L’injustice de la beauté

Spécialiste de l’économie de la beauté (« pulchronomie ») à l’université du Texas, Daniel Hamermesh a calculé qu’aux États-Unis un bel être humain engrange en moyenne 230 000 dollars de plus durant sa vie qu’un congénère moins bien doté par la nature. C’est vrai des hommes comme des femmes, note The Economist. Les beaux employés attirent plus de clients, on les recrute donc plus volontiers. La beauté donne aussi un avantage pour obtenir un prêt bancaire ou encore bénéficier de la clémence des tribunaux. Le mari d’une femme peu attrayante gagne généralement 10 % de moins, relève une étude chinoise. Il y a des exceptions. Une femme en compétition dans une sphère très masculine peut être handicapée par un physique avantageux. À l’inverse, la laideur ne serait pas un obstacle dans le milieu de l’astrophysique. Faut-il légiférer pour protéger les laids ? Oui, répond sans hésiter Deborah Rhode, professeur de droit à Stanford, dans un livre intitulé The Beauty Bias. The Injustice of Appearance in Life and Law (« Le biais de la beauté. L’injustice de l’aspect physique dans la vie et la loi »), évoqué dans notre n° 15, en septembre 2010.

La faute à l’arbitre !

Certains clichés sportifs ont la vie dure : c’est la défense, et non l’attaque, qui fait gagner des titres ; telle ou telle équipe est maudite ; un joueur de basket qui vient de marquer plusieurs paniers d’affilée a toutes les chances de continuer car il a la « main chaude »… Cette « sagesse de café du commerce » amuse The Economist, mais Tobias Moskowitz, professeur d’économie comportementale à l’université de Chicago, et Jon Wertheim, journaliste à l’hebdomadaire Sports Illustrated, ont entrepris  de l’examiner scientifiquement. Leur ouvrage de « sportonomie » (contraction de « sport » et « économie ») s’inscrit dans la droite ligne de Freakonomics *, de Steven D. Levitt et Stephen J. Dubner, ce bestseller qui appliquait les outils de l’analyse économique à des sujets incongrus.

Les biais cognitifs, qui poussent les individus à agir de façon apparemment irrationnelle, sont au cœur des travaux de Moskowitz et Wertheim : ainsi, l’« aversion de la perte », cette « tendance des individus à préférer éviter une perte plutôt que de réaliser un gain d’importance identique », toucherait le milieu sportif. Après avoir compilé des montagnes de données statistiques, du football au golf, en passant par le hockey, les auteurs l’assurent : l’idée que la défense prime systématiquement sur l’attaque est sans fondement ; les séries de tirs réussis des basketteurs s’expliquent par le jeu des probabilités, et non par la baraka ; et le fait que l’équipe de base-ball des Chicago Cubs n’ait pas remporté les World Series (le championnat américain) depuis plus d’un siècle n’a rien à voir avec une malédiction, mais plutôt avec un problème de motivation…

D’autres conjectures sont en revanche accréditées, comme l’avantage du terrain. « En baseball, 54 % des matchs de la première division américaine sont remportés par l’équipe jouant à domicile, de même que 60 % des rencontres internationales de cricket et 63 % des matchs de Premier League de football en Angleterre », énumère The Economist. Est-ce à mettre au crédit des supporters qui galvanisent les joueurs ? Non, car les performances individuelles ne varient pas selon que les matchs se déroulent à domicile ou à l’extérieur. Et ni la fatigue du déplacement pour les visiteurs, ni la connaissance intime qu’a l’équipe hôte des aspérités de son terrain n’expliquent davantage le phénomène.

Restent les arbitres. Les travaux de Moskowitz et Wertheim montrent que leurs décisions sont dans l’ensemble plus favorables à l’équipe qui reçoit. Ce phénomène n’est pas le résultat d’un vulgaire parti pris, mais d’une tendance tout à fait naturelle à « se laisser excessivement influencer par les avis extérieurs » (en l’occurrence, celui du public), explique The Economist. « Quand, il y a quelques années, vingt et un matchs du championnat de football italien se sont déroulés à huis clos après de violents débordements, le biais en faveur de l’équipe hôte a diminué de 23 % sur les fautes sifflées, de 26 % sur les cartons jaunes et – fait remarquable – de 70 % sur les cartons rouges », poursuit l’hebdomadaire.

David Runciman n’est cependant pas convaincu par le raisonnement des auteurs : pourquoi, interroge-t-il dans la London Review of Books, avoir écarté certaines hypothèses susceptibles de relativiser le rôle des arbitres ? Par exemple : les encouragements du public n’affectent peut-être pas la performance individuelle. Mais n’ont-ils pas pour autant une influence sur le jeu collectif ? « Pour une raison ou une autre, avance Runciman, jouer à domicile améliore l’esprit d’équipe : les joueurs ont davantage confiance les uns dans les autres et fonctionnent mieux en tant que groupe. Je ne prétends pas que cette explication soit à coup sûr la bonne. Mais Moskowitz et Wertheim n’ont pas prouvé le contraire. »

 

L’inventeur de l’artiste moderne

« Aucun écrivain, aucun historien n’a façonné notre conception de l’art comme lui. S’il nous semble tout naturel de parler d’époques artistiques, du gothique, de la Renaissance ; si nous voyons volontiers dans l’artiste un marginal, un génie fougueux, à la lisière de la folie ; si nous parlons tant de la liberté de l’art et de l’autonomie de l’artiste, c’est à cause de Vasari », explique Hanno Rauterberg dans le Zeit, à l’occasion de la parution d’une nouvelle traduction allemande des Vite*. Vasari (dont on fête cette année le 500e anniversaire de la naissance) y présente plus d’une centaine de peintres, sculpteurs et architectes. « Ce qui, à première vue, peut apparaître comme un travail consciencieux, une juxtaposition de biographies, se révèle un récit biaisé, un manifeste d’une adresse peu commune. » Vasari impose sa vision : les trois siècles qui l’ont précédé incarnent à ses yeux une lente marche vers la perfection esthétique. Partant de Cimabue qui, avec Giotto, fait sortir l’art des ténèbres, il aboutit à Michel-Ange, sommet indépassable.

En chemin, le biographe règle ses comptes : Baccio Bandinelli devient un bon à rien, Sodoma un vaniteux homosexuel, Andrea del Sarto l’esclave velléitaire du beau sexe… Leur seul tort ? Avoir été les rivaux de Vasari ou, pire : ne pas être toscans. Les manipulations culminent quand notre auteur fait de son arrière-grand-père, simple sellier, un artiste éminent et de lui-même, peintre médiocre, un enfant prodige, formé par Michel-Ange. Sa principale contribution fut sans doute architecturale : on lui doit le magnifique réaménagement des Offices à Florence.

 

Portrait de Derrida en surréaliste

La vogue de la déconstruction en philosophie a généré une « guerre de trente ans », commencée en 1977 avec l’attaque lancée par l’Américain John Searle contre « le désolant penchant de Derrida pour dire des choses manifestement fausses ». L’Allemand Habermas reprit l’oriflamme des mains de Searle en 1985, attaquant l’obscurité des textes de Derrida et autres Lacan au nom d’une modernité rationnelle, d’une « communauté de discours visant constamment à la compréhension mutuelle », écrit George Steiner en rendant compte du livre de Pierre Bouretz dans le Times Literary Supplement. Ce faisant­, Habermas renouait avec le combat de Kant contre les « mystagogues » et exprimait sa méfiance à l’égard de la part d’irrationnel­ qui imprègne la pensée de Heidegger et de ses épigones.

Steiner est plus intéressé par le soupçon, formulé par Habermas, que le projet caché de la déconstruction était de « faire renaître un dialogue avec Dieu “sans exprimer d’obligations théologiques” ». Habermas voyait en Derrida un « “crypto-talmudiste” opposant à l’autorité de l’Écriture celle du Logos oral ». Bouretz n’est pas de cet avis, mais Steiner y voit du grain à moudre. « Cela souligne le sujet très complexe de la judaïté de Derrida et la forte possibilité que la déconstruction est une forme de révolte œdipienne contre l’attachement millénaire­ des Juifs à la textualité. » Steiner évoque ensuite le point de vue iconoclaste du philosophe américain Richard Rorty pour qui les prétentions de Derrida à dépasser les catégories philosophiques traditionnelles ne doivent pas être prises trop au sérieux. Rorty, mort en 2007, voyait dans le philosophe français un « comédien » inspiré.

« Un satyre libérateur »

« La révérence que Bouretz éprouve à l’égard de Derrida l’empêche de suivre cette piste, écrit Steiner, mais les jeux de mots qui saturent ses textes, la virtuosité grammaticale, la quasi-glossolalie » lui rappellent fortement le mouvement Dada et le surréalisme. « Avec le recul du temps, la déconstruction derridienne peut être vue comme le fait d’un satyre libérateur s’exprimant après le destin tragique de la frustration philosophique et la barbarie politique du XXe siècle. » Comme d’autres, Steiner voit dans l’incroyable fortune de la « French theory » aux États-Unis l’occasion rêvée donnée aux départements des humanités dans les universités américaines, dont l’aura était obscurcie par le succès des départements de sciences, de se parer des oripeaux d’une « théorie ». « Lévi-Strauss n’avait-il pas endossé la blouse blanche et appelé ses bureaux un laboratoire ? » (Lire à ce sujet l’article de Michel André, « Derrida super­star ».) Steiner suggère aussi une explication politique : « Il y avait dans la pratique derridienne, dans la critique par Foucault de l’identité classique, une puissante remise en cause de la catégorie du “grand écrivain”, à vrai dire de toute autorité sur le Parnasse. » Derrida et Foucault ont plaidé pour « l’anonymat et la démocratie du texte », ce qui rencontrait à point nommé « la sensibilité sociale et politique américaine ». La question demeure ouverte, écrit Steiner, et il regrette que Bouretz n’ait pas profité de son livre pour la tirer au clair.

Steiner termine son article en évoquant la complicité et l’amitié qui se sont nouées à la fin de leur vie entre Derrida et Habermas. À la mort du premier, en 2004, le second fit l’éloge de ce suprême « lecteur micrologique » aux profondes racines juives.

Le charme désuet de l’aristocratie

Outre-Manche, Alan Hollinghurst passe pour être le digne « héritier d’Henry James », tant il sait « allier l’ironie à la gravité profonde » et « l’éclat des apparences » à « une implacable minutie », explique Theo Tait dans les colonnes du Guardian. Une filiation littéraire qui n’est sans doute pas étrangère à l’immense succès de son nouveau roman, The Stranger’s Child – le premier depuis La Ligne de beauté, lauréat du Booker Prize en 2004.

À la fin de l’été 1913, Cecil Valance, jeune aristocrate et poète médiocre, « aux goûts sexuels éclectiques », passe quelques jours à Two Acres, dans la demeure familiale de son camarade de Cambridge, George Sawle. Entre vapeurs d’alcool­ et nuits blanches, Valance séduit tour à tour George et sa sœur Daphne, et entame sa carrière littéraire par un long poème ambigu, adressé à ces « deux arpents bénis de terre anglaise » (« Two blessed acres of English ground »). Puis, la guerre éclate. Cecil Valance meurt au front et Churchill lui-même, à qui l’on a fait lire le texte du jeune soldat, vante les mérites de cette vibrante évocation du pays d’avant le cataclysme. Le poème devient une référence de la littérature de guerre.

C’est ainsi que Valance est devenu le « parfait exemple du poète de second ordre qui parvient pourtant à pénétrer la conscience collective plus profondément que bien des maîtres », résume l’un des personnages. Car l’essentiel du roman regarde les différents amis et amants de Cecil poursuivre leur vie, entre 1926 et 2008, spéculant de loin en loin sur « la réputation littéraire posthume, la nature et le degré des attachements sentimentaux » du poète disparu, résume Keith Miller dans le Telegraph.

Pour son quatrième ouvrage en vingt ans, s’enthousiasme Peter Parker dans le Times Literary Supplement, Alan Hollinghurst a vu grand : un récit sur « l’œuvre du temps et de la mémoire, aussi ambitieux dans son projet que dans sa structure, et qui constitue une véritable leçon de maître dans l’art d’écrire un roman ». Son récit abonde en références à la littérature anglaise du siècle dernier, précise le Guardian, et en sujets presque caricaturalement British : « L’argent et les rapports de classe, les histoires cachées de la vie homosexuelle dans ce pays, l’ennui de la province et l’exubérance de la capitale. » Pour The Independent, qui range l’ouvrage parmi les meilleurs de l’année, The Stranger’s Child est le roman de « l’aristocratie britan­nique pendant cette après-guerre qui l’a vue perdre peu à peu son influence sociale et morale ».

Un monument à Pasternak

« Ce livre passera sans doute inaperçu. Au mieux, il suscitera une grande animosité dans les cercles très étroits des spécialistes », prédisait en 2005 le magazine Expert, à l’occasion de la sortie de cette biographie de Boris Pasternak, l’auteur du célèbre Docteur Jivago. Mais ce pavé de 1 050 pages, signé Dmitri Bykov, lui-même poète, romancier et critique littéraire prolifique, a connu un tout autre sort. En 2006, l’ouvrage décroche deux prix littéraires prestigieux, « Bolchaïa kniga » et « Natsionalny bestseller » (« Bestseller national »). La presse russe se met alors à l’encenser ; Bykov est même élu « homme de l’année » par le quotidien Vedomosti !

L’originalité de ce livre réside d’abord dans sa forme. Pour la revue Neva, Bykov fait voler en éclats les règles de la biographie traditionnelle et invente un genre nouveau, au carrefour du roman et de la critique littéraire. Même constat pour le magazine Time Out qui rend hommage à la composition « mûrement réfléchie et subtile » du livre : « La narration linéaire de la vie de l’écrivain alterne avec, d’une part, des parenthèses en forme de portraits doubles – Pasternak et Anna Akhmatova, Pasternak et Ossip Mandelstam, Pasternak et Alexandre Blok, Pasternak et Joseph Staline –, et, d’autre part, une brillante analyse de ses poèmes et de sa prose. »

Un travail colossal

Une autre qualité de ce livre, réédité onze fois depuis sa parution en Russie : son exhaustivité. Pour Expert, « le biographe a accompli un travail colossal, en réunissant une très riche matière factuelle ». Chaque étape de la vie de Boris Pasternak est examinée à la loupe : ses débuts de musicien et de philosophe, ses relations amoureuses, l’adhésion à la révolution bolchevique, suivie d’un rejet ferme, la persécution, enfin, dont il fait l’objet après l’attribution du prix Nobel pour son roman Le Docteur Jivago. Un prix Nobel qu’il sera d’ailleurs contraint de refuser.

Tout en reconnaissant le caractère « monumental » de l’œuvre, le site Polit-nn.ru regrette tout de même une certaine partialité  de l’auteur, notamment dans le chapitre consacré à la relation épistolaire et platonique entre Pasternak et la poétesse Marina Tsvetaïeva. « L’auteur crée de toutes pièces un mythe qui voudrait que ces deux-là aient été sur le point d’abandonner leurs familles respectives pour vivre ensemble. » Il n’en fut rien. 

« Elle dit qu’elle est au régime… et se ressert de fromage »

Comment communiquer sur la crise de l’euro ? C’est bien connu, les questions monétaires sont affaires de confiance, d’anticipation, de pari. La finance est pascalienne. De là qu’en cette matière, la communication joue un rôle essentiel.

Tous les économistes en conviennent, à commencer par les deux derniers prix Nobel : si l’Europe se dote d’une réserve fédérale suffisante, elle peut dissuader la spéculation sur les incertitudes de ses dettes souveraines et les faiblesses de son système financier.

Autrement dit, quand les banques et les États peuvent ultimement se refinancer auprès de la Banque Centrale, les spéculateurs ont moins d’intérêt à faire flamber les taux. Mais bien entendu, c’est du poker menteur : si les spéculateurs sentent que la banque centrale joue petit bras, ils ont intérêt à l’affaiblir. De là l’importance, défendue par la France, de doter le FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière) de ressources suffisantes pour dissuader la spéculation et abaisser effectivement le taux de refinancement des banques et des États. En gros, le FESF doit permettre de d’abandonner 50% de la dette grecque sans faire flamber le taux de refinancement de ses créanciers. Le diable est ici dans les détails, autrement dit, dans la conditionnalité des refinancements de la Banque Centrale.

Face à cela, les Allemands veulent que les États endettés s’engagent à plus de rigueur avant d’accorder la souplesse du refinancement. Ils rechignent donc à annoncer des facilités supplémentaires de peur que celles-ci ne soient utilisées mal à propos et renchérissent encore le coût de la spéculation. C’est leur position depuis le depuis le début de la crise, et devant l’autoréalisation constante de ce qu’ils cherchent à éviter, ils n’avancent qu’à reculons. Madame Merkel incarne cette stratégie, qui a finalement fait voter à une large majorité le dernier plan européen de soutien à la Grèce. Tant il est vrai qu’une sortie de la Grèce de l’euro entraînerait des pertes massives dans tous les pays de la zone, y compris en Allemagne.

Surmoi

Face à elle, le Président français campe le volontarisme. Il le fait, on s’en doute, avec les défauts qu’on lui prête, mais aussi avec un surmoi dont la manifestation ne laisse d’étonner. Dernier écho en date, il se répandrait à tort et à travers au sujet de ses déjeuners avec Madame Merkel : « Elle dit qu’elle est au régime… et se ressert de fromage. » Pour Arnaud Leparmentier, correspondant du Monde à l’Elysée qui consacre son blog aux écarts diplomatiques du Président, il s’agirait d’une naïveté, d’un propos enfantin qui prête à rire dans le milieu. Du point de l’économie pourtant, c’est une très bonne description de la position allemande. Peut-être la meilleure qui soit.

L’énigme de ce Président est que sa communication est incroyablement inconsciente. Quand Sarkozy parle, peut-être même aussi quand il agit, c’est son inconscient qu’on entend. Cet inconscient qui l’a fait élire une fois, parviendra-t-il à le faire réélire ?

Le martyre de madame Dickens

Le premier article de notre série consacrée à la vie privée des écrivains révèle un aspect peu connu de la personnalité du grand romancier britannique. En effet, s’il défendait dans ses romans les valeurs familiales, Dickens se comportait chez lui en tyran domestique et fit vivre un enfer à sa femme, Catherine Hogarth.

Le mirage scientifique indien

Dès 1976, l’Inde a inscrit la promotion de l’« esprit scientifique » dans sa Constitution. Ses universités forment aujourd’hui d’impressionnantes cohortes d’ingénieurs, qui grossissent les rangs d’un secteur informatique en plein essor, et l’on appelle Bangalore la « Silicon Valley indienne ». Mais peut-on affirmer, comme le suggère le titre du livre d’Angela Saini, que « la science indienne conquiert le monde » ? « Loin de là », commente le Financial Times, qui rappelle que le pays ne représente que 3 % de la recherche mondiale.

Paradoxalement, l’auteur ne cache pas non plus sa déception face à certains de ces petits génies censés incarner une « nation de geeks », passionnés de sciences au sens large. Au prestigieux Indian Institute of Technology de Delhi, Saini rencontre des étudiants sous pression, dépourvus de créativité, et très peu portés sur la recherche. À Bangalore, elle note que « la maintenance et les développements de routine tendent à constituer l’essentiel de l’activité », loin du bouillonnement créatif que l’on attribue aux start-up… Ailleurs, le constat est plus encourageant – notamment dans certains domaines de la recherche médicale –, mais cela ne convainc pas pour autant Seema Singh, du site Business.in : « Saini a beau être une bonne narratrice, son récit ne nous amène pas à valider l’hypothèse dont elle a fait le titre de son livre. »

Le Juif de Hitler

La question de savoir si Hitler s’est comporté avec bravoure pendant la Première Guerre mondiale reste ouverte. Il a reçu deux décorations, dont la Croix de fer de première classe. Celle-ci lui a été accordée sur l’insistance de l’officier dont il dépendait, qui était un Juif, rapporte l’historien anglais Thomas Weber dans un livre qui relate minutieusement, presque jour par jour, la vie du soldat Hitler et de son régiment, écrit Michel Howard dans le Times­ Literary Supplement. Hitler a passé l’essentiel de son temps au QG d’une brigade, ce qui lui assurait un confort relatif. L’auteur, qui a aussi publié un livre sur le ghetto de Łódz, doute que Hitler ait vraiment mérité Croix de fer de première classe. Selon lui, cette distinction était accordée par favoritisme aux soldats préférés de leur officier.