La procrastination efficace

Auteur de nombreux ouvrages de philosophie, John Perry a été un brillant professeur à l’université Stanford, en Californie, par ailleurs animateur radio. C’est également – aussi étrange que cela puisse paraître – un procrastinateur patenté… Comment quelqu’un qui ne peut s’empêcher de tout remettre à plus tard est-il malgré tout capable de faire tant de choses ? La réponse se trouve dans son dernier livre consacré à ce qu’il appelle la « procrastination structurée ». « Cette notion consiste à canaliser ce qui apparaît au premier abord comme une mauvaise habitude », explique Marc Abrahams dans le Guardian. Perry montre que le procrastinateur n’est pas nécessairement une personne qui ne fait rien. C’est une personne qui ne fait pas ce qu’elle estime être le plus important. En s’y prenant bien, elle peut donc accomplir énormément… 

Darwin au bureau

Ce n’est plus une révélation, les inégalités entre hommes et femmes dans l’entreprise persistent. Elles restent moins bien payées en moyenne et accèdent plus difficilement aux postes à responsabilité. Tout le monde s’accorde à reconnaître l’existence de ce fameux « plafond de verre », mais le débat sur ses causes n’est pas clos, comme en témoigne le dernier ouvrage de l’économiste Paul Seabright. On retrouve dans Sexonomics l’approche éclectique qui irriguait déjà La Société des inconnus (lire Books n° 23, « Homo communicans »), mélange d’économie et de psychologie évolutionniste. Une recette très à la mode dans la vulgarisation anglo-saxonne et pas toujours appliquée à bon escient. Camilla Power du Times Higher Education note toutefois que Seabright « évite le réductionnisme grossier dont souffrent souvent les ouvrages de ce type ». Selon l’auteur, les inégalités dont les femmes sont victimes dans leurs carrières s’expliquent par des manières de penser et d’agir héritées de la préhistoire et forgées par des millénaires de compétition sexuelle. Dans cette course à la transmission des gènes, la loi de l’offre et de la demande favorise apparemment les femmes : si le sperme est abondant et biologiquement peu coûteux, les ovules sont en revanche beaucoup plus rares. Conséquence ? « Une femme, en temps normal, n’aura pas de mal à trouver quelqu’un pour la mettre enceinte, tandis que tout homme court un risque non négligeable d’être privé de descendance. Les mâles ont ainsi besoin de faire leur propre publicité, d’impressionner les femelles en leur démontrant qu’ils sont capables de les protéger et de leur apporter le nécessaire », explique Jonathan Rée dans le Guardian.

Or cette propension des hommes à épater les femmes (et d’éventuels rivaux) par toute une panoplie de signaux s’est adaptée à l’univers feutré de l’entreprise. Elle explique la domination qu’ils y exercent. Plus disposés que les femmes à sacrifier leur vie privée à leur carrière, les hommes voient dans leur réussite professionnelle un indice de leur valeur intrinsèque, tombant ainsi dans le piège de l’évolution : « Le héros de l’entreprise qui met un point d’honneur à travailler de longues heures se livre en réalité à une vaine parade, équivalent humain de la queue du paon », résume Rée. Les femmes, quant à elles, sont « mal préparées à être coupées de leur famille et enchaîner les heures supplémentaires au bureau pour convaincre leurs supérieurs qu’elles sont motivées », note Camilla Power. Optimiste, Seabright pense qu’il est possible de changer ces attitudes en poussant délibérément en sens inverse. Il propose ainsi, pour rétablir l’équilibre, d’instaurer un congé parental obligatoire pour les pères.

John Whitfield, dans la revue Nature, juge l’ouvrage à la fois « divertissant et convaincant », mais regrette l’absence d’un « chapitre qui traiterait de la période allant de la préhistoire au présent, et analyserait la manière dont les hommes et les femmes ont été affectés par certains développements, comme l’agriculture ». Un oubli regrettable.

La femme qui dit non

Les héroïnes des romans d’Arnošt Lustig sont presque toujours des femmes aux prises avec des situations extrêmes, pendant la Seconde Guerre mondiale et l’Holocauste, et incapables d’y faire face. Cela vaut depuis Dita Saxová (non traduit), histoire d’une rescapée des camps détruite à jamais, jusqu’à Elle avait les yeux verts (Galaade, 2010), qui met en scène une jeune détenue obligée de se prostituer pour les soldats de la Wehrmacht. « Ces vies tragiques sont un miroir qui a permis à l’auteur de refléter et d’exprimer avec sobriété l’horreur humaine de la guerre et de la haine raciale », explique Radio Praha, revenant  sur l’existence chaotique de cet apprenti tailleur devenu écrivain, déporté de camp en camp pendant la Seconde Guerre mondiale, puis passé par Israël, les États-Unis et la Yougoslavie dans son exil consécutif à l’invasion russe de la Tchécoslovaquie en 1968.

La Danseuse de Varsovie, publié en 1964, est toutefois un livre à part parmi la trentaine d’ouvrages de Lustig. Bien sûr, il s’agit d’un témoignage sur les camps. Comme d’habitude, l’héroïne est une femme. La fascination de l’écrivain pour l’amour et l’érotisme, confrontés à la violence et la cruauté, est toujours présente. Tout comme son ironie et son humour notoires. Mais, « contrairement à ses autres livres qui tendent vers le lyrisme, La Danseuse est dominée par son souffle épique », affirme le « Dictionnaire de la prose tchèque ». Surtout, il s’agit du seul roman de l’auteur dans lequel l’héroïne, la resplendissante Juive polonaise Katarzyna Horowitz, trouvera la force de se battre pour sauver sa dignité.

S’inspirant de faits réels, le roman raconte l’histoire de riches Juifs citoyens américains, de retour dans leur Italie natale en 1943 et arrêtés par la Gestapo. Celle-ci leur promet de les échanger contre des prisonniers allemands et de les exfiltrer vers les États-Unis s’ils acceptent de payer. Alors qu’il devient de plus en plus évident qu’on leur ment, qu’ils sont les victimes d’un jeu cynique et particulièrement lucratif, les otages, transportés en train à travers l’Europe, s’obstineront à y croire. « L’ironie du livre réside dans les manières distinguées du chef nazi Brensk, dans les détours que ce dernier emprunte pour emmener ses prisonniers à la mort, […] et surtout dans l’objectivité rigoureuse de l’auteur, qui dévoile toutes les cartes dès le début, ne tente jamais d’amener le lecteur sur de fausses pistes, et joue tout simplement sur cet effet d’attente », analyse l’hebdomadaire Literární noviny. C’est Katarzyna Horowitz, rencontrée par le groupe américain lors de son passage à Auschwitz, qui se révoltera la première contre cette tromperie. Elle, si naïve à son arrivée dans le camp de la mort, quand elle s’exclame « Mais moi, je ne veux pas mourir », refusera toute humiliation et toute soumission. Une lueur positive chez un auteur profondément pessimiste qui remarquait dans un entretien qu’« aucun rescapé  d’Auschwitz n’en est jamais réellement sorti », et expliquait sa focalisation sur la Shoah en affirmant que l’humanité n’était pas à l’abri d’une récidive.

Terreur sur l’Éthiopie

Sous le regard du lion commence en 1974, au moment où une monarchie presque millénaire est sur le point d’être abolie et remplacée par une sanglante dictature marxiste. Salué par la critique lors de sa parution en anglais, ce premier roman de l’Éthiopienne Maaza Mengiste évoque, à travers le destin d’un médecin et de ses deux fils, les derniers jours de l’empereur Haïlé Sélassié, et la terreur qui s’abat sur le pays après sa déposition. Une  terreur dans laquelle tout le monde est compromis, explique Aida Edemariam, du Guardian : « Les étudiants qui ont manifesté en faveur du changement regardent avec horreur le système qu’ils ont involontairement contribué à créer  et les soldats finissent par obéir à des ordres qu’ils n’auraient jamais imaginé pouvoir être donnés. »

Car Mengiste veut d’abord montrer, selon Edemariam,  « que cette révolution a été une affaire de famille, dressant les enfants contre leurs parents, puis les uns contre les autres, qu’un pays qui a croupi pendant des siècles dans l’autoritarisme et le fatalisme religieux peut faire preuve d’une terrible passivité morale en temps de crise ».

L’Amérique rongée par les chips

« Les échecs succèdent aux échecs. Les bulles finissent par éclater. Les guerres ne sont pas gagnées. Les stimuli économiques ne stimulent rien. Tout cela a plongé les États-Unis dans le plus grand marasme économique depuis les années 1930. Dans le même temps, le pays fait face à un rival géopolitique qui se révèle aussi un sérieux concurrent économique – une combinaison inédite depuis l’Allemagne impériale », estime David Frum dans le New York Times. C’est ainsi qu’il introduit au dernier en date d’une longue série d’ouvrages consacrés à la question du déclin de l’empire américain. Mais Thomas Friedman, chroniqueur star au New York Times, et Michael Mandelbaum, professeur de relations internationales à la très prestigieuse université Johns Hopkins, ont beau dresser un tableau inquiétant, ils se veulent raisonnablement optimistes : la chute n’a rien d’inéluctable.

L’état parfois désastreux du pays est illustré par une anecdote au début de l’ouvrage. Friedman y raconte une visite récente dans la ville de Tianjin, au nord de la Chine. Transporté par un train à grande vitesse, il y découvre un palais des congrès flambant neuf, construit en huit mois seulement, soit à peine deux de plus qu’il n’a fallu à l’autorité du métro de Washington pour réparer les deux escalators de sa station… D’une manière générale, c’est la nation tout entière qui semble fragilisée. Le système politique est paralysé par les luttes partisanes : « Entre 1955 et 1961, il n’a fallu recourir qu’une seule fois à un vote pour mettre fin à une obstruction parlementaire. En 2009 et 2010, c’est arrivé quatre-vingt-quatre fois », rappelle Stanley Hoffmann dans la New York Review of Books. Les finances sont malades. L’éducation est sinistrée. « En 2009, les consommateurs américains ont dépensé 7,1 milliards de dollars en chips tandis que l’État fédéral en accorde seulement 5,1 à la recherche sur l’énergie », note Peter Preston de The Observer.

Selon Friedman et Mandelbaum, le déclin américain s’est amorcé au moment précis où le pays a cru en son triomphe définitif : à la fin de la guerre froide. « La chute de l’Union soviétique a laissé les États-Unis face à quatre défis majeurs : d’abord la mondialisation, qui a mis en péril les emplois ; ensuite la révolution des technologies de l’information, qui a changé notre manière de travailler ; en troisième lieu, la croissance exponentielle de la dette ; enfin, la menace posée par les énergies fossiles sur la biosphère », résume Stanley Hoffmann.

Face à ces défis, les auteurs proposent peu de solutions mais multiplient les exemples incitant à l’optimisme : « P-DG visionnaires, militaires efficaces, directeurs d’école rigoureux, hommes politiques responsables », résume David Frum. Résultat, « le livre est davantage une plaidoirie qu’une démonstration : la situation n’est pas désespérée ! La réussite est possible ! Regardez là et là et là ». Un ton positif où le philosophe anglais John Gray, dans le Financial Times, voit l’expression des « illusions de l’exceptionnalisme » : « Pour Friedman et Mandelbaum, l’ascension et le déclin des nations, ça n’arrive qu’aux autres. »

Books en a déjà parlé

Cléopâtre, de Stacy Schiff, traduit de l’anglais par Laurence Decréau, Flammarion, 420 p.,  22,90 €, voir Books, n° 20,  mars 2011, p. 10. Cette nouvelle biographie redécouvre la dernière reine d’Égypte, une fine politicienne qui ne ressemblait pas à son image de femme fatale.

L’Arche de Noé, de Khaled Al Khamissi, traduit de l’arabe par Soheir Sahni, Actes Sud,  400 p., 23 €, voir Books, n° 12, mars-avril 2010, p. 12. Les aventures drôles et poignantes de douze candidats à l’émigration. Bestseller en Égypte.

Le Vieux Roi en son exil, d’Arno Geiger, traduit de l’allemand  par Olivier Le Lay, Gallimard,  192 p., 17,50 €, voir Books, n° 22, mai 2011, p. 14. Le romancier autrichien raconte comment la maladie d’Alzheimer l’a paradoxalement rapproché de son père. Bestseller en Autriche et en Allemagne.

Deux ou trois choses que l’on ne vous dit jamais sur le capitalisme, de Ha-Joon Chang, traduit de l’anglais par Françoise et Paul Chemla, Seuil, 360 p., 21€, voir Books, n° 21, avril 2011, p. 42. Cet économiste coréen, installé à Cambridge, montre que le libéralisme a rarement enrichi les pays pauvres ; que les multinationales conservent leurs racines nationales ; que les États-Unis n’ont pas le niveau de vie le plus élevé du monde ; que la machine à laver a plus changé le monde qu’Internet ; qu’un meilleur système éducatif n’est pas une garantie de richesse ; que nous n’avons pas intérêt à ce que les marchés deviennent plus performants, mais à ce qu’ils le deviennent moins.
 

L’eldorado arabe

« Il nous a fallu quarante ans pour développer d’importantes activités dans le monde arabe, que cinq jours ont suffi à arrêter net. » C’est par ce constat dépité qu’une porte-parole d’Arla Food, un groupe danois de produits laitiers, rendait compte en 2006 de l’impact du boycott de ses marchandises après la publication des caricatures de Mahomet dans le Jyllands-Posten. Une publicité désastreuse pour cette région dont l’instabilité masque encore trop souvent le potentiel économique : « Le récit des tensions politiques conjugué à un certain nombre de stéréotypes négatifs empêche les exportateurs d’explorer à fond les perspectives commerciales qu’elle offre, et de percevoir la demande croissante de ses habitants pour les biens venus d’Occident », écrit Michael Binyon dans Management Today.

Le propos fait écho à celui de Vijay Mahajan, un professeur de marketing à l’université du Texas, à Austin, qui s’est mis en devoir d’éclairer les investisseurs américains sur ce qu’il considère comme le nouvel eldorado. Pour écrire The Arab World Unbound, il a parcouru trois années durant dix-huit États arabes et s’y est entretenu avec une ribambelle d’acteurs (créateurs de start-up, commerçants, investisseurs et simples consommateurs) qui œuvrent à un autre printemps arabe, économique celui-là. Avec un PIB de 2 000 milliards de dollars, un revenu annuel par tête de 6 000 dollars et une population composée pour moitié environ de moins de 25 ans, la région a, il est vrai, de sérieux atouts. Bon nombre de multinationales ne s’y sont pas trompées, dont la stratégie tient déjà compte des principes de l’islam et du rôle de la foi dans la vie quotidienne – condition sine qua non pour réussir au Moyen-Orient selon Mahajan. Prenez le cas de cette célèbre marque de lessive commercialisée par Procter & Gamble en Égypte. Afin de promouvoir une variante « senteur de musc blanc », le géant s’est appuyé sur « l’esprit de générosité qui accompagne le ramadan » en s’associant à une organisation caritative : pour chaque dose de lessive achetée durant le mois de jeûne en 2008, un enfant pauvre se voyait offrir un vêtement neuf. Résultat : « Les parts de marché ont progressé de trois points au cours de la période », écrit Mahajan. Et d’expliquer plus loin comment le pèlerinage à La Mecque profite à des marques aussi inattendues que Red Bull – les pèlerins fatigués peuvent se procurer la boisson énergisante sur des stands spécialement aménagés dans les aéroports saoudiens – ou Sony – les mêmes ont coutume de rapporter des cadeaux à leurs familles.

Dans la même veine, Mahajan invite à rompre avec une vision jugée trop larmoyante des musulmanes : « Dans la plupart des pays arabes, en particulier ceux du Golfe, les femmes sont aujourd’hui mieux formées que les hommes et beaucoup se hissent à des postes à responsabilité dans les entreprises », rapporte Binyon dans Management Today avant de poursuivre : « Elles aussi ont de l’argent à dépenser. Les Saoudiennes détiennent des sommes estimées à près de 12 milliards de dollars en cash et un peu plus de 2 milliards en investissements, selon une enquête de 2010. Et elles mettent un point d’honneur à acheter les produits des marques les plus haut de gamme. » La situation des femmes d’affaires saoudiennes ou libanaises est évidemment fort éloignée de celle des Yéménites : « Dans ce pays parmi les plus pauvres du monde arabe, les épouses fortunées laissent souvent dormir leur argent à la banque afin de se prémunir en cas de divorce ou de subordination à une autre femme » – ce qui n’encourage ni l’investissement, ni la consommation. Cette nuance soulignée, Mahajan n’en a pas moins « tendance à considérer le “monde arabe” comme un tout homogène », regrette le Financial Times. Tandis que The Economist estime son enthousiasme stimulant mais excessif : les investisseurs sont tout de même en droit de douter du dynamisme d’une zone où « l’on se noie sous la paperasserie » et où « la faillite reste considérée comme un crime dans plus d’un pays ».

De l’art de ne pas savoir

La racine latine du mot « science » – du verbe scire, « savoir » – peut être trompeuse. En effet, celle-ci ne consiste pas tant en une accumulation de connaissances qu’en une forme d’« ignorance informée », une façon « de « ne pas savoir, tout en ayant une méthode pour en apprendre davantage », écrit Adam Rutherford dans The Observer, qui salue le « superbe petit livre » consacré au sujet par le biologiste américain Stuart Firestein. Un rappel « fort à propos » des vertus de l’incertitude, à un moment où « les controverses scientifiques les plus retentissantes – autour du changement climatique ou de l’évolution – portent sur les différentes façons d’interpréter les faits », et où « l’incertitude est un gros mot », renchérit le New York Times

Ce que l’Europe doit aux Roms

Gitans, Roms, Manouches… Quel que soit le nom dont on les affuble, les peuples tziganes ont en partage les discriminations dont ils furent et continuent d’être victimes en Europe. C’est l’histoire de cette perception négative qui intéresse Klaus-Michael Bogdal. Dans un livre largement salué par la critique outre-Rhin, l’universitaire explique comment ces populations originaires d’Inde ont permis à l’Occident d’affirmer sa propre supériorité. À leur arrivée sur le continent, il y a six siècles, « on les prit d’abord (en raison de leur peau brune) pour des pèlerins venus d’Égypte ; on leur offrit le gîte et le couvert. Mais, bientôt, on commença d’affirmer qu’ils avaient été condamnés à une errance éternelle pour avoir refusé d’aider la Sainte Famille lors de son passage en Égypte ou pour avoir forgé les clous ayant servi à crucifier le Christ », rapporte le Zeit. Dès le XVe siècle, des préjugés apparaissent, qui resteront attachés à ces nomades : ils seraient sales, voleraient et pratiqueraient l’inceste. Bogdal montre bien en quoi le racisme qui frappe les Tziganes se distingue de l’antisémitisme : tandis que ce dernier naît, notamment à partir du XIXe siècle, de l’envie suscitée par la réussite financière et intellectuelle des Juifs, les Tziganes sont presque toujours méprisés et incarnent « le négatif de ce qui est considéré comme chrétien et civilisé », le repoussoir d’une Europe qui s’imagine en avoir fini avec la barbarie.

La malédiction des filles de Chine

La romancière Sheng Keyi est une « valeur montante de la littérature chinoise », selon le New York Times. Son premier livre, qui vient d’être traduit en anglais aux éditions Penguin China, aborde le sujet sensible de la stérilisation forcée des femmes dans les campagnes et celui de la prostitution des jeunes migrantes dans les grandes villes du pays. « La façon directe et intime qu’a l’auteure d’écrire avec et sur le corps des femmes est inhabituelle », relève le quotidien, qui résume ainsi la question posée à travers l’héroïne du roman : « Comment une femme pauvre, qui exerce un attrait sexuel considérable sur les hommes, peut-elle rester fidèle à ses valeurs dans une société où règne l’amoralité ? »