans la fréquente téléologie freudienne.

Dès l’aube du siècle, de nouvelles façons de rendre compte du sommeil et des rêves apparaissent. Tantôt perçues comme relevant essentiellement des médecins spécialistes, tantôt comme l’apanage des philosophes, les productions nocturnes demeurent mystérieuses pour ceux qui tentent d’en faire science. De nouvelles pratiques sont élaborées. Des savants, scrutant leurs nuits, commencent à noter systématiquement, collectionner et raconter leurs songes. Dans leurs récits, ces hommes – car c’est une histoire très masculine – se mettent en scène, s’exposent, se révèlent. Ces exercices de notation onirique participent ainsi d’une nouvelle forme d’écriture de soi, l’auteur dédoublé y jouant à la fois le rôle de protagoniste et d’observateur.

Loin de se confiner à une clinique de l’intime, ces récits sont diffusés et publiés en tant que véritables documents scientifiques. Certains savants rêveurs, s’éloignant de la philosophie « spiritualiste » dominante, inventent de nouveaux modèles pour rendre compte des songes. C’est le cas notamment d’Alfred Maury et d’Hervey de Saint-Denys qui, chacun à sa façon, créent des onirologies qui font date. À l’orée de la IIIe République, le jeune Gabriel Tarde consigne ses nuits dans un long manuscrit que ravive Carroy au fil de recherches et d’analyses minutieuses. De tels exercices de notation et d’analyse fonctionnent pour le savant comme un exutoire, lui permettant non seulement d’échapper à des amours inassouvies mais aussi à l’Année terrible (1870).

Dans les années 1880, des écrivains créent à partir de leurs rêves un genre littéraire à part entière ; en témoignent par exemple les explorations symbolistes de Huysmans ainsi que les récits esthétisés et fortement érotisés de l’extravagant romancier Jacques Le Lorrain. Au-delà des thèmes oniriques, ces textes mettent en scène des personnages qui cherchent à décrypter l’énigme de leurs songes – clin d’œil ironique au discours savant contemporain qui commence à cette époque à recycler la pratique ancienne de l’herméneutique des rêves.

Mais la fin du siècle, c’est aussi  l’entrée en scène de Jean-Martin Charcot et de sa saga hypnotique. Impossible, en effet, de faire une histoire de ces nuits savantes sans mentionner les praticiens de l’hypnotisme et de la suggestion autour de 1900. De ces onirologues qui théorisent sur des concepts clés tels que subconscient et inconscient, Carroy offre un portrait détaillé en se penchant tout autant sur les protagonistes « habituels » qu’elle a elle-même contribués à rendre illustres (Joseph Delbœuf, Pierre Janet, Henri Bergson) que sur des figures peu ou moins connues qui gagneraient à l’être mieux (Henri Delacroix, Marcel Foucault, Yves Delage…).

Ce crescendo aboutit bien sûr chez Freud ; Freud dont, nous rappelle l’auteure, « [l]es lectures françaises ou francophones sur les rêves ont été peu étudiées » ; Freud dont l’onirologie de 1900 est désormais si célèbre que s’en trouvent quasiment oblitérées les approches de ses prédécesseurs. Il ne s’agit pas ici de décortiquer les théories de L’Interprétation des rêves sous un angle psychanalytique. Évitant les prises de parti, Carroy nous montre un Freud lecteur attentif des onirologues français. Car finalement, « c’est en immergeant résolument [la Traumdeutung] dans la science des rêves de son temps que l’on peut mieux saisir au bout du compte son originalité. »

L’auteure évoque enfin les représentations oniriques suscitées par la Grande Guerre en se fondant sur les récits inédits de deux savants peu connus : Etienne Tanty, intellectuel parti au front, et Léon Frédéricq, médecin et physiologiste belge qui consigne ses rêves, sous l’occupation, à des fins scientifiques. Mais les analyses de Carroy portent aussi sur d’autres sources originales, dont l’iconographie des cartes postales envoyées en temps de guerre. En ce qu’elles accréditent l’idée que le rêve réalise ou satisfait un souhait, ces documents démontreraient l’attrait à grande échelle exercé à cette époque par les thèses freudiennes.

C’est un ouvrage fort bienvenu que celui de Jacqueline Carroy. Regorgeant de trouvailles d’archives et d’analyses minutieuses, Nuits savantes fait resurgir toute une facette de l’histoire récente qui saura attirer spécialistes et grand public. Il ne fait aucun doute que ce récit fera rêver. Situant Freud dans une lignée d’onirologues peu connus, Carroy offre des pistes nouvelles et originales. Collectionnées, racontées, diffusées, publiées, ces fables de l’inconscient forment à elles seules un vaste corpus dont l’histoire, indubitablement moderne, restait à écrire.

 

 

De la bibliothèque à la « Biblio Tech »

Rififi dans le monde feutré des bibliothèques : la nouvelle « Biblio Tech » de San Antonio, Texas, ne proposera plus de livres – c’est-à-dire de « vrais livres ». En leur lieu et place, des batteries d’ordinateurs et de liseuses électroniques, des e-books à volonté, de confortables fauteuils design, et des boissons chaudes (1).

Avant de s’étrangler d’indignation face à cette nouvelle déprédation numérique, il faut savoir qu’outre-Manche et outre-Atlantique les bibliothèques publiques sont victimes d’un cercle vicieux : de moins en moins de lecteurs, donc de moins en moins de subsides, donc de moins en moins d’achats de livres nouveaux, donc… (2) Les bibliothèques sont battues en brèche par Internet dans toutes leurs fonctions sacramentelles. Celle d’Alexandrie, avec ses 70 000 volumes, celle du Congrès à Washington, avec ses 30 millions de livres, et bien d’autres encore, avaient pour ambition première de réunir et préserver le maximum du savoir de leur époque. Aujourd’hui, le vieux fantasme d’une bibliothèque authentiquement universelle (et multimédia) n’est-il pas à portée de main ? « En fait, il a déjà été réalisé. Le seul problème c’est que les bibliothèques et les bibliothécaires n’ont rien eu à y voir, ou si peu », déplore Steve Coffman, un spécialiste américain de la question (3). De fait, Google a déjà numérisé 16 millions d’ouvrages, qui viennent s’ajouter au contenu des quelque 500 millions de sites Web.

Autre fonction des bibliothèques publiques, particulièrement chère aux philanthropes du XIXe siècle : l’accès des classes impécunieuses à la culture et à l’éducation. Hélas, encore une noble prérogative dont le Web s’est emparé : non seulement quantité de livres numériques sont gratuits (même Amazon en propose au moins 1 million), mais on peut les consulter à domicile, avec des outils de recherche autrement plus performants que le bon vieux fichier. Même le bibliothécaire se voit pris dans la tornade : ses conseils de lecture, jadis si précieux, sont en passe d’être supplantés par les sites communautaires, Babelio et autres Goodreads.

Les bibliothèques conservent néanmoins une autre fonction : fournir un cadre calme et studieux, propice au travail intellectuel (ou aux rencontres de qualité). Paradoxalement, voilà ce qui pourrait assurer leur pérennité. À condition de sacrifier le livre (physique) à la lecture (numérique), en proposant à la fois les bénéfices du monde virtuel et ceux du monde réel : un lieu agréable, des rencontres, des conférences… Les rabbins du Moyen Âge, raconte l’historien Paul Johnson, imaginaient le paradis comme « une vaste et paisible bibliothèque où les livres sauteraient de l’étagère sur un simple signe de tête, et où des bibliothécaires attentionnés distribueraient à pas feutrés des rafraîchissements à la menthe (4)». Ce paradis-là semble pour une fois accessible dès ce bas monde.

 

Livre manquant – L’avenir de la presse

Il faudrait chaque année deux ou trois livres de réflexion sur l’avenir de la presse, plus précisément sur les perspectives de la production d’information de qualité sur les questions d’actualité dans tous les domaines. De part et d’autre de l’Atlantique, on trouve bon nombre d’articles et de libres opinions sur le sujet, mais guère d’ouvrages de fond. Un important rapport de l’OCDE, publié en 2010, est passé à peu près inaperçu. En France, si l’on oublie divers hommages béats rendus à la fée Internet, rien de significatif n’a été publié depuis le livre désabusé de Bernard Poulet, La Fin des journaux (2009). Aux États-Unis, le dernier ouvrage un tant soit peu notable reste celui de Jack Fuller What is Happening to News (2010). C’est curieux, tout de même.

O. P.-V.