Le journal d’un anarchiste

Erich Mühsam est le plus célèbre des anarchistes allemands. Peut-être parce que le militantisme politique ne fut qu’un aspect parmi beaucoup d’autres de l’existence riche et mouvementée de ce poète, dramaturge, agitateur, érotomane et féministe. « Les coups ont marqué le début et la fin de sa vie. Les premiers, il les reçut d’un père despotique. Les derniers lui furent administrés en juillet 1934 par les SS du camp de concentration d’Oranienburg », rapporte Volker Hage dans le Spiegel. Né en 1878, Mühsam fut une figure proéminente de la république des conseils, qui, l’espace de quelques semaines en 1919, tenta d’instaurer le socialisme en Bavière. Ni ses poèmes ni ses pièces ne lui valurent jamais aucune reconnaissance littéraire. Son chef-d’œuvre, c’est le journal qu’il tint à partir de 1910 et dont un petit éditeur allemand vient d’entreprendre la première publication complète (en quinze volumes !). Mühsam y livre un portrait sans concession de lui-même et du milieu bohème de Munich. « Un journal passionnant qui rivalise avec les plus importants du XXe siècle et était jusqu’ici resté passablement inconnu », juge Hage.

Le destin rocambolesque du texte est digne de celui de son auteur. Après l’assassinat de Müsham par les nazis, Kreszentia Elfinger, sa veuve, emporte le précieux manuscrit à Moscou. Mal lui en prend : les autorités soviétiques le confisquent et elle se retrouve au goulag. Il faut dire que certains passages égratignent les « pantins marxistes de Moscou ». Après la mort de Staline, Elfinger, qui vit désormais à Berlin-Est, tente d’en obtenir au moins une copie. Mais celle qui est réalisée sur microfilm est confiée aux apparatchiks du parti socialiste est-allemand, qui la tiennent à l’abri des regards pendant encore deux décennies. Jusqu’à la parution en 1978 d’une édition très lacunaire.

Flaubert et la gouvernante anglaise

Un exemple des problèmes posés par la vie privée des écrivains est celui de la relation entre Flaubert et la gouvernante anglaise de sa nièce Caroline : arrivée en 1855 à Croisset, deux ans avant la publication de Madame Bovary, Juliet Herbert, âgée de 25 ans, plut beaucoup à l’écrivain – à plus d’un titre. « Je me retiens dans les escaliers pour ne pas lui prendre le cul », lit-on dans sa Correspondance. Elle fit la première traduction en anglais de Madame Bovary. Flaubert, qui connaissait mal l’anglais, avait qualifié ce travail de « chef-d’œuvre ». Hermia Oliver, dont le livre est paru il y a vingt ans outre-Manche, a mené un remarquable travail de détective, écrit l’écrivain Julian Barnes dans le Times Literary Supplement. Mais c’est un livre d’une grande prudence. Les maigres faits connus sont traités avec précaution. Hermia Oliver a vigoureusement protesté contre l’exploitation faite de son livre par Jacques-Louis Douchin. Dans La Vie érotique de Flaubert (1984), celui-ci la présentait comme « la “découvreuse” de la grande passion de Flaubert ». Il n’était pas question d’une grande passion, protesta-t-elle. C’était une « amitié, écrit Barnes, peut-être sexuelle, certainement professionnelle et intellectuelle, qui a duré deux décennies ». Il décèle dans cette relation l’attirance de Flaubert pour « des femmes à la vie tranquille : fidèles, célibataires… ». Témoin Félicité dans Un cœur simple, témoin encore Mlle Leroyer de Chantepie, longtemps sa correspondante, qu’il n’a jamais rencontrée. Hermia Oliver est aussi une femme de ce genre, relève Barnes, vivant discrètement dans sa maison du Surrey, où elle écrit pour un magazine de jardinage. Elle est une chercheuse amateur, ce qui a conduit à négliger son travail.

Le triple A français : ce que dit vraiment Moody’s

Le 17 octobre, l’agence de notation Moody’s publiait un communiqué relatif aux capacités de remboursement de l’Etat français. Largement repris dans la presse, ce court texte a été presque universellement interprété dans un sens alarmiste.

L'économiste Pierre Jacquet, membre du Cercle des économistes, directeur de la stratégie et économiste en chef à l’Agence française de développement et professeur à l’Ecole nationale des Ponts et chaussées, revient dans son blog à la lettre du communiqué et montre combien ces réactions sont exagérées.

Le triple A français : ce que dit vraiment Moody’s

Le 17 octobre, l’agence de notation Moody’s publiait un communiqué relatif aux capacités de remboursement de l’Etat français. Largement repris dans la presse, ce court texte a été presque universellement interprété dans un sens alarmiste.

L'économiste Pierre Jacquet, membre du Cercle des économistes, directeur de la stratégie et économiste en chef à l’Agence française de développement et professeur à l’Ecole nationale des Ponts et chaussées, revient dans son blog à la lettre du communiqué et montre combien ces réactions sont exagérées.

Ce que dit le communiqué de Moody’s

Un peu agacé par les agences de notation dans un premier temps, puis par l’avalanche de commentaires catastrophistes et donneurs de leçons, je suis allé voir le vrai communiqué de Moody’s (ce que, visiblement, les journalistes et commentateurs divers n’ont pas fait) – voici quelques remarques, car je trouve le traitement médiatique qui en a été fait particulièrement édifiant.

1. L’annonce Moody’s intervient dans le cadre normal et routinier de la publication du rapport annuel sur la situation du crédit de la France. Le premier paragraphe confirme la notation Aaa avec perspective stable. Le second spécifie que ce rapport n’est pas un exercice de notation. Le troisième rend hommage aux atouts du pays. Le quatrième note l’affaiblissement, cependant, de la capacité financière, comme pour les autres pays de la zone euros, pour tout un tas de raisons, et mentionne « Moody’s nevertheless continues to deem France’s financial strength to be very high, particularly when compared with debt affordability (interest burden in relation to government revenues) which remains comfortable » (« Moody’s continue néanmoins de juger très haute la puissance financière de la France, en particulier sous le rapport de sa capacité de remboursement (rapport des intérêts de la dette aux revenus de l’État), qui reste confortable ») ; une vérification avec les statistiques de l’OCDE confirme ce dernier point. Ce paragraphe notre cependant que la détérioration des chiffres de la dette les place parmi les plus faibles des pays qui restent classés Aaa.

Le dernier paragraphe, celui qui a attiré tous les commentaires inquiets, note que le gouvernement français a dorénavant moins de marges de manœuvre, que l’engagement continu du pays à mettre en œuvre les réformes économiques et fiscales nécessaires ainsi que des progrès visibles seront important pour le maintien du « stable outlook » (« perspectives stables ») et que Moody’s va suivre cela de près dans les trois prochains mois.

J’avoue que rien de tout cela ne me surprend (on aurait quasiment pu l’écrire sans recherche particulière, et on aurait sans doute été spontanément moins laudatif dans les trois premiers paragraphes !)… et que l’ensemble est plutôt bienveillant !

2. Or dans la presse, toute la journée hier et encore ce matin, les commentaires parlaient de sonnette d’alarme tirée par Moody’s, ou, encore plus de « mise en surveillance » de la France, Moody’s se préparant à dégrader la note dans trois mois (vous aurez noté que ce qui se passe dans trois mois, c’est une annonce de Moody’s sur le maintien ou non du « stable outlook » de la note Aaa : j’avoue que la situation actuelle aurait pu amener à déclarer dès à présent, y compris pour d’autres pays Aaa d’ailleurs, que la note Aaa ne resterait pas nécessairement « stable » dans les mois qui viennent ! Où est la surprise de cette analyse ?

3. J’en déduis deux choses, l’une hypothétique mais intuitivement séduisante : tout ce bruit médiatique est utilisé à des fins politiques, pour faciliter des décisions internes difficiles ou pour lancer la campagne et faire peur aux Français – on voit bien qui peut y avoir intérêt. La seconde est plus sérieuse : on parle beaucoup des aspects nocifs de la spéculation sur les marchés financiers. Or on est là en pleine « spéculation » intellectuelle, et c’est très dangereux puisque l’une des caractéristiques actuelles de la crise tient à la détérioration de la confiance beaucoup plus qu’aux « fondamentaux » (qui jouent bien sûr un rôle). Le marché de l’information (toutes formes de presse, etc.) est évidemment sujet aux mêmes excès que les marchés financiers (c’est d’ailleurs très proche). Je n’ai rien contre un Nouriel Roubini qui annonce l’explosion de l’euro (encore que j’estime qu’il n’apporte pas grand-chose au débat et met de l’huile sur le feu compte tenu de sa position, ce qui n’est pas très responsable). Mais lorsque « l’information » est manipulée, il y a problème.  D’où question : quel type de régulation faudrait-il ? Une agence indépendante de contrôle de qualité (ex post) de la presse avec mécanisme de certification (reprenant par exemple la grille de notation des agences, ce qui ferait qu’on aurait des journaux Aaa…) ? Mais une agence financée comment ? En tout cas, c’est un vrai problème, et je suis surpris de ne pas avoir vu encore de papier sérieux sur le sujet. On voit bien l’intérêt commercial des journaux à faire mousser toute nouvelle et à faire peur, et on connaît l’asymétrie « commerciale » des nouvelles : les bonnes font moins vendre que les mauvaises, on aime bien se faire peur, et toute mauvaise nouvelle soutient une tendance assez universelle, à savoir la possibilité de critiquer. La « liberté » de l’information laisse du coup un peu perplexe, non ? Au moins tant qu’il n’y a pas de mécanisme de certification de la qualité.

4. Cela étant, la situation actuelle me semble gravissime. Les banques sont extrêmement inquiètes, on n’a jamais été aussi près d’un effondrement systémique, et j’avoue que je ne vois pas bien comment l’éviter. Il faudrait en toute urgence annoncer (ce week end) une restructuration de la dette grecque, mais cela suppose une action collective dont les fondements ne sont pas encore réunis, il faut d’abord que la situation soit perçue comme encore plus grave.

5. Derrière tout cela, je crains qu’il y ait une vraie crise de la démocratie, et cela me semble également inquiétant.

Mémoires d’une servante

À Riyad, la publication du témoignage, sous pseudonyme, d’une ancienne employée de maison de nationalité éthiopienne a fait sensation. La tragédie humaine que raconte « La servante » n’a pourtant rien d’exceptionnel. Comme Samba Bateh, nombreuses sont les jeunes femmes d’origine africaine ou asiatique qui se mettent au service de riches familles du Golfe et se voient réduites en esclavage. En dix-sept ans de travail dans plusieurs maisons du Hedjaz, région côtière de l’ouest de l’Arabie saoudite, Samba a subi humiliations, maltraitance, exploitation financière et agressions sexuelles de la part de ses différents employeurs, hommes ou femmes, conservateurs ou libéraux. Par chance, elle a fini par échapper à sa condition en rencontrant l’amour sur son dernier lieu de travail.

Pour Fida Dabouss, journaliste au quotidien koweitien Al-Bina, « ce témoignage nous fait pénétrer dans l’univers de ces employées de maison, découvrir leurs problèmes et leurs désillusions, et le regard qu’elles portent sur nos sociétés. Il ouvre enfin le débat sur la vie inhumaine d’une catégorie de plus en plus importante de la population de la région ».

Le bonheur et l’argent (fin)

Dans une de ses dernières nouvelles, Somerset Maugham  raconte l’histoire d’un très vieux milliardaire ne vivant plus que pour le poker, qui réalise un jour qu’il n’y voit plus assez pour jouer convenablement, et décide aussitôt d’arrêter. « Maintenant, dit-il à son partenaire, il ne me reste plus qu’une chose dans la vie : la philanthropie ! »

La philanthropie serait-elle donc la grande consolation des milliardaires vieillissants ? En tout cas, elle constitue, aux États-Unis du moins, la grande réponse à cette question qui semble souvent les préoccuper : comment éviter que les fortunes par eux amassées, dans la joie et l’effort, ne deviennent, dans les mains de ceux qui en ont passivement hérité, des causes de dérives et de dépression ? Les membres du « lucky sperm club » (club des spermatozoïdes chanceux), selon la belle formule de Warren Buffet, ont en effet tendance à mener « des vies sans but véritable et moroses ».

Cette vision américaine qui glorifie la création d’argent et en fustige la transmission n’est pas nouvelle. Son grand théoricien, Andrew Carnegie, en avait déjà formalisé la doctrine en 1890 : il ne faut pas mourir riche – il faut donner sa fortune de son vivant, ou plutôt la « restituer » à la société – et c’est le donateur lui-même, et surtout pas l’État, qui doit redéployer ses talents et son énergie pour investir cet argent au meilleur escient social. Tous n’en sont d’ailleurs pas capables : Warren Buffett, qui s’estime plus doué pour gagner de l’argent que pour le dépenser, a confié l’investissement de sa colossale donation aux époux Gates.

La pauvreté, un atout compétitif

La philanthropie procure en fait un double avantage. Elle sanctifie la création de fortune, ou du moins l’absout, comme l’expliquait Margaret Thatcher dans un discours à l’Église d’Écosse, en 1988 : « Ce n’est pas la création de richesse qui est  mauvaise, mais l’amour de l’argent pour lui-même. La dimension spirituelle intervient dans la décision de ce que l’on fait son argent. » Opportune distinction, qui permet à des gens comme Andrew Carnegie, premier roi de l’acier américain, l’homme le plus riche de son temps, qui avait fait tirer sur ses ouvriers en grève, de survivre dans nos mémoires en bienfaiteur.

Par ailleurs, les donations philanthropiques permettent aussi de conférer à sa propre progéniture « les avantages de la pauvreté », comme disait encore Carnegie. Né pauvre lui-même, il jugeait que la pauvreté était un atout compétitif majeur, dont il ne fallait surtout pas priver ses enfants en en faisant de riches héritiers. Buffett, lui, suggère pratiquement de ne léguer à sa progéniture « qu’assez d’argent pour pouvoir faire quelque chose, et pas assez pour pouvoir ne rien faire ».

Beaucoup de tycoons, américains notamment, sont sur la même ligne ; par exemple les signataires d’une protestation, en 2007, contre la suppression des droits de succession aux États-Unis. Buffett était bien sûr du nombre, avec cet argument puissant : transmettre la suprématie économique par héritage, cela revient à « sélectionner l’équipe olympique de 2020 en prenant les enfants des médaillés de 2000 » ! 

Vallejo, le poète rouge

« Je mourrai à Paris par un jour de pluie, / un jour dont déjà j’ai le souvenir. / Je mourrai à Paris – et c’est bien ainsi – / peut-être un jeudi d’automne tel celui-ci. » Le grand poète péruvien César Vallejo est mort à Paris, comme il l’avait prédit dans son plus célèbre poème, Pierre noire sur une pierre blanche, le 15 avril 1938. Non pas un jeudi d’automne, mais un jour pluvieux de vendredi saint.

« Dans cette famille nombreuse, métisse et pauvre de Santiago de Chuco, dans le nord du Pérou, les parents rêvent que le dernier de leurs douze enfants devienne curé », raconte Alberto González Toro dans les colonnes du quotidien argentin Clarín. Lui choisit la faculté de lettres, mais « interrompt plusieurs fois ses études pour raisons financières, travaillant comme employé aux mines de Quiruvilca, puis dans une plantation de la vallée de Chicama, où il est témoin de l’exploitation des Indiens », dont il rendra compte dans son roman Tungstène (paru aux éditions Le Temps des cerises). Mais il s’installera finalement comme professeur. En 1920, rapporte González Toro, « il est pris dans une rixe entre bandes rivales qui déclenche un incendie et se voit condamné à tort à quatre mois de prison par un pouvoir qui pense trouver là l’occasion de mater le trublion ». Vallejo décide de s’exiler et réussit à gagner Paris en 1923. En 1928 et 1929, il se rend en Union soviétique. Les autorités françaises l’accusent de faire de la propagande et l’expulsent vers l’Espagne voisine, où il exerce comme correspondant de presse et finit par adhérer au parti communiste.

« Un rouge espagnol, en chair et en os »

« La guerre civile qui éclate affecte profondément le poète, et imprègne la dernière partie de son œuvre », rappelle El País. Espagne, écarte de moi ce calice, l’un des deux recueils – avec Poèmes humains – que les éditions du Seuil publient ces jours-ci dans une nouvelle traduction de François Maspero, est tout entier voué à la défense de la cause républicaine. Dès le texte liminaire, l’Hymne aux volontaires de la République, « Vallejo exalte le cœur de ceux qui vont mourir dans la bataille pour la vie et loue le sacrifice consenti par ces volontaires pour faire barrage au totalitarisme qui menace en Europe », commente le poète madrilène Luis García Montero.

« Vallejo était un rouge espagnol, en chair et en os », lit-on dans la préface à cette nouvelle édition bilingue, signée par Jorge Semprún peu avant sa mort. Ce qui fonde sa poésie, il l’a écrit, c’est la conviction que « les responsables de ce qui se passe dans le monde, ce sont les écrivains, parce qu’ils possèdent une arme formidable, qui est le verbe ». Poésie et politique fusionnent chez celui qui sut exprimer avec une rare intensité la souffrance et la fraternité. « J’ai toujours fait la différence, conclut Semprún, entre le totalitarisme des “évêques bolcheviques” et les communistes en chair et en os de toutes les clandestinités antifascistes. César Vallejo, pur et dur comme tant de poètes du XXe siècle, est, contrairement aux Neruda, Alberti, Aragon, résolument du côté des communistes en chair et en os. »

Impasse égyptienne

Mohammed vit au Caire. Il a la trentaine – et pas de travail. En désespoir de cause, il part tenter sa chance à Dubaï. En cela, son sort n’est guère différent de celui de centaines de milliers d’émigrés qui quittent chaque année l’Égypte pour les pays du Golfe ou des contrées plus lointaines. Mais le jeune homme, narrateur du troisième roman de l’écrivain égyptien Nasser Iraq, va vivre là une situation encore plus angoissante : dans l’univers cosmopolite de l’émirat, il est assailli par toutes les contradictions de son existence.

« Le chômeur » est un roman « tout à la fois policier, romantique, érotique et politique », explique le poète et écrivain égyptien Ahmad Fadel Shabloul sur le site Middle East Online. Son titre joue sur les sens multiples que revêt en arabe le mot atel : signifiant en général « chômeur », il peut aussi désigner celui qui est « en panne » – en l’occurrence sexuelle. Mohammed, qui a désormais un emploi, est en effet incapable d’honorer ses conquêtes successives – une Marocaine, une Russe, une Chinoise et une Égyptienne. Comme si l’oisiveté forcée qui empoisonnait auparavant sa vie venait le poursuivre jusque dans l’intimité. Son impuissance oblige le narrateur à une douloureuse intro­spection. Sa vie, constate-t-il, n’est que frustration. « Trente ans, et je n’ai pas écrit un seul mot d’amour à une fille… Trente ans d’errance sans rêver du visage d’une amoureuse. » Au moment où il croit avoir enfin trouvé l’amour avec une compatriote émigrée, le jeune homme est accusé de meurtre, et se trouve une nouvelle fois dans l’impasse.

Accents prophétiques

« Le héros avance dans un enchevêtrement d’événements qui sont surtout prétexte à plonger dans la psychologie de personnages aux destins tourmentés », souligne Shabloul. Quelques séances de psychanalyse révéleront que Mohammed souffre d’avoir été élevé par un père tyrannique, et qu’il est resté marqué par les brimades d’un frère dominateur. C’est finalement l’écriture de cette chronique émaillée de flash-backs qui lui permettra de surmonter la crise. En prenant la plume, il accepte enfin de regarder en face « ses déceptions, ses échecs et ses défaites ». Ce faisant, il dresse un troublant parallèle entre son existence et le destin de son pays : ses trente ans de vie correspondent à peu près à la durée du règne de Hosni Moubarak (de 1981 à 2011). Un règne souvent évoqué au fil des pages par un personnage de journaliste révolutionnaire qui donne des accents prophétiques à ce roman paru quelques mois avant la chute du Raïs. « En utilisant le symbole sexuel pour exprimer l’impuissance politique », note Shabloul, Nasser Iraq donne un autre sens aux « pannes » du « chômeur ».

Rencontres autour de la Russie

En lien avec le dossier de notre prochain numéro, deux événements sont organisés mercredi 19 octobre sur le thème « société et pouvoirs en Russie », un documentaire consacré à la journaliste russe Anna Politkovskaïa, assassinée il y a 5 ans, sera projeté à l’auditorium de l’Hôtel de Ville à 19h30.

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