Inde – Une chrétienne à Karachi

« Ces musulmans, ils te font nettoyer leur merde et se plaignent encore que tu pues » : cette saillie du père d’Alice Bhatti, l’héroïne du dernier roman du Pakistanais Mohammed Hanif, résume à merveille le propos de cet ouvrage en tête des ventes de la librairie Bahri Sons à New Delhi. La remarque offre aussi, explique Robin Yassin-Kassab dans le Guardian, « une description assez juste » de la façon dont la classe moyenne pakistanaise considère les membres de la minorité chrétienne du pays – les Chuhras –, qui forment la majorité du personnel de maison d’Islamabad et de Karachi. « Les gens renvoient toujours les Chuhras à leur basse caste d’origine et à leur condition d’intouchables », poursuit cet écrivain britannique lui-même d’ascendance pakistanaise. « Et, avec la montée en puissance de formes intolérantes de l’islam, ils sont de plus en plus souvent victimes de violences. »

Pas facile dès lors, quand on est une femme issue de cette communauté, et particulièrement belle, de faire son chemin dans une société dominée par les mâles musulmans. L’héroïne y parvient pourtant, en épousant l’un d’eux – exécuteur des basses œuvres dans la police – et en devenant infirmière dans un hôpital psychiatrique aussi dysfonctionnel que le monde qui l’entoure et infesté de rats. Dehors, sur l’esplanade, des mendiants, des êtres qui espèrent un miracle, d’autres qui mériteraient de se faire interner.

« Bien sûr, le roman de Mohammed Hanif est trop riche pour être réduit au statut de simple allégorie de la situation du Pakistan, poursuit Robin Yassin-Kassab. Mais il fait écho au triste état dans lequel se trouve la nation. » L’histoire se déroule à Karachi, où les conflits ethniques, religieux et la violence des gangs ont tué plus de 1 300 personnes en 2011, selon les chiffres de la Commission nationale des droits de l’homme. En lutte permanente contre l’oppression masculine, Alice décrit le traitement réservé aux femmes. « Pas un jour sans qu’elle ne voie une femme abattue ou poignardée, étranglée ou étouffée, empoisonnée, brûlée vive, pendue, ou enterrée vivante », rapporte Iman Qureshi dans The Independent. Le lecteur abasourdi se laisse happer par ce récit frénétique, qui « oscille entre le sacré et l’absurde, l’âme éthérée et le corps éviscéré, le Divin et les doux dingues », note pour sa part Mavesh Murad dans le mensuel pakistanais The Herald.

Car il faut encore compter dans ce roman avec un autre protagoniste d’importance : Dieu. Tout en lui reprochant vertement sa « glaciale incompétence », Alice finit par se tourner vers lui. En effet, s’il l’a dotée d’un corps qui enflamme les esprits, il l’a aussi munie de dons de voyance qui la mèneront à la célébrité, voire aux confins de la sainteté. En Orient, tout se mêle, conclut Aisha Sarwati sur le site d’information Chowk, et Alice recourt volontiers à la « fusion du féminin et du sacré pour échapper au fanatisme et à la misogynie ».

Bestseller du passé – Épopée bohémienne

« “La chronique des Bohémiens” est encore plus belle qu’on ne nous l’a appris », titrait l’hebdomadaire Týden à l’ouverture, à Prague, de l’exposition où était présenté, en début d’année, le manuscrit de cette première histoire des Slaves en Bohême. Une épopée dont les Tchèques connaissent par cœur les récits, de l’arrivée en Bohême de leurs ancêtres à l’accession au trône de la dynastie des Pˇremyslides au IXe siècle. Sans oublier l’histoire de la prophétesse Libuše, fondatrice de Prague. Bien qu’écrite en latin par le chanoine Cosmas de Prague aux environs de 1125, cette chronique a rencontré un succès phénoménal pour l’époque, connu de multiples traductions et rééditions à travers l’histoire. Et la journaliste Eloïse Adde de rappeler, sur le site de Radio Prague, qu’elle fut « la première chronique véritablement dédiée à un peuple ». 

Etats-Unis – Catherine la conquérante

À 82 ans, l’Américain Robert K. Massie se hisse à nouveau parmi les meilleures ventes de livres outre-Atlantique avec une biographie consacrée à Catherine II. Cet historien amateur, passionné par la Russie impériale, avait déjà triomphé en 1967 avec Nicholas and Alexandra, où il racontait la fin tragique des Romanov. Il avait alors su « captiver une génération plongée dans les sombres réalités de la Guerre froide et prompte à adopter une vision idéalisée de la Russie pré-révolutionnaire », rappelle Jennifer Siegel dans le Wall Street Journal. En 1981, il obtenait le prestigieux prix Pulitzer pour un essai sur Pierre le Grand.

C’est en 2004 que Massie a commencé à s’intéresser à « Catherine la Grande », dont le parcours constitue l’une des plus étonnantes success stories du XVIIIe siècle européen. Issue d’une famille obscure de la petite aristocratie allemande, mal aimée par une mère froide et cruelle, elle n’a que 16 ans, en 1744, lorsqu’on la marie d’autorité, sur la demande de l’impératrice Elisabeth, à son cousin Charles Peter Ulrich, dernier descendant de Pierre le Grand, qui devait régner sous le nom de Pierre III. Un mariage malheureux, qui n’a probablement jamais été consommé. Immature, Pierre était « précoce en matière d’alcoolisme, encouragé dans ses beuveries par ses domestiques, qu’il revêtait d’uniformes pour se livrer à des “parades d’appartement”, quand il ne jouait pas avec les soldats de plomb dont sa chambre était pleine et qu’il emportait jusque dans son lit », rapporte Kathryn Harrison dans le New York Times. Délaissée, Catherine se réfugia dans la lecture, apprit le russe, et se convertit à l’orthodoxie. Son attitude digne et son désir d’assimiler la culture russe lui assurèrent vite une grande popularité.

De son côté, Pierre affichait naïvement son admiration pour Frédéric II et la Prusse, dont il revêtit même publiquement l’uniforme. Cet acte le conduira à sa perte, explique Harrison : « Être un tsar inefficace est une chose ; s’en prendre aux institutions les plus sacrées de Russie et proclamer sa loyauté envers une nation ennemie en portant l’uniforme prussien dans l’exercice de ses fonctions, cela revenait à appeler au coup d’État qui le renversera. » Catherine exploite habilement le ressentiment populaire provoqué par la germanophilie de Pierre, et ne manque pas une occasion de se parer de l’habit militaire russe. En 1762, c’est revêtue de « l’uniforme de colonel d’un régiment d’élite, et montée sur un cheval blanc que Catherine, à la tête de 14 000 soldats, arrête et dépose son incapable de mari ».

Parvenue au sommet, l’impératrice devient l’une des figures emblématiques du « despotisme éclairé », alliance paradoxale d’absolutisme royal et d’ouverture aux idées nouvelles. Toujours férue de savantes lectures, elle dévore Montesquieu et l’humaniste italien Cesare Beccaria, fondateur du droit pénal moderne, dont elle s’inspire pour réformer la justice et l’administration. Elle entretient une abondante correspondance avec Voltaire et Diderot, confiant à ce dernier le soin de « l’aider dans l’acquisition rapide de chefs-d’œuvre destinés à la collection de l’Ermitage », note Harrison. Toutefois, son projet d’abolir le servage tourne court après la répression sanglante de l’insurrection de Pougatchev, qui avait tenté de prendre le pouvoir en 1773, à la tête d’une armée de cosaques et de serfs. Restée dans les mémoires comme l’amie des philosophes, Catherine aura surtout brillé sur le plan des conquêtes, ses campagnes militaires ayant étendu le territoire russe de plus de 500 000 kilomètres carrés.

Chine – Désirs de femmes

En Chine, un petit traité sur le désir féminin, signé de la romancière à succès Xu Xi, séduit la critique et suscite l’engouement du public depuis sa sortie en e-book en novembre dernier. Par le truchement de treize récits et autant de regards de femmes, rapporte le China Daily, « Access dépeint avec simplicité et pertinence les émotions, les désirs et les pulsions de ces héroïnes, montrant avec finesse que l’identité sexuelle ne relève pas de l’inné mais de l’acquis ». C’est aussi l’occasion pour la romancière hongkongaise d’explorer des genres différents, analyse pour sa part le South China Morning Post : « Certains récits, accompagnés d’une morale, évoquent les fables d’Ésope. D’autres recréent des atmosphères sombres à la Dickens. Mais tous brossent des portraits féminins originaux, loin du cliché de la femme fatale chinoise. » 

Espagne – Portrait d’un indifférent

« C’est une histoire sur l’indifférence et la passivité des intellectuels d’aujourd’hui », a confié le romancier Álvaro Pombo au quotidien La Vanguardia après s’être vu décerner en février le prix Nadal pour El temblor del héroe, en tête des ventes à Madrid. L’ouvrage raconte la désillusion d’un professeur d’université à la retraite, qui a dédié sa vie à l’enseignement de la philosophie et se montre à présent « totalement indifférent à lui-même et aux autres », rapporte El País. « Cette perte de l’espoir, l’espèce de paralysie intellectuelle, morale et presque physique qu’elle entraîne est une constante des personnages de Pombo, rapporte El País. Son œuvre est d’ailleurs parfois qualifiée de “psychologie-fiction”. » 

Russie – Main basse sur le pouvoir

Un « tableau de commande » par le truchement duquel « les ingénieurs du Kremlin pilotent la politique intérieure russe ». C’est en ces termes que les journalistes Ilia Jegoulev et Ludmila Romanova définissent Russie unie, la formation politique de Vladimir Poutine, qui n’est pas sans rappeler, par son influence, le Parti communiste soviétique. « Les rayonnages des librairies moscovites regorgent de livres sur Vladimir Poutine, rapporte Radio Svoboda sur son site d’information. Mais, jusqu’à ce jour, nul ne s’était intéressé plus précisément à son parti et aux rouages de Russie unie. » L’enquête de Jegoulev et Romanova fait sensation en permettant aux lecteurs russes de « se rafraîchir un peu la mémoire », commente Openspace.ru, et de découvrir « certains traits peu avouables de leurs dirigeants actuels ».

Russie unie doit sa naissance à Boris Berezovsky, un oligarque à présent exilé à Londres. Alors qu’il est hospitalisé pour une hépatite en septembre 1999, ce dernier décide, à quelques semaines des législatives, de créer de toutes pièces un mouvement, Iedinstvo (« Unité »), l’ancêtre de Russie unie. Bien que lancé sans la moindre réflexion doctrinale, le parti sortira des urnes vainqueur, grâce à la popularité de Vladimir Poutine, qui le soutient tout en gardant ses distances. Car « les relations de Vladimir Poutine avec Russie unie sont pour le moins complexes », rappelle Radio Svoboda. Leader – tantôt officiel, tantôt officieux – de la formation politique, il n’y a jamais adhéré officiellement.

« Mais le chapitre de loin le plus édifiant reste celui consacré aux consignes de vote à l’intérieur du parti », poursuit le journaliste de Radio Svoboda. Avant chaque séance à la Douma, la Chambre basse du Parlement, les députés de Russie unie reçoivent une feuille avec les instructions du jour : il ne leur reste plus qu’à appuyer sur le bon bouton. L’effort est grassement récompensé par une enveloppe mensuelle d’un montant équivalent à 3 000 dollars, en sus du salaire officiel. Et tout réfractaire a droit à un recadrage en règle dans le bureau de Vladislav Sourkov, cofondateur de Russie unie et principal idéologue du Kremlin, nommé vice-Premier ministre le 27 décembre dernier.

« Au fil des pages, on voit apparaître les mécanismes sous-jacents du système politique russe d’aujour­d’hui », note Openspace.ru. Et le tableau qui en est brossé n’a rien de réjouissant : médias et instituts de sondages mis en coupe réglée, opposition muselée, recours massif à la fraude électorale, trafic des mandats de députés, pratique systématique du « racket préélectoral » contraignant les grandes entreprises à verser des millions de dollars en signe de loyauté envers le Kremlin. « Sous nos yeux se dresse un colosse monstrueux, conclut le site d’information, qui a étouffé, en à peine dix ans, tout débat politique dans le pays. »

Royaume-Uni – La religion pour tous

En Angleterre, Alain de Botton est un habitué des listes de bestsellers. Depuis la publication en 1993 de sa Petite philosophie de l’amour, cet érudit à la plume légère, passé maître dans l’art de la vulgarisation philosophique, poursuit de livre en livre sa quête d’une vie harmonieuse. Son créneau : la philosophie comme art de vivre. Botton s’interroge cette fois sur ce que nos sociétés laïques ont à apprendre des croyants. Il encourage ses lecteurs athées à puiser dans le sentiment religieux et à picorer sans vergogne dans les différentes croyances tout ce qui peut leur être utile pour trouver le chemin de la sérénité. « Dans un pays où plus de 60 % des gens déclarent appartenir à une religion quand seulement 5 % assistent à l’office », rappelle le Telegraph, l’ouvrage ne pouvait que faire mouche. Mais l’entreprise n’est pas du goût de tout le monde. Dans le Guardian, Terry Eagleton s’insurge : « Ce livre subvertit les croyances des autres, les vide de leur contenu et les redéploie au nom de l’ordre moral, du consensus social et du plaisir esthétique. C’est une entreprise d’une impudence absolue. Et singulièrement banale. » 

Houellebecq est-il romancier ?

Outre-Manche comme outre-Atlantique, Michel Houellebecq a toujours déconcerté. Et la récente traduction en anglais de La Carte et le Territoire n’a pas vraiment arrangé les choses. « Est-ce un poète, un romancier, un prophète – ou bien est-ce qu’il s’en fout éperdument ? », s’interroge John Montague dans le Times Literary Supplement. À ses yeux, Houellebecq est avant tout un poète – un grand peintre de la vie urbaine, un poète conventionnel, très prolifique et dans le droit fil de Baudelaire, pas moins. John Montague note avec révérence que certains de ses textes ont été mis en musique, et que la « First Lady » française, Carla Bruni-Sarkozy, a même enregistré une chanson d’après l’un d’eux. Hélas ! cela ne suffit pas : « Houellebecq n’a toujours pas été reconnu comme l’un des leurs par les mandarins de la poésie française contemporaine », déplore-t-il.

Romancier, alors ? Peut-être, mais pas bien fameux, si l’on en juge par les commentaires étrangers. James Wood, dans le New Yorker, ne voit en lui qu’un « propagandiste qui écrit des romans », incapable de créer autre chose que des personnages schématiques et sans substance, des « structures formelles en général mal fichues et systématiques », et des intrigues « mortellement ennuyeuses ». En outre, Houellebecq « n’est pas un grand styliste », juge Michelle Bailat-Jones dans Quarterly Conversation. Enfin, dernier manquement littéraire, impardonnable celui-là : Houellebecq ne sait décrire le sexe que d’une façon banale et déprimante. « Ses scènes érotiques sont tellement convenues qu’on les croirait écrites par un puceau qui n’aurait eu pour toute expérience que la lecture – en braille – de revues porno ! », assène Benjamin Kunkel dans la London Review of Books. James Wood établit pour sa part un intéressant parallèle entre Houellebecq et D.H. Lawrence : tous deux sont des écrivains convaincus de « la centralité du sexe », tous deux sont « passionnément puritains », et tous deux sont pris dans la contradiction « entre la description de la sexualité et son idéalisation ».

Mais là s’arrête la comparaison. Tandis que l’Anglais sait parfaitement imiter dans ses romans « le livre scintillant de la vie », le Français, lui, demeure un romancier « incohérent et peu convaincant, réticent devant la transposition imaginaire des vraies crises de la vie humaine ». Et pour nos voisins, la vraie valeur de Michel Houellebecq est ailleurs : dans sa capacité à pourfendre une certaine vision de la modernité, en mettant ses romans au service de ses thèses. Quelles thèses ? « L’idée, qui bouleverse encore les Français, selon laquelle les avancées du libéralisme post-68 n’auraient débouché que sur la violence et le désespoir… Et que nous n’avons qu’à nous consoler stoïquement avec la sinistre certitude d’une apocalypse auto-infligée qui mettra fin à l’espèce humaine », résume Adam Gopnick dans la Paris Review. La pensée houellebecquienne, d’après John Montague, se résumerait à une double dénonciation : celle du caractère destructeur de l’économie capitaliste et celle du libéralisme sexuel.

La funeste conjonction des deux provoquerait l’« “extension du domaine de la lutte” contemporaine ». Une lutte, qui plus est, où les hommes partent perdants, car « ils sont dans leur ensemble moches, asociaux, froids, sexuellement inhibés, physiquement sous-équipés, érotiquement désabusés », précise James Wood dans le New Yorker. « Dans le souk du sexe, les mendiants, ce sont eux. » Quant à l’amour, n’en parlons même pas. Déprimante vision des choses, qui permet, toujours selon James Wood, de situer Houellebecq à mi-chemin entre Rousseau (« pour sa critique de l’égotisme et de la fausseté » de l’être social) et Schopenhauer (pour sa « dénonciation du désir » comme source de nos afflictions). On peut bien sûr ne pas adhérer à cette morose spéculation. Ce qui compte, écrit The Economist, c’est qu’on trouve néanmoins dans ses livres « tout ce qui fonde la littérature ».

French parenting

Américaine, mère de trois enfants et installée à Paris, Pamela Druckerman, déjà auteure d’un livre à succès sur l’infidélité (Books, n° 28, décembre 2012-janvier 2012, p. 52), publie un éloge vibrant de la maman française et de son art d’élever les petits. Voici ce qui l’étonne. Les bébés font leur nuit à deux mois. S’ils pleurent, on attend de voir s’ils se calment spontanément avant de les prendre éventuellement dans les bras. Plus tard, l’enfant se doit d’avaler une nourriture variée, sans manger entre les repas. La crèche déjà y veille, avec sa « commission menus ». Au restaurant, le petit Français se tient bien, utilise ses couverts, ne sort pas de table sans qu’on l’y autorise. Il n’a pas le droit d’interrompre une conversation entre adultes et, en cas d’infraction, se fait « crier dessus », voire taper sur les fesses. La mère est d’abord femme, elle n’entend pas être l’esclave de ses bambins. Elle préfère les sevrer tôt, rester sexy et continuer à s’investir pleinement dans son travail et dans la vie sociale.

Le livre a fait l’objet d’une féroce critique dans le New York Times, qui y voit une « série de généralisations fondées sur les amies américaines et françaises de l’auteure ». La presse britannique est beaucoup plus nuancée. Plusieurs articles soulignent l’intérêt d’une analyse qui pourfend à bon droit la tendance des mères anglo-saxonnes à organiser leur vie autour de leur enfant, à être à ses ordres et à oublier les vertus de la sévérité (« Penses-tu vraiment que c’était gentil, chéri, de lancer du sable à la figure de Ruby ? », se moque The Economist). Les deux reproches récurrents faits à l’auteur sont qu’elle se contente de décrire les mœurs d’une certaine bourgeoisie parisienne et qu’elle sous-estime les effets pervers d’un système scolaire qui privilégie la sanction et favorise l’échec.

Tintin en Libye

Ancien diplomate, auteur d’un livre récent sur la Chine, George Walden a lu le dernier ouvrage de BHL pour le Times Literary Suplement et ne l’a guère apprécié. « Que Lévy et son président aient été avant les autres du bon côté de l’histoire ne fait pas débat » et le récit est bien mené. Pour le reste, la « présomption » de l’auteur vire souvent au « comique », et l’on se demande « si l’on a affaire à une incarnation du philosophe-roi de Platon ou à Tintin au pays de l’or noir ». BHL donne le sentiment d’avoir lui-même dirigé la guerre, veillé à l’armement des rebelles, assuré leur unité et « guidé la main de son maître ».