L’Opus Dei et Rembrandt

Traduit en italien chez Donzelli, le livre de Tzvetan Todorov sur Rembrandt suscite l’irritation d’un numéraire de l’Opus Dei. Dans l’hebdomadaire catholique Avvenire, Cesare Cavalleri n’apprécie pas que le Hollandais soit présenté comme « le grand peintre du protestantisme », lequel « demandait aux fidèles d’annuler la distance temporelle qui les sépare du passé pour penser le Christ et la Vierge comme des individus qu’ils auraient pu rencontrer ». Cavalleri rappelle que les catholiques considéraient eux aussi Jésus comme leur contemporain et que Rembrandt tenait séparées les œuvres sacrées et profanes, « reléguant la quotidienneté aux productions “mineures” », alors que « dans le camp catholique », et bien avant le peintre flamand, « un certain Caravage peignait déjà des madones populaires qui, si elles scandalisaient à l’époque, sont encore aujourd’hui vénérées par tous les catholiques ». 

Vive Vivès !

En Allemagne, la bande dessinée ne jouit pas du même prestige qu’en France et les journaux s’y intéressent en général assez peu. L’accueil réservé au dernier album de Bastien Vivès n’en est donc que plus frappant. « Impossible de ne pas être enthousiaste », écrit dans le Süddeutsche Zeitung Christoph Haas. Il rappelle que Vivès n’a pas 30 ans (il est né en 1984) mais déjà une ribambelle d’ouvrages à son actif (notamment Dans mes yeux et Le Goût du chlore, eux aussi traduit dans la langue de Goethe). Pour Christian Gasser, spécialiste suisse du neuvième art, qui présente l’album dans le Neue Zürcher Zeitung, « Bastien Vivès est le grand talent de la BD française, la première star de la nouvelle génération, qui prend le relais de celle des Sfar, Blain et Trondheim ».

Intitulé Polina, ce nouvel opus « marque une césure » dans l’œuvre de son auteur. De l’avis des critiques germanophones, c’est son ouvrage le plus abouti. « Pour la première fois, ce n’est pas le regard et les désirs de personnages masculins qui sont au centre du récit, mais ceux d’une jeune fille qui tente de trouver sa place dans le monde », note Haas. L’album retrace en effet le destin d’une danseuse russe, Polina Oulianov, depuis son entrée à l’âge de 6 ans dans l’école du célèbre et redouté Nikita Bojinski, jusqu’à sa consécration internationale.

L’héroïne est inspirée d’une danseuse qui vit et travaille à Berlin, Polina Semionova. Comme d’autres, Vivès l’a découverte dans un clip d’Herbert Grönemeyer, chanteur très populaire outre-Rhin, où elle exécute une chorégraphie somptueuse. La Polina fictive et la Polina réelle « n’ont pas que leur prénom en commun, mais aussi de grands yeux, de longs cheveux et un corps surentraîné », rapporte le Tagesspiegel, qui a demandé à l’intéressée ce qu’elle pensait de l’ouvrage. Un peu agacée, elle dit ne pas avoir été consultée et n’avoir jamais rencontré Vivès. Elle juge néanmoins son travail réussi, même si « les longues jambes et les lignes élégantes du livre évoquent davantage les danseuses de Paris que de Berlin »…

Devoir de Goncourt

L’historien britannique Richard Vinen a lu le dernier Goncourt et n’est guère enthousiaste. Il doute que le succès dont bénéficie cette nouvelle mise en scène des guerres d’Indochine et d’Algérie soit dû à de bonnes raisons, littéraires ou mémorielles. Dans le Times Literary Supplement, il conteste l’idée répandue que ce long roman puisse aider les petits Français à comprendre l’histoire de nos guerres de décolonisation mieux que les manuels scolaires, les récits déjà publiés et des films comme Le Crabe-Tambour ou Beau travail. Il ne croit pas qu’on puisse s’intéresser sérieusement aux passages en forme de courts essais, souvent écrits « sur le ton de l’indignation », qui font digression et brisent le rythme de la narration. Comme ceux sur Paul Teitgen (1) et de Gaulle, le premier étant présenté comme « incarnant la banalité du bien », le second comme le « grand Romancier ». Ces textes rappellent à Vinen les « tirades moralisantes » d’Alexandre Jardin dans son livre sur son grand-père collabo. Bref, ce roman lui paraît sentir fortement l’un de ces « devoirs de mémoire » évoqués par un personnage de Jenni, devoir au sens scolaire du terme.

1| Ancien résistant, puis secrétaire général de la police française à Alger, il démissionna en 1957 pour protester contre la torture.
 

Un artiste de la contrefaçon

En 2001, cela ressemblait à une bonne affaire : à l’issue d’une vente aux enchères chez Christie’s, le musée impérial de Pétropolis avait emporté, pour à peine 30 000 dollars, un portrait de Dona Amelia, épouse de l’empereur Pedro Ier, signé par le Français Arnaud Julien Pallière. Aujourd’hui, la publication d’un ouvrage dédié à ce peintre du XIXe siècle met fin à l’illusion. Selon ses auteurs, il s’agit d’une croûte, achetée en France dans les années 1950 par Roberto Heymann, un Brésilien qui possédait un magasin d’antiquités à Paris. Il lui a simplement ajouté la signature « Pallière », avant de la revendre à bon prix. « Heymann n’en était pas à son coup d’essai », rappelle, un brin admiratif, Marcelo Bortoloti, du quotidien Folha de São Paulo. « C’est le marchand qui a vendu le plus d’aquarelles falsifiées sur le Brésil, au moins une centaine », relève-t-il. Il souligne que les mêmes auteurs avaient déjà publié un livre en 2007, cette fois consacré à l’œuvre de Jean-Baptiste Debret au Brésil, en révélant que Heymann avait écoulé au moins quarante-sept faux du dessinateur français sur le marché.

L’imposteur avait commencé sa carrière en prenant contact avec les héritiers de ces artistes voyageurs : les œuvres de Debret et Pallière intéressaient peu en France, mais valaient une fortune au Brésil. Une fois sa réputation établie, Heymann a embauché des peintres du dimanche, en leur demandant de s’inspirer des œuvres originales. « Ce qui impressionne, c’est que ces contrefaçons sont mal faites, pleines d’erreurs grossières », poursuit Marcelo Bortoloti. Il considère que la pauvreté des études relatives à la production iconographique dans le Brésil du XIXe siècle ne suffit pas à expliquer la belle carrière du faussaire. « On la doit aussi au silence des collectionneurs lésés », assure-t-il. Roulés dans la farine, les propriétaires ont préféré taire l’humiliation et léguer leur toile à des musées pour la postérité. Heymann a réussi au-delà de toute espérance : ses faux illustrent les livres d’histoire de générations entières d’étudiants brésiliens.

Chinois de France sur le front espagnol

Fin 1936, deux ouvriers chinois de Renault, à Boulogne-Billancourt, partent pour Albacete afin de rejoindre les Brigades internationales. La quarantaine avancée, ils ne sont pas affectés sur le front, mais comme brancardiers à l’arrière. Travaillant quatorze heures par jour, ils font l’admiration de leurs camarades et sont sacrés « héros » de la guerre civile, écrit l’historienne américaine Rebecca Karl dans la London Review of Books. L’un deux se nommait Tchang Jaui Sau. Fils de paysan, ils s’était engagé dans l’armée républicaine après la révolution de 1911, où il avait servi pendant six ans.

Au printemps 1917, apercevant une affiche dans le port de Yentaï, il signe un contrat type de cinq ans négocié discrètement entre les autorités chinoises et françaises afin de fournir de la main-d’œuvre à une économie ponctionnée par la guerre. Arrivé en France, il est logé dans un camp, « plutôt une prison », précise l’historienne, et travaille dix heures par jour. À la démobilisation, son contrat est dénoncé avant terme, mais il choisit néanmoins de rester. Il vit d’expédients avant de trouver du travail dans l’usine Renault. Là, il se lie avec un autre Chinois arrivé de la même façon, se syndicalise, adhère au Parti communiste et c’est ainsi que tous deux partent faire la guerre en Espagne. Après quoi, il retourne en Chine, à Yan’an, où se trouve le quartier général de Mao.

Quelque 50 000 autres Chinois ont comme eux signé un contrat en 1917 pour travailler en France. Beaucoup se retrouvèrent dans la guerre civile espagnole et bon nombre y laissèrent la vie. Ce fut la première grande vague d’immigration chinoise dans l’Hexagone.

Nancy et Len Tsou, « L’appel de l’Espagne », publié à Taïwan en 2001 (en chinois).

Éloge de la décroissance

Simone Bobbio, alpiniste et petit-fils du philosophe italien Norberto Bobbio, a rencontré Serge Latouche pour La Stampa dans sa maison de montagne des Pyrénées-Orientales. « Entre les murs de chaux, ravivés par des statuettes et des tapis africains », il a été séduit par ce professeur d’économie formé à l’école marxiste pure et dure : « Contrairement à ce que soutiennent ses critiques qui l’interprètent comme un visionnaire apocalyptique », il lui est apparu comme « une personnalité solaire, qui communique de façon joviale et percutante ». Entre une promenade en montagne et une baignade dans un torrent, c’est autant son mode de vie que sa dernière défense de la décroissance, Vers une société d’abondance frugale (traduit en italien), qui démontrent, « entre vie et pensée », qu’une « existence à l’enseigne de la décroissance peut accroître le bien-être, enrichir les rapports sociaux et conduire à une vie harmonieuse­ avec les autres et avec l’environnement », résume Bobbio.

Autre point surprenant venant d’un professeur d’économie : Latouche ne fait que peu de références aux œuvres scientifiques et spécialisées. Il confie qu’il prend toujours un immense plaisir à relire La Richesse des nations d’Adam Smith, pourtant considérée comme l’œuvre fondatrice du capitalisme auquel s’oppose la décroissance « parce qu’il en apprécie le style » ; il cite Balzac et Zola parce qu’ils « analysaient la société et son fonctionnement mieux que les sociologues » et, surtout, évoque Tolstoï, qu’il considère comme « le prophète de la décroissance » car, explique-t-il, « c’est un auteur génial et un subtil observateur de la société qui, vers la fin de sa vie, a pris des positions presque prophétiques ».

Quand Schnitzler s’autocensurait

Le Sous-Lieutenant Gustel, du Viennois Arthur Schnitzler, fit scandale lors de sa parution en 1900. C’était le premier roman de langue allemande à consister en un simple monologue intérieur (le Français Édouard Dujardin avait ouvert la voie douze ans plus tôt avec son médiocre Les lauriers sont coupés). Le lecteur plongeait dans la conscience du héros éponyme, qui, bousculé à la sortie d’un concert par un boulanger, se désespère d’avoir ainsi perdu son honneur (on ne peut provoquer un boulanger en duel). Il passe la nuit à méditer son suicide, mais sera finalement sauvé par un dénouement inattendu : on lui apprend au matin que le boulanger est mort subitement dans la nuit !

L’armée n’apprécia guère cette satire de ses valeurs ni les accès misogynes et antisémites du protagoniste, qui mettaient à nu beaucoup de ses travers… Traduit devant un tribunal militaire, Schnitzler fut dégradé de son rang d’officier. Une nouvelle édition critique, qui reproduit notamment le fac-similé du manuscrit, permet de découvrir la genèse de l’œuvre. Dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, Lorenzo Bellettini s’est amusé à relever les changements intervenus par la suite dans la version imprimée. Après avoir rappelé que le titre envisagé de l’ouvrage fut longtemps « Honneur » et qu’il ne s’agissait pas d’un pur monologue intérieur (une instance extérieure se manifestait par des « se dit-il » et autres « pensa-t-il »), il souligne surtout l’ampleur de l’autocensure. « Le ressentiment antisémite de Gustel était plus manifeste dans le manuscrit, tout comme ses pulsions et fantasmes érotiques », écrit-il : un avocat y était traité de « Juif baptisé », il y était question d’une « pute », plutôt que d’une « personne », un souvenir de jeunesse au bordel y était largement développé : il n’en reste qu’une vague allusion dans la version définitive. Le scandale aurait pu être plus considérable encore.

Oublié – Honneur aux vaincus !

La littérature latine a elle aussi son Rimbaud, Lucain. C’était le neveu de Sénèque. Comme l’illustre philosophe stoïcien, il fut acculé au suicide pour avoir trempé dans la conjuration de Pison contre l’empereur Néron. Il avait 25 ans. À cet âge tendre, on n’a généralement rien écrit qui vaille, sinon des vers d’amour. Il laissait une épopée, La Pharsale, sur la guerre civile qui avait opposé quelques décennies plus tôt César à Pompée. « L’histoire, c’est bien connu, est écrite par les vainqueurs ; mais l’épopée de Lucain embrasse le point de vue des vaincus », note Jane Wilson Joyce dans The New Republic, à l’occasion de la sortie d’une nouvelle traduction de l’ouvrage. Les héros de La Pharsale ne sont donc pas César et ses partisans, mais les défenseurs de la légalité républicaine, Pompée et surtout Caton, à qui Lucain prête le vers le plus célèbre de l’ouvrage : « Les dieux ont soutenu la cause des vainqueurs, Caton a préféré celle des vaincus. »

« Lucain mettait à mal la version de l’histoire diffusée dans la Rome impériale, celle qu’avait imposée la dynastie julio-claudienne, autrement dit celle de la famille de Néron. C’était un défi lancé à l’empereur lui-même. Et ce malgré l’éloge inaugural que le poète fait de lui », remarque Joyce qui s’étonne par ailleurs que Lucain ait eu le temps d’écrire une œuvre si importante malgré toutes les fonctions qu’il occupait : « Pendant la courte période où il vécut à Rome, son emploi du temps d’augure, de questeur et de sénateur était rempli de cérémonies et autres devoirs officiels », rappelle-t-elle. Ce qui explique peut-être que La Pharsale soit restée inachevée.

Classique – Nombriliste Érasme

« Érasme fait partie des écrivains les moins lus parmi les plus illustres ou, si l’on préfère, des plus illustres parmi les moins lus », note Burkhard Müller dans le Süddeutsche Zeitung, à l’occasion de la parution d’une nouvelle édition de l’Éloge de la folie, son œuvre la plus célèbre. La figure du grand humaniste hollandais enthousiasme toujours : on en a fait l’un des pères de l’Europe et un programme d’échange universitaire porte son nom. Mais ses écrits sont, eux, tombés dans l’oubli… Ce décalage est-il justifié ? C’est assurément l’avis de Burkhard Müller. Pour le critique, Érasme a terriblement vieilli. Son style n’est qu’une pâle imitation de celui de Cicéron (un millénaire et demi après lui) et son livre « se regarde le nombril ; on dirait un homme qui danse devant son miroir. Il se moque des érudits qui ne font qu’étaler leur savoir, mais en citant lui-même vingt noms propres antiques par page, que fait-il d’autre ? » Mais, dans sa postface, Kurt Steinmann fait plus que jamais l’éloge du style brillant d’Erasme. Il affirme que l’Eloge de la folie reste un ouvrage très distrayant, susceptible de nous faire encore rire aujourd’hui, dont la pensée reste très actuelle.

Élégie pour une Irlande disparue

« Quel bruit fait un cœur de 89 ans au moment où il se brise ? Peut-être émet-il un son à peine plus audible qu’un silence ; un son léger et bref, certainement. » Les mots qui forment le saisissant incipit d’On Canaan’s Side sont ceux de Lilly Bere, une vieille femme assise à sa table en Formica dans un petit pavillon des Hamptons, avec une théière usée pour seule compagnie ; une femme à qui « les guerres ont tout pris », écrit Emer O’Kelly dans l’Irish Independent. Chaque chapitre du nouveau roman de Sebastian Barry est un jour de deuil pour Lilly : « Premier jour sans Bill » ; « Deuxième jour sans Bill » ; « Troisième jour sans Bill »… Les titres égrènent le macabre décompte du temps écoulé depuis la disparition de son petit-fils, un jeune soldat qui s’est pendu à son retour de la guerre du Golfe. Avant lui, son père (le fils unique de Lilly) était rentré traumatisé du Vietnam. Et avant lui encore, Tadg, le premier amour de Lilly, l’homme qu’elle avait suivi en Amérique, était mort pour avoir combattu dans le mauvais camp pendant la guerre civile irlandaise, au début des années 1920 : poursuivi par l’IRA, il fut assassiné à Chicago sous les yeux de la jeune femme.

Malgré la noirceur de son sujet, Barry a parsemé son roman de plaisirs minuscules, des épiphanies auxquelles Lilly s’accroche comme à une bouée : « La grâce salvatrice d’une sauce hollandaise réchappée de tous les désastres culinaires possibles et répandue en une prière jaune sur un morceau de cabillaud replet » ; ou encore le souvenir attendri de Dublin « avec ses maisons basses aux toits inclinés tels des chapeaux ôtés avec déférence devant la pluie impérieuse ». Ce sens aiguisé du détail, servi par une prose « limpide et mélodieuse », fait honneur à la réputation de Barry, à « sa délicatesse et sa minutie », lit-on dans un autre article de l’Irish Independent. Mais On Canaan’s Side n’est pas seulement un brillant exercice de style. Il est aussi le lieu d’un subtil travail de mémoire, qui parcourt l’ensemble de l’œuvre du romancier.

Lilly est la fille de Thomas Dunne, dont l’écrivain a raconté l’histoire dans une pièce de théâtre intitulée Le Régisseur de la chrétienté (1). Issu d’une famille catholique dans la région de Wicklow, dans l’est de l’Irlande, l’homme est « entré à la fin du XIXe siècle dans la police de Dublin, dont il a gravi les échelons jusqu’à devenir commissaire divisionnaire », résume Carlo Gébler dans le Financial Times. Barry s’est inspiré pour ce personnage de son arrière-grand-père maternel, l’un des chefs de la police de Dublin  aux ordres de Londres, qui  fit donner une charge sanglante contre des manifestants indé­pen­dantistes.

Mis bout à bout, Le Régisseur de la chrétienté, les romans Annie Dunne et Un long long chemin (2) – centrés l’un sur la sœur de Lilly, et l’autre sur son frère mort au front pendant la Première Guerre mondiale – forment avec ce nouvel opus une « sorte d’Orestie de l’Irlande moderne, une version actualisée des Atrides dont les membres méprisés, tourmentés, trahis et chassés incarnent un aspect de la longue tragédie de leur pays », analyse Terry Eagleton dans la London Review of Books. Avec les Dunne, Barry rappelle le sort des catholiques loyalistes. « Jusqu’à une époque récente, on pensait que seuls les “grands propriétaires” protestants avaient été chassés après l’indépendance, explique O’Kelly […]. Mais d’autres Irlandais, issus comme Lilly de la petite bourgeoisie, ont aussi dû fuir. »

À l’image de l’héroïne, qui refuse de dédouaner son père ou de l’accuser a posteriori, Barry ne porte pas de jugement sur ses personnages. « Il les aime tous et laisse chacun s’exprimer, détournant le lecteur de la polémique », remarque Gébler. Et c’est précisément ce qui gêne Eagleton : les actes du père de Lilly et ceux de son fiancé Tadg, enrôlé dans une milice à la solde de la Couronne britannique, sont moralement condamnables, écrit-il, et « il n’y a aucune raison pour que cette appréciation ne puisse cohabiter avec l’empathie du créateur pour ses personnages ».