Immense poète, ami de García Lorca et de Neruda, Rafael Alberti forge dès ses premiers recueils une esthétique solide, inspirée des chansons lyriques du XVIe siècle espagnol, « non seulement par ses aspects formels mais aussi par le langage néobaroque qu’il cultive et l’usage original qu’il fait de la métaphore », précise le quotidien El Mundo dans son supplément littéraire. Grand admirateur du poète baroque Luis de Góngora, celui dont la famille quitta l’Andalousie pour Madrid en 1917, le faisant se sentir comme un « marin à terre », exprime dans ses textes la nostalgie de sa ville natale, Cadix. « Jardin d’Amour / Va-t-en au jardin de la mer / et plantes-y un arbousier / sous les glaces polaires. / Jardinier : / Pour mon amie, une île / aux cerisiers stellaires, /murée de cocotiers. »
Dans la seconde partie de sa vie, le poète devenu membre du Parti communiste espagnol mettra son art au service de la politique. Contraint à l’exil en 1939, il ne rentrera en Espagne que trente-huit ans plus tard. À la foule venue l’accueillir, il fit cette déclaration devenue symbolique de cette mutation : « J’ai quitté l’Espagne le poing levé, et je reviens la main tendue en signe de paix et de réconciliation avec tous les Espagnols. »