Du rififi au pays du New Deal

L’été 1962 s’annonce mal pour Jack, un garçon turbulent que ses parents ont privé de sortie… Dieu merci, la punition est bientôt levée : leur voisine, Miss Volker, est rongée par l’arthrite ; Jack est prié de l’aider à taper les nécrologies qu’elle rédige pour le journal local. L’occasion de plonger dans l’histoire un peu particulière de sa ville – qui est aussi celle où a grandi l’auteur de ce roman, lauréat de la Newbery Medal, prix très prestigieux pour la littérature jeunesse aux États-Unis. Norvelt, en Pennsylvanie, a été fondée pendant le New Deal dans le cadre d’un programme d’aide aux chômeurs (et baptisée en l’honneur d’EleaNOR RooseVELT…) Mais, en 1962, la bourgade se meurt, au propre comme au figuré : l’activité est au plus bas et le nombre de décès augmente de façon suspecte, offrant à Jack  son content d’aventures… Le site Cleveland.com est emballé par cette histoire « tantôt émouvante, tantôt insensée ou macabre ».

Jazz à Bombay

En 1935, le violoniste de jazz Leon Abbey débarquait à Bombay avec son groupe, le premier orchestre noir américain à se produire dans la ville. Ses concerts au prestigieux hôtel Taj Mahal inaugurèrent l’âge d’or de ce genre musical dans la cité. Une histoire oubliée que le journaliste Naresh Fernandes a passé huit ans à reconstituer, pour donner naissance à ce livre généreusement illustré. Il y explique comment le jazz est passé en une quinzaine d’années des hôtels et restaurants chics aux studios de Bollywood, qui l’ont popularisé dans les années 1950. The Indian Express salue « une réussite de la première à la dernière page, un hymne à la musique, à une ville et à la liberté ». 

La science de la terre

Les colons britanniques qui débarquèrent en Australie à la fin du XVIIIe siècle pensaient prendre possession d’une terre vierge, non altérée par l’homme. Il n’en était rien, rappelle dans son dernier ouvrage l’historien australien Bill Gammage. Les Aborigènes, qui occupaient l’île-continent depuis environ 40 000 ans, avaient imprimé leur marque sur le paysage. Ils maîtrisaient parfaitement la technique de la culture sur brûlis. Capables de prévoir l’arrivée des pluies en observant le comportement de certains insectes, ils savaient à quel moment allumer des feux sans risquer leur propagation ; et ils sélectionnaient avec soin les espèces végétales à cultiver. Des pratiques « planifiées, précises, organisées », dit l’Australian Book Review, à mille lieues de l’image d’un peuple esclave de la nature. L’Australie moderne aurait d’ailleurs tout intérêt à s’en inspirer, selon la revue : ces dernières années, des incendies meurtriers ont été provoqués ou aggravés par une exploitation irraisonnée des terres, impliquant des feux de débroussaillage sauvages et l’abandon de bois morts – très inflammables – après le défrichage des sols.

Bolívar, manipulateur mégalomane

Simón Bolívar est une icône pour beaucoup de Sud-Américains. Le général qui a libéré de la tutelle espagnole la Colombie, le Venezuela, l’Équateur et la Bolivie – baptisée en son honneur – est tour à tour célébré comme un héros anti-impérialiste, un père de la démocratie et un rebelle épris de liberté. Témoin de cet engouement, le président vénézuélien Hugo Chávez a ressuscité le « bolivarisme » comme idéologie anti-impérialiste et révolutionnaire, et l’héritage du Libertador est fêté un peu partout sur le continent à l’occasion du bicentenaire des indépendances latino-américaines (commémorées jusqu’en 2014). C’est le moment qu’a choisi l’écrivain colombien Evelio Rosero pour prendre le mythe à contre-pied. Au lieu d’un idéaliste fougueux, son dernier roman brosse le portrait d’un manipulateur mégalomane, qui « passa son temps à peaufiner ses discours, à s’attribuer la victoire des autres et à intriguer pour préserver son pouvoir contre les intérêts de la république, de l’industrie et de l’éducation », assène l’écrivain dans le quotidien espagnol El País.

Rosero a grandi à Pasto, une ville du sud de la Colombie conquise en 1822 par les troupes de Bolívar. Là-bas, on se souvient encore de cet épisode comme du « Noël noir » : un massacre qui fit plus de cent morts. « À l’école, on m’a parlé de Bolívar le héros, le grand stratège, courageux et honnête. Mais j’entendais un autre son de cloche du côté de mon grand-père, de mon père, et des gens de Pasto, où Bolívar s’est montré particulièrement cruel », souligne l’auteur. L’intrigue se situe dans cette ville, à la fin des années 1960, un peu avant le carnaval. Le docteur Proceso, un quinquagénaire passionné d’histoire, se lance dans la confection d’un char qui représenterait le libérateur sous les traits d’un empereur romain, et en révélerait la face sombre : ses trahisons, ses erreurs stratégiques, les exactions dont lui et ses hommes se sont rendus coupables… Mais le dessein de Proceso se heurte à l’opposition des notables et d’un groupuscule révolutionnaire, qui refusent de voir entaché l’héritage de Bolívar. La querelle fait rejaillir les vieilles haines dans la ville, sur fond de tensions conjugales entre Proceso et son épouse.

Rosero s’est beaucoup documenté avant de se lancer dans l’écriture du roman. Il assure s’appuyer sur des « faits historiques irréfutables », de nature à « corriger un mensonge qui dure depuis deux cents ans ». Mais il se veut avant tout romancier, non historien, et son ambition est d’abord littéraire. Les premiers échos de la presse sud-américaine sont, de ce point de vue, plutôt bons : plusieurs critiques ont salué les qualités formelles de l’ouvrage. Mais Rodrigo Pinto, d’El País, ne serait « pas surpris que le livre irrite tous ceux qui continuent de brandir la figure bolivarienne comme l’étendard d’une révolution toujours promise et jamais réalisée », notamment en Colombie, où l’héritage de Bolívar est revendiqué à la fois par la guérilla marxiste des Farc et par les groupes paramilitaires qui les combattent.

À qui profite la crise ?

Les conservateurs américains ont retiré la plupart des bénéfices politiques de la crise des subprimes, alors que celle-ci a pour l’essentiel invalidé leur credo économique. Tel est du moins le constat d’un célèbre journaliste de gauche, Thomas Frank. Gillian Tette, du Financial Times, résume ainsi le paradoxe au cœur de son dernier livre : « À la différence de la crise de 1929, qui avait conduit au rejet du modèle libéral dominant dans les années 1920, celle de 2008 n’a pas généré de protestations massives contre l’économie de marché. Au contraire, les membres de ce que Frank appelle la “droite renaissante” réclament encore moins de régulation. » Le succès du Tea Party et la victoire républicaine aux élections de mi-mandat sont à ses yeux « aussi inouïs que si l’opinion avait fait de Richard Nixon un héros national après le Watergate » ; Frank y voit la négation par le peuple de ses propres intérêts (lire notre dossier). Comment les conservateurs ont-ils réussi ce coup de maître ? En défendant des principes idéalistes et abstraits. Plutôt que de se perdre dans des « détails technocratiques et rugueux », le mouvement se drape dans le symbolisme de la révolte permanente. Autrement dit, la droite américaine a le monopole de l’utopie. La thèse est stimulante, dit Tette, qui souligne pourtant la grande lacune du livre : écrit avant la montée en puissance du mouvement Occupy Wall Street, il ne prend pas en compte l’apparition d’un idéalisme rival du Tea Party. Quant à Michiko Kakutani, elle s’étonne dans le New York Times que Frank ne fasse qu’effleurer d’autres puissants ressorts du vote républicain, comme le rejet de l’avortement, du mariage gay ou de l’immigration. 

Do you speak American ?

« Au début du XXe siècle, l’État de Californie a aboli les lois interdisant la fellation et le cunnilingus au motif que les mots “fellatio” et “cunnilingus” ne figuraient pas dans le dictionnaire. Ne pouvant être considérés comme de l’anglais, ils contrevenaient donc à la règle selon laquelle les textes de loi devaient être rédigés dans cette langue… » Cette anecdote relatée par le New York Times figure – entre autres curiosités – dans un ouvrage posthume de Richard Bailey, un spécialiste de l’“anglais américain” décédé en 2011. Le livre retrace 400 ans d’évolution linguistique sur le territoire des États-Unis, de la baie de Chesapeake à Los Angeles, en passant par Chicago. On y apprend notamment que c’est à Boston, et non à Londres, qu’est née la tendance des anglophones distingués à avaler les « r » – « Geoge » est tellement plus chic que « George » – et que Benjamin Franklin s’inquiétait de voir la langue allemande prendre le pas sur l’anglais au XVIIIe siècle… 

Pourquoi nous (nous) mentons

La nature est pleine de tricheurs : les mâles de certaines espèces de poissons chipent leurs partenaires à leurs rivaux en se faisant passer pour des femelles, les coucous maquillent leurs œufs pour les faire couver par d’autres, et il arrive que des lucioles imitent les signaux lumineux de leurs semblables pour mieux les dévorer… Des phénomènes qui ont conduit Robert Trivers, l’un des plus grands noms de la biologie de l’évolution, à se pencher sur la propension des êtres humains à manipuler leur entourage. On savait depuis longtemps que  « le conflit encourage la tromperie, explique le biologiste Stuart West dans Nature. Si un individu peut induire les autres en erreur, il en retire un avantage, que ce soit dans la conquête d’un partenaire ou dans la division du travail ». Trivers va plus loin : l’évolution humaine a non seulement favorisé notre capacité à tromper les autres, mais aussi à nous aveugler nous-mêmes. Mais pourquoi développer un cerveau si sophistiqué pour se mystifier ? Parce que l’on ne ment jamais aussi bien que lorsqu’on croit en ses propres billevesées. Comme l’explique Trivers, « si un individu pense réellement qu’il est plus grand et plus fort que tout le monde, il donnera aussi cette impression aux autres » et multipliera les chances de s’imposer.

Le scientifique est allé puiser à une multitude de sources pour étayer sa thèse. Il tire ses exemples d’univers aussi variés que la sécurité aérienne, la guerre  ou la finance. Tous tendent à démontrer que la tendance des individus à mentir est délétère à l’échelle des sociétés : la  dernière guerre d’Irak a été déclenchée sous un prétexte imaginaire et la crise de 2008 offre un cas d’école en matière d’aveuglement collectif. Si ses thèses séduisent bon nombre de commentateurs – « il faudrait être idiot pour ne pas en reconnaître les apports scientifiques », affirme un universitaire dans la revue Evolutionary  Psychology –, elles sont vertement critiquées par ceux qu’irrite ce mélange des genres, où les menus boniments entre parents et enfants côtoient les  « récits historiques mensongers » dont sont friands les  dirigeants politiques. « Les exemples de Trivers ne forment jamais une pensée cohérente, déplore Joshua Blu Buhs dans le Washington Post. Au contraire, la tromperie signifie tant de choses pour lui qu’elle finit par ne plus avoir aucun sens. Celle  qui est à l’œuvre entre un coucou et l’oiseau dont il a colonisé le nid n’a rien à voir avec celle qui conduit le Japon à refuser  de faire face au massacre de Nankin. »

Sur le plan individuel, Trivers pense que l’aveuglement peut avoir des conséquences néfastes pour notre santé : il évoque le cas d’une fille se persuadant que son père alcoolique et violent est quelqu’un de bien, déployant pour cela une énergie qui mine son système immunitaire. Mais ces croyances peuvent aussi nous être bénéfiques, comme dans le cas de l’extrémisme religieux. En « limitant généralement les contacts avec les étrangers, il pourrait servir à protéger les fidèles des parasites véhiculés par les infidèles (1) », précise John Horgan dans le New York Times. Ou comme le dit Trivers sans fard : « Nous nous grattons le cul avec la main droite, eux avec la main gauche, évitons donc de fréquenter ces sales gauchers. »

Ce langage fleuri n’étonnera guère les familiers du gaillard. Car Trivers est un personnage singulier : classé par le magazine Time parmi les cent plus grands penseurs du XXe siècle, il a signé dans les années 1970 plusieurs articles retentissants sur l’évolution (2). De grands théoriciens se sont inspirés de ses travaux. Mais Trivers – qui souffre depuis l’âge de 20 ans de psychose maniaco-dépressive – détonne dans le paysage policé de l’université américaine : il est aussi obsédé sexuel revendiqué, fumeur de haschich et cleptomane à ses heures.

Parce qu’il fait une large place à la vulgarisation, The Folly of Fools pourrait lui valoir les faveurs du grand public. Mais sa postérité scientifique est plus incertaine, comme le souligne l’auteur lui-même avec une honnêteté déconcertante : « Une grande partie de ce que j’écris est sans aucun doute inévitablement faux. »

1| En 2008, deux chercheurs américains (Corey Fincher et Randy Thornhill) ont établi une corrélation entre diversité infectieuse et diversité religieuse dans plus de deux cents pays. Autrement dit, plus il y a de maladies dans une région donnée, plus les religions ont de chances de s’y développer.

2| On lui doit notamment le concept d’« altruisme réciproque » et la théorie de l’investissement parental.

 

 

Cette Allemagne qui agace

L’Allemagne devrait reconnaître ce que sa croissance doit « à la demande des méchants » pays d’Europe du Sud, tonne Alberto Krali dans l’hebdomadaire italien Panorama. Ce germaniste distingué dénonce le schéma manichéen plaqué par Angela Merkel sur la crise des dettes souveraines : une Union divisée, avec, « d’un côté, les bons élèves et, de l’autre, les mauvais, menteurs et dépensiers », rapporte le Giornale di Brescia. Son propos est emblématique d’un sentiment d’irritation qui a gagné une partie de l’Europe en crise. Mais l’ouvrage n’est pas qu’un pamphlet ; il tente d’analyser les causes de cette incompréhension, en opposant « latinité » et « germanité », une interprétation qu’il avait déjà explorée dans un recueil cosigné avec plusieurs intellectuels européens, dont Emmanuel Levinas, en 1988 (1). Krali assure ainsi que les promesses de rigueur du nouveau gouvernement italien passent pour de la « commedia dell’arte » aux yeux des dirigeants allemands, incapables d’accorder leur confiance à un « mauvais élève » – « une comédie certes bien interprétée, mais une comédie tout de même », souligne Il Giornale. Quant aux « valeurs allemandes » – respect des hiérarchies, fiabilité, ponctualité –, « elles ne font pas franchement rêver dans la Péninsule », précise le quotidien.

 

1| L’identità culturale Europea tra germanesimo e latinità (Jaca Book, non traduit en français).
 

Dans l’ombre de Shakespeare

En 1823, l’abbaye de Westminster était devenue trop petite pour accueillir tous les morts prestigieux censés y reposer. Décision fut prise d’ouvrir certaines tombes pour « faire de la place », raconte le Times Literary Supplement. Quelle ne fut pas alors la surprise des responsables de découvrir que Ben Jonson, un dramaturge enterré là depuis près de deux cents ans, reposait à la verticale, la tête en bas et les jambes en l’air ! La sépulture était à l’image de son occupant : hors norme. De Ben Jonson, les amateurs de théâtre ne connaissent plus aujourd’hui que quelques comédies. L’une des plus jouées, Volpone, a remporté un vif succès en France dans sa version adaptée par Jules Romains à la fin des années 1920. Mais la réputation de son auteur reste dérisoire par rapport à celle de son contemporain le plus illustre, William Shakespeare. Jonson était pourtant une vedette au XVIIe siècle. « Il fut bien plus célébré à sa mort, en 1637, que ne l’avait été Shakespeare [vingt et un ans plus tôt] », souligne John Carey dans le Sunday Times.

Quant à sa vie, elle est bien mieux documentée que celle du grand William. Presque trop, selon Stuart Kelly, qui note, dans le Scotsman, que l’abondance des sources « rend concrètement plus difficile de brosser un portrait cohérent de Jonson ». Fils d’un pasteur écossais décédé peu avant sa naissance à Londres en 1572, l’homme a toute sa vie « jonglé entre les rôles », explique le chercheur Ian Donaldson dans une biographie acclamée par toute la critique anglaise. Formé par son beau-père à la maçonnerie, le jeune Jonson étudie à l’école de Westminster avant de se lancer dans le théâtre. Son tempérament sanguin lui attire vite de sérieux ennuis. Reconnu coupable du meurtre d’un comédien lors d’une rixe en 1598, il échappe de peu à la potence. En prison, le pénitent se convertit au catholicisme. Un choix audacieux dans l’Angleterre élisabéthaine, où les fidèles du pape sont régulièrement inquiétés. Jonson renouera au bout de douze ans avec la religion anglicane, mais il n’abandonnera jamais l’esprit frondeur de sa jeunesse.

Cet imposant pilier de tripot – on dit qu’il pesait plus de 120 kilos – prend un malin plaisir à égratigner les puissants dans des pièces au ton volontiers satirique, pour lesquelles il passe plusieurs fois devant les juges. Mais le trublion est aussi un fin stratège, un homme de réseaux que ses protecteurs sortent toujours des mauvais pas. Il finit même par devenir l’auteur favori du roi Jacques Ier, pour qui il compose des « masques », ces divertissements mêlant poésie, musique et danse que l’on donnait à l’époque en l’honneur des souverains.

Mais Jonson n’était pas homme à se satisfaire des faveurs de la cour ; il préparait activement sa postérité. À une époque où le théâtre était encore considéré comme un art mineur, il voulait selon son biographe « rendre visible la figure du dramaturge ; visible par son nom inscrit sur la couverture de ses pièces, mais aussi par la langue singulière de ses créations, qui le rendait présent à l’imagination des spectateurs ». En 1616, Jonson se paya même le luxe de publier un volume in-folio de ses « œuvres » incluant de la poésie, mais aussi du théâtre – un genre jusqu’alors cantonné à des éditions bon marché. C’est encore Jonson qui encouragea la publication en 1623 du premier recueil des pièces de Shakespeare, qu’il considérait de son vivant comme un « rival amical », précise Jonathan Bate dans le Telegraph. Et de souligner cette ironie du sort :  « Sans l’exemple et le soutien de Jonson, la moitié des pièces de Shakespeare se seraient perdues et le reste nous serait parvenu dans des versions tronquées. »

Les critiques voient plusieurs raisons au relatif oubli dans lequel est tombé Jonson après le XVIIe siècle (parmi elles, son classicisme et son goût pour des formes théâtrales aujourd’hui devenues obsolètes), mais la plupart espèrent que la parution prochaine de ses œuvres complètes aux prestigieuses Presses de Cambridge (1) lui redonnera un peu de la visibilité qu’il désirait tant…

 

 

Être Portugais au Brésil

Le phénomène est « symptomatique » selon le quotidien O Estado de São Paulo : les historiens brésiliens ont davantage étudié l’immigration italienne ou japonaise au Brésil que les flux migratoires venus du Portugal, l’ancienne puissance coloniale. « Les deux pays semblent tellement liés que l’on en vient à négliger leur relation », constate le quotidien. José Sacchetta Mendes corrige le tir avec ce livre couvrant les années 1822 – date de l’indépendance – à 1945. Une période durant laquelle l’immigration portugaise fut à la fois encouragée et stigmatisée : au lendemain de l’indépendance, les Portugais accédaient beaucoup plus facilement que les autres immigrés aux terres et à la citoyenneté ; ils n’avaient de facto « même pas le statut d’étranger ».

Ce qui ne les mettait pas à l’abri de manifestations d’intolérance parfois violentes. Mendes en relate des épisodes méconnus, comme la jacquerie xénophobe qui coûta la vie à des dizaines d’entre eux dans l’État du Mato Grosso, en 1834.

Mais la tension fut à son comble lors de la proclamation de la république en 1889 : les Portugais étaient alors systématiquement soupçonnés d’être soit des monarchistes, soit des anarchistes. Les relations se sont ensuite progressivement normalisées, et Mendes ne voit aujourd’hui plus qu’un seul héritage de l’antilusitanisme au Brésil : un goût prononcé pour les blagues qui peignent les Portugais en parfaits imbéciles…