Globale Bilbao

Kirmen Uribe est né en 1970 à Ondarroa, une ville d’Euskadi – le Pays basque espagnol. Bilbao-New York-Bilbao est son premier roman, écrit d’abord en basque, lauréat du prix de la Critique et du prix national du Roman à Madrid en 2009. Le récit, qui s’organise autour d’un vol transatlantique entre la capitale de la province espagnole et la Grosse Pomme, évoque trois générations différentes d’une même famille – la sienne – et plonge dans l’histoire millénaire de l’une des cultures les plus singulières d’Europe, avec ses marins et leurs légendes. À travers les lettres, les journaux intimes, les courriels et les entrées du dictionnaire, « Bilbao-New York-Bilbao mêle l’histoire de l’Euskadi à l’histoire familiale des Uribe, l’autofiction à la réflexion sur l’acte même d’écrire un roman », résume El País. Le fait que le personnage principal du livre soit dans un avion n’est pas un hasard : « J’aime l’idée de mouvement, explique l’auteur au quotidien espagnol. Elle illustre la façon dont ma génération vit au quotidien les questions de l’identité et de la langue, plus en lien avec le moi qu’avec un nous. » Et montre combien, en ce début de XXIe siècle, la culture la plus locale devient globale. 

Chronique d’une Europe dévastée

Auteure méconnue, Paula Fox a été redécouverte aux États-Unis dans les années 1980, grâce notamment à Jonathan Franzen, qui la porte aux nues. Dans L’Hiver le plus froid, elle raconte le voyage qu’elle fit, jeune correspondante pour une petite agence de presse, dans l’Europe de 1946, dévastée par la guerre. Cette traversée terrifiante l’amena à croiser le chemin « de rescapés des camps, de soldats en état de choc, d’enfants sans abri », rapporte dans le Seattle Times Elaine Margolin. Elle lui permit aussi de se libérer d’elle-même et de son passé d’enfant abandonnée. Son histoire personnelle n’est d’ailleurs sans doute pas étrangère au fait qu’elle reste toujours à distance, selon Margolin : « Elle ne comprend que trop bien les dangers de l’intimité ; les gens peuvent toujours disparaître, mieux vaut donc ne pas trop se lier. » 

Jelinek intime

« C’est sans doute l’œuvre la plus personnelle d’Elfriede Jelinek jusqu’à présent », estime Christopher Schmidt dans le Süddeutsche Zeitung à propos de Winterreise. Ce monologue théâtral obsessionnel et polyphonique à la fois, dont le titre fait référence à un cycle de vingt-quatre lieder composé par Schubert, a valu à la prix Nobel d’être élue pour la quatrième fois dramaturge (de langue allemande) de l’année en 2011. « Cette fois, note Schmidt, Jelinek ne se contente pas de hurler sur scène ses indignations. Bien sûr, il est question de la crise financière, du scandale de l’Hypo-Alpe Bank autrichienne et de Natascha Kampusch, mais Winterreise est avant tout une plongée douloureuse dans son histoire personnelle et familiale. » 

L’homme peut tout faire

Début mars 2012, le Sénat des États-Unis interroge le chef d’état-major interarmées, le général Martin E. Dempsey, pour savoir si une intervention militaire en Syrie serait envisageable. La réponse du général contient cette formule lapidaire, quatre mots seulement dans l’original : « We can do anything (1) » (« Nous sommes capables de tout faire »).

Sortie de son contexte, cette phrase pourrait servir à désigner l’une des dimensions essentielles de notre culture. En effet, toutes les civilisations ne partent pas du principe que les hommes peuvent faire tout ce qu’ils veulent. Ce principe surgit au moment où le paganisme commence à céder la place aux religions monothéistes. La différence majeure qu’apportent celles-ci réside en ce que leur dieu, au lieu d’intervenir dans un monde déjà existant pour y remplacer le chaos par l’ordre, ainsi que le faisaient les dieux des païens, crée lui-même le monde à partir de rien.

À l’époque des Lumières, on commence à penser le monde sans recourir à l’hypothèse « dieu » et l’on transfère à l’homme les attributs divins. Saint-Just déclare en substance, devant l’Assemblée nationale : c’est au législateur de rendre les hommes ce qu’il veut qu’ils soient. Ce volontarisme révolutionnaire sera renforcé par les progrès rapides de la science et de la technique à partir de cette époque. Les dirigeants des empires totalitaires du XXe siècle s’en inspireront : ils croient maîtriser aussi bien les processus biologiques que les lois de l’histoire, à plus forte raison le comportement des individus. « Vous ne me connaissez pas encore, je peux tout faire », disait, menaçant, le chef de la police politique stalinienne Guenrikh Yagoda (2).

C’est dans cette grande tradition monothéiste, chrétienne, révolutionnaire, européenne, communiste que s’inscrit le propos du général Dempsey.

La colonne voisine du même quotidien relate un fait en apparence sans rapport avec le précédent. La veille, le 11 mars 2012, un certain Robert Bales, sergent de l’armée américaine qui occupe actuellement l’Afghanistan, courant d’une maison à l’autre, a massacré dix-sept civils, dont neuf enfants, avant de mettre le feu à leurs cadavres. Sans rapport ? Lors­qu’au cours d’une guerre on confie aux hommes la tâche de « tout faire », certains d’entre eux – à force de vivre dans la violence quotidienne et de craindre à chaque instant pour leur survie – peuvent devenir fous et commettre des actes inadmissibles.

Le cas du sergent Bales en rappelle d’autres. Celui du Norvégien Anders Breivik qui, le 22 juillet 2011, a tué 77 personnes à Oslo et dans les environs, avec l’intention de mettre en garde les Norvégiens et, au-delà, tous les Européens contre la « menace islamique » ; ses victimes sont pour l’essentiel de jeunes militants travaillistes qu’il trouvait insuffisamment conscients de cette menace. Ou celui du Français Mohamed Merah qui, ce même 11 mars 2012, abat un militaire, le 15, en exécute deux autres et, le 19, massacre quatre civils dont trois enfants. Le mobile invoqué par Merah pour ces tueries est de venger les affronts subis par les musulmans dans d’autres pays, en Afghanistan ou en Palestine. Breivik et Merah sont-ils aussi fous que le sergent Bales ?

Ce que ces trois personnes ont en commun, en dehors du conflit Occident-islam, c’est le fait d’avoir repoussé les limites qui encadrent habituellement les conduites humaines. À l’instar du général Dempsey, ils se sont cru un jour capables de tout faire. Nourris des discours qui présentent les ennemis comme une menace mortelle, ils ont décidé d’endosser eux-mêmes le rôle de défenseur et de justicier… et ils ont commencé à tuer.

 

Bachmann feuilletoniste

La grande poétesse Ingeborg Bachmann avait une haute idée de la littérature. Ce qui ne l’empêcha pas, dans sa jeunesse, de participer à la rédaction de feuilletons grand public pour une radio autrichienne. Un travail purement alimentaire, il est vrai, et qu’elle ne daigna­ jamais considérer comme des œuvres à part entière. Mais sa mort précoce et tragique, en 1973, ayant donné une immense valeur au moindre de ses écrits, ces récits viennent d’être publiés. « Ce qui frappe, note le Zeit, c’est l’habileté avec laquelle ce feuilleton était conçu. Et la maîtrise dont Ingeborg Bachmann fait preuve d’emblée. Ses collègues parlent rétrospectivement de “génie”. Elle, dont la peur de la page blanche est devenue mythique, orchestrait là avec une aisance déconcertante les petites et grandes aventures de ses héros, les membres d’une famille autrichienne­ moyenne, les Floriani, aux prises avec l’histoire. »

Les paradis fiscaux ne meurent jamais

L’éradication des paradis fiscaux est une tâche presque impossible, quoi qu’en disent les chefs de gouvernement occidentaux au cours des sommets consacrés au sujet. Car « ce ne sont pas les banques, les hedge funds, les avocats véreux qui rendent possible le système », explique Peter Preston dans le Guardian. « Ce sont aussi les politiques, nos politiques. Personne ne peut réformer cette manière de faire des affaires parce que personne n’en a la détermination ni les moyens. »

Les sommes dissimulées sont colossales : « Elles avoisinent les six trillions de dollars », écrit Sean O’Grady dans The Independent. Cet argent trouve refuge dans des territoires d’apparence honorable, « qui ne posent pas de questions et ne racontent pas non plus de mensonges. Les Suisses ont toujours été les maîtres du genre, avec leurs manières impeccables et leur bureaucratie. Les autres champions sont les Anglais », explique David Runciman dans la LRB.

Dans l’imaginaire populaire, paradis fiscal est synonyme de paradis tout court : îlots, lagons, et cocotiers. Ce n’est pas faux : une île est « comme un petit bocal à poissons rouges », transparent et convivial, « où l’on ne peut pas se cacher, note Nicholas Shaxson dans le Guardian. La capacité des îles à faire régner le consensus et écarter les fauteurs de troubles rassure les financiers internationaux ». Ces paradis n’en sont donc que pour certains. Voir Jersey, « où une oligarchie soûlographe, homophobe et raciste a allègrement pris en otage la population au profit du grand capital », s’indigne Sean O’Grady.

Mais Shaxson n’entend pas seulement les paradis fiscaux au sens habituel du terme : « Il les agrège aux autres pans opaques du système bancaire mondial au sein de l’empire du mal de l’“offshore” », explique Martin Vander Weyer dans la Literary Review. La géographie du phénomène est donc complexe : « Nous connaissons tous les noms des territoires traditionnellement associés à l’esquive fiscale et légale, précise O’Grady. D’abord,  il y a les résidus de l’Empire britannique et autres curiosités – Jersey, Guernesey, l’île de Man, les Cayman, les Turks et Caïcos, Gibraltar, plus l’Irlande et Hongkong. Puis la Suisse et les micro-États européens, le Luxembourg, le Liechtenstein et Monaco. Enfin, il y a “le reste”, le Panamá, le Gabon, et de nouveaux entrants comme les Pays-Bas ou le Ghana. » Mais Shaxson rappelle aussi que « l’offshore peut être  très onshore », poursuit le journaliste. De véritables paradis fiscaux internes, à l’instar du petit État américain du Delaware ou de la City de Londres.

À l’évidence, l’offshore ne se réduit pas pour Shaxson à une simple réalité juridico-géographique. C’est aussi (et surtout) « une réalité psychologique et culturelle », souligne O’Grady : le refus de payer son dû d’impôts. On  comprend que les politiques  soient désemparés. Ils sont bien conscients que le système encourage les pires folies du capitalisme financier, comme le rappelle Vander Meyer : « Tous les placements fondés sur les subprimes étaient enregistrés offshore. » Mais aucun ne veut faire le premier pas. 

Virginia Woolf, une femme en colère

Trois guinées est l’avant-dernier ouvrage publié du vivant de Virginia Woolf et, à en croire Alison Light de la London Review of Books, le « livre le plus rageur et le plus ouvertement pacifiste, le plus utopiste et en même temps le plus sinistre et antisocial » de la célèbre auteure. Paru en 1938, quand l’Europe est sur le point de sombrer dans la guerre, il prend la forme de trois lettres dans lesquelles une femme répond à un homme qui lui a demandé son aide pour défendre la paix. La première traduction française (de 1976) en était épuisée. Les éditions Blackjack ont décidé d’en proposer une nouvelle, signée de la fondatrice de cette petite maison, Léa Gauthier. Dans sa préface, elle rappelle que, « pour Virginia Woolf, la montée du nazisme comme du fascisme n’est pas une fatalité », qu’« elle ne vient pas de l’extérieur ». Elle est en germe aussi dans les démocraties, jusque dans cette Angleterre qui se veut la championne des droits et des libertés : à travers son système d’oppression patriarcal.

Au fond, ce qu’éprouvent les hommes persécutés par le fascisme est, selon Woolf, comparable à ce qu’ont vécu des générations de femmes, en particulier celles qui appartiennent à sa classe sociale, la bourgeoisie : « Elles étaient complètement dépendantes, elles étaient des citoyens de seconde zone, elles ne pouvaient rien posséder en leur nom, elles ne pouvaient pas voyager ni rencontrer des gens sans un chaperon ; elles étaient exclues du système éducatif et ne pouvaient gagner elles-mêmes leur vie ; elles ne pouvaient pas non plus divorcer ni limiter le nombre d’enfants  qu’elles avaient. Elles vivaient peut-être dans une cage dorée, mais étaient néanmoins prisonnières et réduites au silence par la peur. Elles étaient effrayées par l’attitude agressive de la plupart des hommes à chaque étape de leur émancipation », rapporte Alison Light. Woolf a conscience que cette peur peut sembler dérisoire en comparaison de la terreur répandue par Hitler et Mussolini en Europe ; mais, à ses yeux, il n’existe qu’une différence de degré entre ces dictateurs sanguinaires et les petits tyrans bourgeois qui traitent leur famille comme leur propriété et la dirigent d’une main de fer. Trois guinées est « un chapitre de l’histoire  psychosexuelle de la bourgeoisie anglaise », en même temps qu’un appel à une résistance passive face à tous les instruments de la domination masculine. Son tour de force, d’après Light, est « d’essayer d’envisager un espace psychique et émotionnel où celles qui ont été infantilisées, celles qui se sont vues faibles et démunies, puissent dépasser ce sentiment d’infériorité sans avoir à exercer à leur tour une domination quelconque ». 

Et Colomb créa le monde…

Imaginez un enfant né au moment même où Christophe Colomb foulait pour la première fois le sol américain, propose Dominic Sandbrook dans le  Sunday Times : « Il voit le jour dans un monde dont les deux hémisphères s’ignorent encore totalement. Mais s’il vit assez longtemps, il pourra constater que des marchands espagnols importent de la soie d’Asie via le Mexique ; que des habitants de La Mecque, Madras ou Manille attendent impatiemment les cargaisons­ de tabac venu des Antilles ; ou encore que des marins hollandais échangent des coquillages des Maldives contre des esclaves angolais. »

Cette circulation sans précédent d’hommes, de plantes, mais aussi d’animaux et de maladies, au lendemain de la découverte de l’Amérique, a été théorisée dans les années 1970 par un historien américain, Alfred W. Crosby, sous le nom d’« échange colombien ». Un concept que Charles C. Mann a entrepris d’enrichir des apports les plus récents de l’historiographie, mais aussi ceux de l’économie, de la géologie et de l’immunologie. Ce journaliste chevronné était déjà l’auteur de 1491 (traduit chez Albin Michel), un bestseller qui brossait un impressionnant panorama de l’Amérique précolombienne. Comme Crosby, il met l’accent sur la dimension biologique de l’échange colombien. Le transport d’espèces animales et végétales d’un continent à l’autre a, explique-t-il, bouleversé les écosystèmes, inaugurant une nouvelle ère écologique, appelée « homogénocène » ou « âge de l’homogénéité », dans laquelle nous vivons encore. Pour le démontrer, Mann compare son propre jardin, dans le Massachusetts, à celui d’une famille des Philippines : « Malgré la  distance, on y trouve souvent  les mêmes espèces, dont pres­qu’aucune n’est autochtone », rapporte l’historien Ian Morris dans le New York Times. Ce grand brassage a aussi laissé des traces dans nos assiettes : imagine-t-on la cuisine italienne sans tomate ? Son homologue américaine sans steak ? Pourtant, pas une vache n’avait vu le jour sur le sol américain, ni aucune tomate en Europe avant 1492… Ainsi, pour Mann, Colomb n’a pas découvert le Nouveau Monde, il l’a créé.

« Chaque page ou presque de 1493 contient une idée stimulante ou un détail frappant », salue Sandbrook. Le livre rappelle par exemple que les migrants européens étaient minoritaires en Amérique jusqu’au XVIIIe siècle : « Sur dix personnes ayant traversé l’Atlantique avant 1700, neuf étaient des esclaves africains », précise le critique. Il révèle aussi les ravages que faisait le paludisme dans certaines régions de l’Angleterre préindustrielle. Mann y voit d’ailleurs l’un des ressorts de la traite négrière : la maladie, importée par les colons, mettait en péril la culture du tabac. Ayant noté la résistance de certaines populations africaines – non dotées de l’antigène Duffy, elles sont mieux armées contre la malaria –, les propriétaires se mirent à acheter des esclaves en nombre. Et ce « alors même qu’ils revenaient plus cher que la main-d’œuvre sous contrat. Mais ils avaient tout simplement plus de chances de rester en vie ».

Certains reprochent à Mann de pousser un peu loin ce genre d’explications historico-biologiques : « Suggérer comme il le fait que l’on doit au paludisme la proclamation d’émancipation des esclaves par Lincoln me semble un peu idiot », écrit le même Sandbrook, qui résume ainsi la théorie de Mann : « En prolongeant la guerre civile, la mort du paludisme de nombreux soldats nordistes aurait donné au président américain le temps de se convaincre d’adopter une position anti-esclavagiste plus affirmée (1). » Robin Blackburn, lui, déplore dans le Guardian certains raccourcis économiques. En ne faisant guère de place au rôle joué par le coton américain, l’auteur n’étaye pas suffisamment l’idée selon laquelle les plantations auraient préfiguré la révolution industrielle et favorisé le développement de la société de consommation de masse, via l’adoption à l’échelle mondiale de produits comme le café, le tabac et le sucre. Mais il relativise : quiconque s’attaque à un tableau aussi vaste que celui de Mann prend le risque de « malmener certains détails ». 

1. Lire à ce sujet « Les moustiques, armes de destruction massive », Books, n° 18, décembre 2010-janvier 2011, p. 62.

L’Europe d’Habermas

Au moment où la crise grecque faisait les gros titres, en décembre dernier, le plus célèbre philosophe d’Allemagne publiait un ouvrage sur l’Europe. La traduction française vient de paraître. Habermas y déplore le déficit démocratique de l’Union. La prépondérance prise par le Conseil européen, qui réunit les chefs d’État et de gouvernement, depuis l’échec du projet de Constitution en 2005 et l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, fin 2009, aurait mené à un stade inédit : le fédéralisme exécutif « postdémocratique ». Pour lui, « l’Europe ne doit pas se résumer à Bruxelles. C’est aussi Strasbourg, c’est-à-dire le Parlement, unique institution supranationale du monde à être élue au suffrage universel direct », rappelle le Neue Zürcher Zeitung. Pour lui, précise le quotidien, l’Europe est une « entité démocratique transnationale d’un genre nouveau », elle-même une étape vers une indispensable union politique mondiale. Car, aux yeux, d’Habermas, la crise que nous vivons est d’abord l’effet de la contradiction entre « la fragmentation politique durable dans le monde et en Europe et la croissance systémique d’une société mondiale multiculturelle ». 

Au cœur des ténèbres italiennes

Le journaliste anglais Tobias Jones, fin connaisseur de l’Italie et de ses institutions, relate ici un fait divers qui l’a hanté jusqu’à l’obsession : la disparition, en 1993, de la jeune Elisa Claps dans la région de Basilicate – le Sud profond et aride de l’Italie, immortalisé par Carlo Levi dans Le Christ s’est arrêté à Eboli. Jones en brosse un tableau glaçant, relatant comment les pouvoirs locaux (élus, magistrats, Église…) ont délibérément fait obstacle à l’enquête. Celle-ci ne trouva son dénouement qu’au bout de dix-sept ans, avec la découverte des restes d’Elisa sous les combles d’une église. Son assassin, protégé grâce aux appuis de son père, un notable, avait entre-temps été arrêté pour un autre crime sordide commis en Angleterre. Le Financial Times salue un récit « captivant », qui parvient à éclairer à partir de cette histoire singulière « les problèmes plus généraux de la société italienne ».