Books en a déjà parlé

La Séduction. Comment les Français jouent au jeu de la vie, d’Elaine Sciolino, traduit par Nicolas Véron, Presses de la Cité, 372 p., 20 €, voir Books, n° 25, septembre 2011, p. 16. Une Américaine étudie l’importance de la séduction dans la société française.

Le Masque de l’Afrique, de V.S. Naipaul, traduit par Philippe Delamare, Grasset, 336 p., 19 €, voir Books, n° 19, février 2011, p. 90. Le prix Nobel revient en Afrique. Est-il raciste ? Lors de sa sortie en Grande-Bretagne, le livre avait fait scandale.

Et la fête continue. La vie culturelle à Paris sous l’Occupation, d’Alan Riding, traduit par Gérard Meudal, Plon, 450 p., 23,90 €, voir Books, n° 23, juin 2011, p. 25. Comment les émissaires nazis envoyés à Paris ont su séduire l’intelligentsia et les artistes français.

La Berge, de Su Tong, traduit par François Sastourné, Gallimard, 480 p., 28,50 €, voir Books, n° 11, janvier-février 2010, p. 10. Les heures sombres de la révolution culturelle par l’auteur d’Épouses et concubines.

Quand je sortirai d’ici, de Chico Buarque, traduit par Geneviève Leibrich, Gallimard, 176 p., 17,50 €, voir Books, hors-série n° 1, décembre 2009-janvier 2010, p. 48. Quatrième roman du célèbre chanteur Chico Buarque et bestseller de l’année 2009 au Brésil.

Aventures au cœur de la mémoire, de Joshua Foer, traduit par Pierre Reignier, Robert Laffont, 300 p., 21 €, voir Books, n° 23, juin 2011, p. 74. Une enquête sur le monde des athlètes de la mémoire.

 

Les industries culturelles et leurs parasites

« Google, YouTube et les centaines de start-up qui tentent de s’arroger une part du gâteau du Web 2.0 ne remplacent pas l’industrie qu’ils contribuent à miner, en termes de produits, d’emplois, de chiffre d’affaires et de bénéfices. » On pouvait lire cette phrase d’Andrew Keen, tirée de son livre Le Culte de l’amateur, dans notre dossier « Internet rend-il encore plus bête ? » (juillet 2009). Le sujet est repris en profondeur par Robert Levine, dont le livre a été salué par le Financial Times comme le meilleur plaidoyer écrit à ce jour en défense des cinq industries productrices de contenus culturels (musique, presse, télévision, livre, cinéma).

L’argument est simple : l’avènement du Web a fourni aux firmes « technologiques », qui font leur beurre en servant la demande des internautes, la possibilité de fournir une quantité phénoménalement croissante de contenus gratuits, souvent piratés, menaçant de ce fait l’assise financière des entreprises « culturelles » qui les produisent. De fait, l’industrie du disque a vu son chiffre d’affaires divisé par deux en dix ans, les chaînes de télévision non câblées ont perdu de leur valeur et la baisse des ventes de DVD inquiète à présent l’industrie du cinéma. De nombreux journaux ont disparu et ceux qui restent réduisent la voilure. Livres, films et chansons sont piratés dans les minutes qui suivent leur mise sur le marché, parfois même avant. Levine met en cause l’idéologie du gratuit et le lobbying des entreprises qui ont intérêt à l’alimenter, Google en tête. Le géant du Web consacre une énergie méconnue à faire le siège des décideurs politiques, administratifs et judiciaires, aux États-Unis comme en Europe, pour obtenir des mesures en faveur du contournement ou de l’assouplissement de la législation sur la propriété intellectuelle. Il finance aussi discrètement des universitaires qui plaident pour l’extension de la gratuité, comme Lawrence Lessig, professeur de droit à Harvard.

Levine n’est pas pour autant un idéologue de la propriété intellectuelle, écrit un autre professeur de droit dans le New York Times. Il est favorable à une réduction du temps alloué au copyright après la mort de l’auteur et est hostile aux mesures trop répressives à l’égard des contrevenants (lourdes condamnations aux États-Unis, privation d’accès Internet en France). Comme l’indique le sous-titre de son livre, il n’est pas non plus foncièrement pessimiste. Les industries culturelles peuvent trouver les moyens de réagir, d’autant que l’idéologie du gratuit perd du terrain. Témoin le succès des chaînes câblées et cryptées, des applications payantes, des droits d’entrée sur le site des plus grands journaux, et de multiples dispositifs de paiement pour le droit de télécharger musique, films et vidéos. Levine se range à l’idée d’un système de licence globale, payable en amont par tous les utilisateurs (un peu comme la taxe sur l’audiovisuel). À quoi l’avocat américain Chris Castle rétorque, sur le site MusicTechPolicy, que la répartition des recettes entre les ayants droit serait impraticable.

Levine propose aussi que les internautes contrevenants soient punis par de simples amendes, comme les infractions bénignes au code de la route. Le politologue Evgueny Morozov, spécialiste des usages d’Internet dans les pays autoritaires, rétorque dans le Guardian que ce serait mettre en place le type même de système utilisé par ces régimes pour surveiller les internautes.

Journaliste âgé de 41 ans, Levine manie une rhétorique parfois un peu naïve. « Voulons-nous vraiment risquer de détruire le marché multiséculaire des produits culturels pour assurer à Internet la possibilité de fonctionner comme en 1995 ? », écrit-il ainsi dans le dernier chapitre de son livre. Ce n’est évidemment pas la bonne question. Le problème est de savoir comment assurer un accès optimal aux biens culturels du passé et garantir un environnement optimal pour la création de nouveaux biens culturels dans le contexte d’un univers numérique en évolution constante. Si Internet « parasite » l’économie de la production culturelle, c’est aussi que les industries culturelles ont commis d’énormes erreurs d’appréciation sur les implications de la révolution numérique. Chat échaudé craignant l’eau froide, les choses sont en train de changer.

 

 

 

21 faits et idées à glaner dans le numéro 29

Chacun déforme et modèle le passé afin de mythifier sa propre vie.

« Comme maire, je dois veiller au bon état des chemins ruraux. Comme poète, je préfère les voir mal entretenus. » (Jules Renard)

La tête de Descartes se trouve au Muséum d’histoire naturelle, alors que son corps repose à Saint-Germain-des-Prés.

Qu’est-ce que l’Iliade, sinon l’histoire d’un adultère et de la passion d’Achille pour l’esclave Briséis ?

On porte toujours en soi une version idéale de sa vie, que l’on ne cesse de confronter à la réalité.

La deuxième cause d’invalidité dans le monde en 2020 ? La dépression.

La Sécurité sociale dépense chaque année plus de 1 milliard d’euros pour rembourser les psychotropes.

Aux États-Unis, le diagnostic d’autisme est passé en vingt ans de 1 enfant sur 500 à 1 enfant sur 90.

La question de savoir si les déséquilibres chimiques dans le cerveau sont causes ou symptômes des troubles mentaux n’est pas tranchée.

De toutes les professions médicales, la psychiatrie est scientifiquement la plus primitive.

Quiconque a jamais bu un verre d’alcool sait que les états mentaux doivent avoir un substrat biologique.

80 % des psychotropes sont prescrits par des généralistes.

Dire que la phobie sociale est une invention, comme le font certains, relève de la pure ignorance.

Une célébrité est une personne connue pour être connue.

Publicité et religion relèvent d’un seul et même processus de création de sens.

Les libertés sont nées d’une suite d’accidents historiques.

La quantité et la variété des drogues qui contribuèrent à la rédaction de La recherche du temps perdu n’ont pas d’équivalent dans la littérature française.

Dans les milieux où l’on ne possède qu’un diplôme de fin d’études secondaires, de nombreux indicateurs de dysfonctionnement familial sont passés au rouge.

Pour le salarié de niveau intermédiaire de moins de 50 ans, le soutien des parents reste essentiel.

Ce n’est pas parce qu’un mot existe dans une langue et pas dans une autre qu’il ne peut être traduit.

En 1897, la Chambre des représentants de l’Indiana vota à l’unanimité une nouvelle valeur pour le nombre pi.

L’Esprit des Lumières – Quelle justice internationale ?

L’ancien président de la Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo a été transféré à la prison de la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye. Est-ce à dire que la justice internationale commence enfin à s’imposer partout et que, le temps de l’impunité étant terminé, les puissants de ce monde doivent commencer à trembler ?

Un premier bémol à apporter à l’enthousiasme suscité par cette nouvelle concerne la géographie des mises en accusation. Depuis sa création, en 2002, la Cour s’est saisie de sept situations, toutes liées à des pays africains (les accusés ex-yougoslaves relèvent d’une autre juridiction) : Ouganda, République démocratique du Congo, République centrafricaine, Soudan, Kenya, Côte d’Ivoire, Libye. Parce que les Africains commettent les pires crimes ou parce qu’ils sont les seuls que la Cour choisit de juger ?

À défaut de gouverner l’univers, pourrait-on se dire, la justice règne au moins en Afrique, heureux continent. En fait, le scénario des inculpations est à peu près toujours le même : un pays est en proie à la guerre civile, l’un des deux camps finit par l’emporter. Que faire des vaincus ? Plutôt que de se compromettre dans des règlements de comptes sanglants, les vainqueurs préfèrent livrer les ennemis d’hier à la justice internationale. Ils n’ont pas de craintes quant à l’issue des procès : ce sont eux qui conduisent l’enquête et fournissent les preuves à la Cour. Gbagbo avait lui-même essayé cette stratégie dès 2002, alors que la guerre civile venait de commencer dans son pays. Il voulait faire poursuivre son adversaire de l’époque, Guillaume Soro, pour crimes contre l’humanité, mais il n’avait pas été entendu. Aujourd’hui, Soro est Premier ministre : on peut douter qu’il rassemble des preuves contre lui-même.

Mais supposons, même si ce n’est pas réaliste, que, demain, la Cour surmonte ses faiblesses des débuts, dispose d’un budget suffisant pour mener ses propres enquêtes et étende son action sur tous les continents. Peut-on espérer qu’on sera alors entré dans l’ère de la justice universelle, celle que doivent craindre les puissants de ce monde ? Difficilement. La raison en était déjà donnée par Pascal : « La justice sans la force est impuissante. » Or la force appartient aux États. Les Grands – États-Unis, Russie, Chine – et leurs protégés ne seront jamais inquiétés. D’abord, parce que, prudents, ils se sont abstenus de ratifier les statuts de la Cour – lesquels ne s’appliquent donc pas à eux. Ensuite, parce que, membres permanents du Conseil de sécurité, ils disposent d’un droit de veto sur toutes ses décisions – y compris celles de la CPI, qui en dépend. Enfin, parce que, même si ces règles et principes n’existaient pas, personne ne peut imposer les décisions de justice à un Grand : comment s’y prendrait-on ?

Telle est la leçon implacable de l’histoire récente. Les dirigeants russes ne seront jamais poursuivis pour les violences commises en Tchétchénie, les dirigeants chinois pour la répression au Tibet, les dirigeants américains pour avoir, sous un prétexte fallacieux, envahi l’Irak et provoqué des centaines de milliers de morts. On pourra peut-être condamner les anciens Khmers rouges, coupables de génocide, mais on ne touchera jamais aux responsables américains qui, tout au long de l’année 1973, avaient ordonné de bombarder sans relâche le Cambodge, pays neutre, massacrant la population et facilitant ainsi la prise du pouvoir par ces mêmes Khmers rouges.

« Ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort », on pourrait au moins s’abstenir de prétendre que ce qui est fort est, de ce fait même, juste (1).

 

 

Retrouvez cette chronique de Tzvetan Todorov dans notre numéro de février 2012.

L’art de la contrition

La scène est presque banale aux États-Unis : un homme politique (gouverneur, sénateur ou même président) vient se repentir à la télévision de son implication dans un scandale sexuel pour lequel il demande pardon à sa famille, à l’Amérique et à Dieu. Après quoi certains restent en place et continuent leur bonhomme de chemin dans la vie publique, quand d’autres doivent tirer un trait sur leur carrière – que l’on songe au cas récent d’Anthony Weiner, obligé de renoncer à son mandat de représentant après avoir échangé des photos osées avec des jeunes femmes (lire aussi p. 48). À quoi peut donc bien tenir la disgrâce ou l’absolution de ces hommes ? À la qualité de leur prestation devant les médias, affirme l’historienne Susan Wise Bauer, qui a consacré un livre au sujet. « Ceux qui survivent au scandale sont ceux qui ont excellé dans l’art de la confession publique », rapporte Laura Miller, du site Salon.

Bauer remarque que les Américains ont, ces dernières décennies, « de plus en plus souvent exigé de leurs dirigeants qu’ils avouent leurs péchés ». Pour elle, « les racines du phénomène sont à rechercher dans les rites du christianisme évangélique, notamment la pratique consistant à venir expier ses fautes devant les fidèles assemblés en demandant humblement pardon à Dieu », explique Miller. Bauer estime que l’on touche là un  élément fondamental de la démocratie américaine : ses liens avec le protestantisme. « Non que le système soit d’essence évangélique, précise Susan Bordo dans la Chronicle of Higher Education, mais l’esprit antihiérarchique de cette religion, qui considère joyeusement que “tout le monde peut être sauvé” trouve sa parfaite traduction dans les rites de la vie publique du pays. » Qu’il se tienne au sein d’une congrégation ou devant le pays tout entier, le spectacle de la confession trahit en somme une aspiration profonde à l’égalité : « Nous idolâtrons nos dirigeants autant que nous les détestons, écrit Bauer. Nous souhaitons nous soumettre, mais seulement après nous être assurés que la personne à laquelle nous nous soumettons n’est pas meilleure que nous. Derrière l’exigence de voir les dirigeants avouer leurs péchés se cache notre peur d’être submergés par leur pouvoir. »

Dans ce contexte, il importe que l’homme politique sur la sellette maîtrise parfaitement « le jargon et l’iconographie de son scandale », souligne Miller. Bill Clinton (élevé dans la foi baptiste) a semble-t-il offert un modèle du genre : embourbé dans l’affaire Lewinski, il a changé de stratégie en « faisant acte de contrition devant une assemblée de ministres du culte réunis lors d’un petit déjeuner œcuménique à la Maison-Blanche, relate Miller. Face à eux, il a reconnu : “J’ai péché.” L’un des religieux présents a ensuite décrit un homme “dont le cœur s’est ouvert et qui a reconnu sa faute”. Entendre cela de la bouche d’un homme pieux (plutôt que d’un avocat) a convaincu de nombreux Américains de la sincérité de Clinton ».

Bernard Granger : l’avenir de l’hôpital public

Dans le lit de Mahomet

Bassant Rashad est « une musulmane sincère qui ne fait qu’interroger la vie des épouses de Mahomet et la sexualité du Prophète à partir des récits historiques dont on dispose », affirmait en 2008 le journaliste égyptien Ayman Ramzi Nakhlé sur le site Al-Hiwar Al Moutamaden. Le livre de Rashad, intitulé « L’amour et le sexe dans la vie du Prophète », défrayait alors la chronique. Présenté à la Foire du livre du Caire, il a été condamné par la puissante université Al-Azhar et a valu des menaces de mort à son auteure, une journaliste de 28 ans. La vigoureuse sexualité du prophète de l’islam était pourtant bien connue, et depuis longtemps, de nombreux musulmans : Mahomet a eu entre onze et quinze épouses, selon les sources, et pouvait d’après certains témoignages « honorer toutes ses femmes en une seule nuit », rappelle Nakhlé. Entre autres questions, Rashad – qui se réfère aux biographes les plus reconnus de Mahomet – se demande pourquoi Aïcha, épousée à 9 ans, resta la favorite du Prophète, qui « a même fermé les yeux sur ses infidélités ». Ses détracteurs ont reproché à la journaliste d’avoir imaginé des détails graveleux qu’aucune source ne saurait corroborer. D’autres, comme le quotidien jordanien Al-Ghad, ont vu dans son ouvrage une provocation gratuite, le moyen pour « une parfaite inconnue » de faire parler d’elle. « L’amour et le sexe dans la vie du Prophète » reste en tout cas interdit en Égypte. 

Les classes moyennes à la dérive ?

Chômage, désindustrialisation, crise du logement, décrochage des salaires nets par rapport au coût de la vie, angoisse du déclassement… Le malaise des classes moyennes françaises sera sans doute au cœur des débats de la campagne présidentielle. Dans l'entretien qu'il nous consacre, le sociologue Louis Chauvel, professeur à Sciences-Po et auteur en 2006 de Les classes moyennes à la dérive, analyse les causes profondes du phénomène, et compare le sort des classes moyennes françaises et américaines.

Le cancer : histoire d’un combat inachevé

 

Le cancer est sans doute la maladie sur laquelle la médecine moderne tend le plus à être jugée. Sa maîtrise complète et définitive serait interprétée comme la démonstration de la puissance de la médecine scientifique et le symbole de son triomphe ; sa persistance massive autour de nous est considérée comme un défi au savoir-faire médical et le signe de ses limites. Une telle perception est à la fois fondée et injustifiée. Elle est fondée parce que le cancer est aujourd’hui, dans le monde développé, la première ou la deuxième cause de décès après les maladies cardio-vasculaires selon les pays, qu’il y frappera une personne sur deux au cours de son existence et que son traitement, lorsqu’il est possible, demeure le plus souvent long et pénible. Elle est injustifiée parce qu’en moyenne, grâce aux progrès accomplis au cours des cinquante dernières années, on guérit aujourd’hui environ un cancer sur deux, et que si la maladie est à l’origine d’une telle mortalité, il y a à cela d’excellentes raisons : le cancer est une maladie compliquée, son incidence augmente avec l’âge et nous vivons de plus en plus vieux, surtout, si tant de gens meurent aujourd’hui du cancer, c’est qu’ils ne meurent plus d’autre chose, et l’apparente défaite dans le combat contre lui est en quelque sorte le revers de l’écrasante victoire remportée sur de nombreuses affections autrefois fatales, à commencer par les maladies infectieuses.

Parce qu’il est omniprésent et représente une source importante de souffrances physiques et psychologiques, parce qu’il constitue, en conséquence, une des grandes sources d’angoisse dans une société qui n’accepte plus aussi facilement que par le passé les réalités de la maladie et de la mort, le cancer est un sujet qui suscite un intérêt inquiet que rien ne semble capable d’épuiser. Sans doute faut-il voir là une des raisons du succès remporté par le livre récent de Siddharta Mukherjee The Emperor of All Maladies – A Biography of Cancer, qui a été accueilli dans le monde anglo-saxon par un concert d’éloges et couvert d’honneurs et de récompenses, dont le prestigieux prix Pulitzer. Mais ce n’est pas la seule explication. Étonnante réalisation d’un homme encore jeune, l’ouvrage est de grande qualité et se lit remarquablement bien.

La longue tradition des médecins-écrivains

D’origine indienne, comme son nom l’indique, actuellement professeur adjoint au département de médecine, section oncologie, de l’université Columbia à New York, Siddhartha Mukherjee, qui a aujourd’hui 42 ans, est devenu écrivain scientifique un peu par hasard, stimulé, raconte-t-il, par la demande d’une de ses patientes qui l’avait invité à lui décrire le mal contre lequel elle se débattait. Familier de la littérature, il n’en a pas moins dû tâtonner quelque peu avant de trouver sa méthode de travail. Pour l’essentiel, ce gros livre de presque 500 pages a été rédigé au lit, sans contraintes horaires, les seules conditions, apparemment, dans lesquelles le blocage qui paralysait initialement son auteur pouvait être levé.

S’inscrivant dans le sillage d’une longue tradition de médecins-écrivains, Siddhartha Mukherjee, qui indique avoir été fasciné par les écrits du médecin, essayiste et poète Lewis Thomas, appartient à cette catégorie de docteurs américains qui pratiquent un genre à mi-chemin de l’histoire populaire et du journalisme. Différents en cela des ouvrages des grands savants humanistes et lettrés du passé comme William Osler, Peter Medawar, Santiago Ramón y Cajal ou, plus près de nous, Jean Bernard, pour ne citer que quelques noms, leurs livres mêlent inextricablement exposé historique et études de cas : ils enseignent l’histoire (history) en racontant des histoires (stories). Sherwin Nuland, auteur, notamment, des célèbres How We Die et How We Live, est le plus brillant représentant de cette famille, qui compte aussi parmi ses membres Jerome Groopman, Atul Gawande ou le fameux neurologue Oliver Sacks. Sujet à part, c’est aux livres de tels auteurs que fait penser celui de Siddhartha Mukherjee, bien davantage qu’à ceux des grands cancérologues européens comme Lucien Israël, Maurice Tubiana ou Umberto Veronesi, au contenu en partie identique mais de conception très différente.

The Emperor of All Maladies entrelace histoires de médecins et histoires de malades. Celle de Carla, par exemple, une patiente atteinte de leucémie lymphoblastique aiguë, un type de cancer du sang curable dans un tiers des cas. On fait sa connaissance au début du livre et on la retrouve vivante à la fin de celui-ci, parce qu’elle a bénéficié d’une de ces rémissions si longues que les médecins les assimilent à la guérison. Tous les patients de Siddhartha Mukherjee n’ont pas eu cette chance, et le livre se referme sur la note sombre de la mort d’une autre malade, dont le combat courageux, déterminé et stoïque contre une tumeur gastro-intestinale est présenté comme une espèce de métaphore de celui que les médecins mènent avec opiniâtreté contre le cancer depuis plusieurs décennies.

Bousculant la chronologie, en sautant souvent en avant et en arrière dans le temps en fonction des sujets évoqués, Mukherjee passe rapidement sur les deux premiers millénaires de l’histoire du cancer : l’Antiquité égyptienne, où l’on savait déjà le reconnaître sans que ceci ait la moindre conséquence pratique (« Il n’y a pas de traitement » concluait laconiquement un papyrus décrivant les tumeurs du sein) ; Hippocrate, chez qui apparaît pour la première fois le mot  « cancer », (« karkinos »), inspiré de l’image du crabe qu’évoquait dans son esprit l’aspect des tumeurs (sous ce vocable, les Grecs, qui ignoraient le mécanisme de prolifération anarchique des cellules qui caractérise la maladie, désignaient toutes les tumeurs visibles, sans faire la différence entre les malignes et les bénignes) ; Galien, qui voyait dans le cancer le produit d’un excès de « bile noire », une des quatre « humeurs » fondamentales du corps distinguées par sa doctrine – sa théorie influença profondément la vision du cancer durant des siècles, même après qu’André Vésale, à la Renaissance, eut mis en évidence, grâce aux premières dissections, l’inexistence des humeurs en question.

L’histoire moderne du cancer commence au XVIIIe siècle avec l’identification, par le médecin anglais Percival Pott, du premier cancer professionnel, le cancer du scrotum qui affligeait les jeunes ramoneurs exposés à la suie de charbon dans les conduits étroits des cheminées. Elle se poursuit au XIXe siècle avec l’élucidation, par le physiologiste allemand Rudolf Virchow, dans le prolongement de sa découverte du phénomène de la division cellulaire, de la véritable nature de l’affection du sang qu’il baptise « leucémie ». Elle s’accélère au début du XXe siècle avec la pratique systématique de l’exérèse chirurgicale des tumeurs, l’introduction de la radiothérapie après qu’on a découvert les effets physiologiques des radiations ionisantes, enfin, le développement de la chimiothérapie, suite à l’observation fortuite, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, des effets du gaz asphyxiant dit « gaz moutarde » sur les globules blancs, à l’occasion de l’explosion accidentelle d’un fût qui en contenait, dans le port de Naples en 1944.

Deux moments forts

Telle que la raconte Siddhartha Mukherjee, l’histoire contemporaine du cancer a deux moments forts auxquels sont respectivement associés deux séries de noms. Les premiers sont ceux du pédiatre de Boston Sydney Farber, fondateur de l’hôpital dans lequel Mukherjee a commencé sa carrière, qui est considèré comme le père des traitements chimiothérapiques des leucémies infantiles, et de l’activiste Mary Lasker, créatrice de la fondation philanthropique qui porte son nom. Durant plus de vingt ans, ils ont œuvré en collaboration à mobiliser des fonds pour la recherche sur le cancer, en un effort dont sortira la fameuse « Guerre contre le cancer » (parfois appelée « croisade ») lancée par Richard Nixon ; une initiative au succès très contesté (« Selon tout critère de bon sens, la guerre contre le cancer a été perdue » décrète le rédacteur en chef du Lancet Richard Horton), dont Mukherjee rappelle qu’elle s’est traduite par une campagne d’essais cliniques à grande échelle d’un nombre très important de substances toxiques administrées souvent à des doses extrêmement élevées.

Le second moment clé est celui de l’apparition, à partir des années 1980, des thérapies « ciblées », dans le prolongement des premiers progrès de la génétique qui ont conduit à l’identification des « proto-oncogènes » déclenchant la maladie, et des « gènes suppresseurs » qui commandent l’élimination des cellules cancéreuses. Contrairement aux chimiothérapies classiques, dont le mode d’action s’appuie sur des propriétés générales de toutes les cellules, saines ou malades (caractéristique à l’origine de leurs fréquents effets secondaires), les nouvelles thérapies exploitent des mécanismes génétiques spécifiques des cellules cancéreuses, dont elles tentent de bloquer le fonctionnement. Avec l’achèvement du séquençage du génome humain, cette approche a pris davantage d’ampleur encore. James Watson, le co-découvreur de la structure de l’ADN, et l’actuel directeur des National Institutes of Health Francis Collins s’en sont faits les hérauts, et parmi les scientifiques qui l’ont illustrée figurent Harold Varmus (avec lequel Siddhartha Mukherjee a travaillé), Robert Weinberg et Bert Volgelstein. Siddhartha Mukherjee relate en détail comment, dans le prolongement de leurs recherches, ont été mis au point l’Herceptine, qui vise une protéine impliquée dans certains cancers du sein, et le Glivec, efficace contre la leucémie myéloïde chronique, deux des médicaments « ciblés » les plus connus avec l’Avastin, utilisé notamment dans le traitement du cancer du côlon.

À juste titre, on a reproché à Siddhartha Mukherjee de raconter une histoire essentiellement américaine, voire bostonienne, du cancer. En dépit de quelques excursions en Europe pour les périodes les plus éloignées, son attention tend en effet à se concentrer sur les travaux réalisés aux États-Unis et les personnalités de la côte Est. L’idée exprimée dans le sous-titre de l’ouvrage (une « biographie » du cancer), en contradiction flagrante avec la vision actuelle du cancer comme d’une famille de maladies plutôt qu’une maladie singulière, conduit par ailleurs Mukherjee à se livrer par endroits à une espèce de personnification du cancer, efficace en termes dramatiques mais malheureuse au plan scientifique. On pourrait aussi regretter le peu de place accordé aux technologies médicales, plus particulièrement les techniques d’imagerie, dont le développement a eu  impact considérable dans ce domaine, en autorisant des diagnostics très précoces. Siddhartha Mukherjee donne également une image sans doute trop négative de la chirurgie et de la radiothérapie, en montant en épingles les méthodes cruelles de mastectomie radicale que pratiquait et préconisait à la fin du XIXe siècle William Stewart Halsted, et les dégâts occasionnés par les doses massives de rayonnement. En dépit de l’usage parfois brutal qui a pu en être fait, ces deux techniques ont tout de même contribué à sauver des centaines de milliers de vie.  

L’engouement de la médecine pour la génétique

Inversement, tout en restant généralement très prudent, Siddhartha Mukherjee fait montre d’un optimisme peut-être un peu excessif au sujet de l’avenir des thérapies ciblées. L’apparition des premiers traitements de ce type avait allumé des espoirs énormes, qui se sont parfois traduits en affirmations pour le moins imprudentes. En écho aux propos triomphalistes de James Watson, Andrew von Eschenbach, à l’époque où il était directeur du National Cancer Institute américain, annonçait ainsi l’élimination pure et simple du décès par cancer avant 2015. Une déclaration contre laquelle le cancérologue britannique Paul Nurse mettait en garde, soulignant combien ce genre de propos téméraires pouvait contribuer à saper la confiance du public et du monde politique envers les chercheurs. De fait, les perspectives ouvertes par la génétique semblent aujourd’hui moins idylliques. Si des dizaines de gènes impliqués dans la cancérisation ont été identifiés, la cascade de réactions moléculaires qui conduit la cellule à mettre en œuvre un programme aberrant s’avère à l’examen d’une terrible complexité. À l’instar de ce qui se passe avec les chimiothérapies classiques, on observe de surcroît des phénomènes de résistance aux thérapies ciblées au cours du traitement.

L’engouement de la médecine pour la génétique, stigmatisé notamment par James Le Fanu dans The Rise and Fall of Modern Medicine, est l’expression de cette conviction solidement ancrée dans les esprits contemporains qu’un traitement efficace doit nécessairement être basé sur la compréhension parfaite des mécanismes à l’origine de la maladie ou impliqués dans celle-ci. La plupart des traitements aujourd’hui sur le marché ont pourtant été développés à l’aide des techniques classiques de la pharmacologie sur une base souvent empirique. « Là où la biologie moléculaire peine à proposer des alternatives », rappelle Gérard Lambert dans La légende des gènes, « une approche traditionnelle, voire empirique, de la pathologie peut donner d’excellents résultats ». Comme le faisait remarquer Susan Sontag (souvent citée par Siddhartha Mukherjee) dans La Maladie comme métaphore, chaque époque se fait du cancer une image différente liée aux représentations dominantes du moment. Dans les années de la guerre froide, c’était celle d’un envahisseur sournois et déterminé qu’il fallait combattre sans merci par des armes d’extermination et la violence. Aujourd’hui, reconnaît Siddhartha Mukherjee, nous pensons le cancer dans les termes de la génétique.

Un certain nombre de cancérologues commencent toutefois à se demander si, en s’appuyant exclusivement sur les découvertes de la biologie moléculaire, ils n’ont pas été un peu trop loin. C’est notamment le cas de Robert Weinberg, pourtant un des pionniers de cette approche. La perspective génétique a grandement contribué à désagréger le cancer en une multitude de maladies spécifiques prenant une forme singulière chez chaque malade, à faire rêver, par conséquent, de traitements personnalisés strictement dessinés en fonction du profil génétique des patients. « Le plus grand espoir pour les futurs traitements », affirme pourtant aujourd’hui Weinberg « réside dans la prise en compte des traits communs des différents types de cancer », par exemple la propriété qu’ont les tumeurs solides de stimuler le développement de vaisseaux sanguins autour d’elles pour assurer leur croissance (c’est le phénomène d’angiogenèse). Il rejoint en cela le cancérologue français Laurent Schwartz, qui déplorait qu’on ait perdu de vue ce qu’il fait l’unité du cancer, qui pourrait résider selon lui dans le dérèglement du métabolisme cellulaire, sous la forme de l’inflammation chronique.

L’idée que le cancer est une maladie métabolique, plus précisément une perturbation du métabolisme du glucose et de l’oxygène pour la production de l’énergie cellulaire, avait été avancée par le biochimiste Otto Warburg au début du siècle dernier, puis oubliée. Dans un entretien publié en postface à l’édition paperback anglaise de The Emperor of All Maladies, Siddhartha Mukherjee la mentionne, en soulignant qu’elle pourrait ouvrir une intéressante piste de recherche, à côté, notamment, de l’étude du « micro-environnement » des tumeurs et de l’immunothérapie du cancer. Dans cet entretien, conçu à l’évidence pour répondre à certains commentaires suscités par l’édition américaine, il revient en effet sur plusieurs questions abordées dans son livre et évoque certains aspects qui n’y figuraient pas, quitte à expliquer pour quelles raisons il a omis de les traiter.

Traitements extraordinairement chers

Un de ces aspects est la question de la prévention. Siddhartha Mukherjee décrit longuement la manière dont les Anglais Richard Doll et Austin Bradford Hill, il y a soixante ans de cela, ont mis en évidence le lien de la consommation de cigarettes et du cancer du poumon, dans le prolongement des travaux pionniers de John Hill sur les méfaits du tabac à priser, au XVIIIe siècle. Il ne dissimule rien des difficultés auxquelles ils se sont heurtés pour convaincre la communauté médicale de la nocivité du tabagisme, ni des multiples manœuvres entreprises par les industriels du tabac pour jeter le doute sur les résultats épidémiologiques obtenus et contrecarrer l’adoption de mesures légales en la matière. C’est toutefois le seul aspect de la prévention sur lequel il s’étend (il ne mentionne pas beaucoup d’autres agents cancérigènes ou soupçonnés de l’être), contrairement, par exemple, à Maurice Tubiana, dont une partie importante des livres sur le cancer est consacrée à ce sujet. Mukherjee ne dit rien non plus du dépistage, qui soulève pourtant toute une série de questions liées à sa fiabilité, son coût, son efficacité et aux problèmes sociaux, psychologiques et éthiques que pose plus particulièrement la disponibilité de tests de susceptibilité génétique. Dans son excellent compte rendu du livre, le sociologue des sciences de Harvard Steven Shapin les met brillamment en lumière, en évoquant le spectre d’un monde où la vie s’organiserait en fonction des « facteurs de risque », et où chacun d’entre nous se verrait comme un « pré-cancéreux ».  

Siddhartha Mukherjee est également muet sur la dimension économique : les coûts en explosion des nouveaux médicaments anti-cancéreux (souvent de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers d’euros par an) ; l’inégalité d’accès aux traitements avancés qui en résulte (Steve Jobs n’aurait-il pas été un des hommes les plus riches du monde, il n’est pas sûr du tout qu’il aurait encore été vivant sept ans après le diagnostic de son cancer du pancréas) ; le poids croissant que le traitement du cancer fait en conséquence peser sur les systèmes de sécurité sociale ; last but not least, les profits gigantesques que représente le traitement du cancer pour l’industrie pharmaceutique : selon Marcia Angell, ancienne rédactrice en chef du New England Journal of Medicine, les seules ventes du Taxol, le médicament contre le cancer le plus vendu dans l’histoire – il est le traitement de première intention dans les cancers de l’ovaire et utilisé comme adjuvant dans celui de certains cancers du sein – rapportent entre 1 et 2 milliards de dollars par an à la société qui le commercialise, sur la base de recherches essentiellement financées par le secteur public. De manière générale, on ne peut d’ailleurs éviter de s’interroger sur l’intérêt et le caractère approprié, en termes médicaux, humains et sociaux, de traitements extraordinairement chers et parfois très pénibles, qui prolongent de quelques jours seulement en moyenne la survie des patients atteints.

Mais ces questions complexes, sur lesquels existent de nombreux rapports, tombent en dehors du champ d’intérêt de Siddhartha Mukherjee, dont le point de vue sur le cancer n’est pas celui d’un spécialiste de la santé publique mais bien d’un clinicien intelligent et cultivé. Songeant à la fois à sa prévalence objective et à la place centrale qu’il occupe dans l’esprit et les préoccupations de nos contemporains, l’historien de la médecine anglais Roy Porter, dans sa splendide fresque The Greatest Benefit to Mankind – A Medical History of Humanity, disait du cancer qu’il est « la maladie moderne par excellence ». Siddhartha Mukherjee médite, lui, sur le fait qu’avec le cancer, contrairement aux maladies infectieuses, on n’a pas affaire à un ennemi extérieur : « Les gènes activés par les cellules cancéreuses sont les mêmes gènes qu’utilisent les cellules normales […]. Rien n’est inventé ; rien n’est étranger. La vie du cancer est une récapitulation de la vie du corps, son existence est un miroir pathologique de la nôtre. » Cette caractéristique du cancer explique largement qu’il soit si ardu de le maîtriser. Siddhartha Mukherjee raconte avec beaucoup de talent et de savoir-faire, dans une langue précise et élégante, l’histoire de quelques grandes étapes de l’entreprise de longue haleine engagée dans ce but. Et il décrit avec finesse, sensibilité et empathie la vie des patients qui souffrent et des médecins qui s’efforcent de les soulager et les guérir. En se souvenant que ce livre est loin d’épuiser ce qu’il est possible et nécessaire de dire sur le cancer et les problèmes qu’il pose à la société, on lira donc The Emperor of All Maladies avec intérêt, sympathie et admiration. 

Michel André

Afrique du Sud – L’enfant terrible de l’ANC

Un mois après sa parution, en août 2011, An Inconvenient Youth, la biographie du jeune militant du Congrès national africain (ANC) Julius Malema, 20 000 Sud-Africains se l’étaient déjà procurée. À l’évidence, le leader des jeunes de l’ANC, qui vient d’être suspendu du parti pour indiscipline, fascine et intrigue.

On savait qu’il venait d’un milieu défavorisé, qu’il était radical et qu’il avait son franc-parler. Mais le regard sur ce leader influent, auquel on reproche des propos racistes à l’encontre des Blancs, verse si souvent dans la caricature que la journaliste Fiona Forde a voulu en savoir plus. Julius Malema est dangereux car habile, prévient la biographe. « Il sait s’adapter et dire aux pauvres exactement ce qu’ils veulent entendre », explique-t-elle dans le quotidien Cape Times, en rappelant ses discours populistes, qui prônent une plus grande redistribution des richesses. Peu avare de contradictions, ce personnage rêvé pour un biographe mène un train de vie fastueux, et l’origine de sa richesse est entachée de soupçons de corruption.