Ellen Johnson Sirleaf, prix Nobel de la paix

La présidente du Liberia, dont nous avons publié un portrait dans notre dernier numéro, s’est vu remettre la prestigieuse distinction, qui récompense également deux militantes africaines des droits de l’homme, la Libérienne Leymah Gbowee et la Yéménite Tawakkul Karman. Elue en 2005, Ellen Johnson Sirleaf est la première femme à occuper ces fonctions sur le continent africain. Le 11 octobre prochain, elle briguera un second mandat.

L’enfance de Rio

Il aura fallu à Mauricio de Almeida Abreu plus de quinze années de recherches – au Brésil, mais aussi dans les bibliothèques de Lisbonne, de Paris et du Vatican – pour reconstituer l’histoire de ce qui n’était, au XVIe siècle, qu’un modeste bourg tropical : Rio de Janeiro. Résultat, un pavé de 900 pages déjà présenté comme un classique. Il s’agit d’une « lecture obligatoire » pour quiconque s’intéresse au Brésil colonial, écrit ainsi un journaliste d’O Globo. Son auteur, un géographe, a étudié la période allant de la fondation de la ville (au départ un simple fort militaire) à la découverte de l’or dans l’État voisin de Minas Gerais, qui contribua à faire de Rio la capitale du Brésil en 1763. Abreu tord le cou à l’idée reçue selon laquelle la ville aurait été à l’origine plutôt égalitaire ; les passages qu’il consacre à la mise en place des ordres religieux et à l’utilisation de la main-d’œuvre indigène montrent au contraire que la ségrégation sociale et raciale y était dès le départ très importante. 

Steve Jobs (1955-2011)

La mort du fondateur d’Apple marque-t-elle la fin d’une ère ? Dans son blog, Olivier Bomsel fait le point sur le parcours exceptionnel de celui qui a su, en associant design élégant et extrême simplicité d’usage, proposer des gadgets technologiques à la popularité sans précédent. Une biographie de Steve Jobs par Walter Isaacson, doit paraître le 23 novembre prochain chez JC Lattès.

Mort de Steve Jobs : qui parlera pour Apple ?

La mort de Steve Jobs est un événement planétaire. Pas seulement parce qu’il a inventé, fabriqué, commercialisé des produits qui ont transformé la vie de centaines de millions d’humains. Mais aussi parce qu’il a su donner à ces objets, intrinsèquement techniques, une dimension d’expérience, d’esthétique, d’émotion, d’insertion dans l’intimité la plus profonde de chacun. Et que c’est à travers cette expérience que s’est construite l’affinité du consommateur, sa perception de l’usage, son appropriation du produit.

Steve Jobs occupe dans l’histoire une place plus importante encore que celle de Gutenberg ou Alexander Graham Bell. Il est celui qui a compris que la transformation numérique ne consistait pas seulement à faire communiquer entre elles des machines, fussent-elles des engins spatiaux, mais fondamentalement, à ce que ce mode communication soit partagé par les humains. Ainsi donc, dès le commencement, c’est-à-dire dès la conception du McIntosh, Jobs s’est projeté lui-même en naïf faisant l’apprentissage d’une écriture. Piètre étudiant, il insiste (à Stanford en 2005) sur l’importance qu’a eue pour lui la classe de calligraphie grâce à laquelle il revient parfois sur le campus. Son impact va bien au delà du soin des typographies dans le traitement du texte par ses machines. Il montre à quel point le numérique — les instruments qui l’encryptent — participent d’une écriture qui, naturellement, mobilise le corps. Et comment le corps, attiré par la puissance graphique de la machine, l’intègre, l’assimile, s’étend naturellement à elle jusqu’à en faire un appendice communiquant. Dès lors, l’objet fait partie de la vie. (Mon fils, hier soir, pour me signifier notre rupture, a déposé sur mon bureau son iPhone réduit en miettes).

L’alphabétisation numérique est achevée

Steve Jobs a fait muter l’homme du clavier à la souris, de la souris à l’écran tactile. Ce faisant, il a greffé le terminal sur le corps. Et chaque humain aura vécu par lui-même les effets inouïs de cette métamorphose. C’est de cette greffe qu’il venait parler dans ses spectaculaires keynotes présentant les nouveaux produits. C’est à cela que ses successeurs, quelque talentueux qu’ils soient, resteront étrangers. L’alphabétisation numérique est achevée. Steve Jobs en restera le précepteur à jamais.

Quant à Apple, la firme perd son fondateur, mais aussi son identité. Une voix s’éteint, une séquence s’achève. Dans la nouvelle ère qui s’ouvre, Apple est condamnée à s’approcher des autres, banalement innovantes, ou à devenir vintage, cultivant, à la manière du western, le souvenir de l’esprit pionnier.

Ces fous de Downing Street

« 71 % des Premiers ministres britanniques souffraient de troubles psychiques », écrit Chris Vaughan sur le site Metapsychology. C’est l’une des surprises que réserve Downing Street Blues, étude qu’a consacrée le professeur de psychiatrie Jonathan Davidson à la santé mentale des hôtes du 10, Downing Street, de 1722 à 2007. Cette épidémie de troubles, allant de l’anxiété à la démence, ne s’explique apparemment pas par le stress de la fonction : « La plupart d’entre eux en présentaient déjà des signes en arrivant au pouvoir », souligne Vaughan, qui ajoute : « L’exercice du pouvoir était pour beaucoup la thérapie dont ils avaient besoin. »

Aux disparus de Téhéran

Zahra’s Paradise, c’est le plus grand cimetière de Téhéran. Un espace immense, en perpétuelle expansion, situé au sud de la ville. Le père de la révolution islamique, l’ayatollah Rouhollah Khomeini est enterré là. Tout comme nombre de manifestants tués par le régime lors de la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009. « C’est en voyant sur Twitter la vidéo tragique de l’enterrement d’un étudiant dans ce cimetière qu’Amir, un ancien journaliste iranien exilé aux États-Unis, a décidé d’agir », raconte le Jakarta Globe. Sa protestation prend la forme d’une bande dessinée écrite en collaboration avec Khalil, un artiste arabe lui aussi émigré aux États-Unis, qui rend hommage aux opposants et dont les épisodes sont publiés sur Internet à partir de février 2010. Très vite, Zahra’s Paradise devient un phénomène. Plusieurs milliers d’internautes se connectent chaque jour pour suivre en temps réel ce récit en noir et blanc, aux traits sobres et gracieux.

Les premières vignettes racontent la journée du 16 juin 2009, quatre jours après le scrutin controversé. Des centaines de personnes ont été arrêtées. Les forces de l’ordre ont ouvert le feu sur la foule. Et un jeune étudiant, Medhi, ne rentre pas à la maison. Commence alors une quête longue et désespérée pour le retrouver. « Dans les hôpitaux, les cimetières, aux portes des prisons… Sa mère et son frère le cherchent partout, entraînant le lecteur dans l’enfer du régime iranien. Un monde d’ombres et de terreur », explique l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. Un monde que l’auteur a reconstitué d’après les récits de sa famille et de ses amis restés en Iran, et d’après sa lecture des blogs.

À mi-chemin entre fiction et réalité, Zahra’s Paradise est souvent comparée à Persépolis de Marjane Satrapi qui, selon Amir, a réussi « à faire tomber le mur du silence autour des Iraniens exilés ». Maus, d’Art Spiegelman, sur la persécution des Juifs par les nazis, est aussi régulièrement évoqué, tout comme le « reportage graphique » Palestine du journaliste Joe Sacco. « Le mélange entre histoire et bande dessinée est une recette à succès », note le Spiegel. « Mais ce qui distingue Zahra’s Paradise, précise le Globe and Mail canadien, c’est la publication de la bande dessinée sur Internet, une planche à la fois, tous les trois jours, dans douze langues : le farsi, l’arabe, le hollandais, le français, l’espagnol, l’italien, l’anglais, le coréen, l’hébreu, le portugais, l’allemand et le suédois. »

« Jamais aucune bande dessinée ne s’était attaquée avec un tel courage à la terreur d’un régime, juge le Spiegel. Zahra’s Paradise montre de façon impitoyable comment un État peut détruire ses citoyens. » Un constat qui n’empêche pas l’auteur de se montrer optimiste : « Le régime est fini. La violence qu’il utilise est un signe de la décadence du système. Il est temps de récupérer notre pays et notre dignité. »

Nonfiction.fr – Nations, avez-vous une âme ?

L’ouvrage Nationalisme et imagination est constitué d’une conférence éponyme, donnée au Center for Advanced Study de Sofia et suivie de questions-réponses, puis de deux entretiens plus approfondis. La chercheuse-conférencière Gayatri Chakravorty Spivak, née en 1942 en Inde, est professeure à Columbia University à New-York, où elle dirige le Center for Comparative Literature and Society. Son travail, novateur, traduit et commenté dans le monde entier, se situe au carrefour de l’histoire, de la critique littéraire, de la sociologie et de la philosophie, et croise en particulier des théories postcoloniales, marxistes et féministes. Nationalisme et imagination (2011) est le quatrième ouvrage de Spivak traduit en langue française, après Les subalternes peuvent-elles parler ? (2006), L’État global (avec Judith Butler, 2007) et En d’autres mondes, en d’autres mots. Essais de politique culturelle (2009).

Un sentiment d’impuissance

« Chères nations – tel est le message général –, vous avez été inventées comme des narrations imaginaires. Après quoi, hélas, vous avez été institutionnalisées et vous avez oublié votre origine, vous avez oublié que vous êtes imaginaires. Soyez assez aimables pour retourner dans l’imaginaire. Vous êtes des récits fictifs et, en outre, veuillez avoir l’amabilité de vous comparer entre vous. Alors vous comprendrez que vous n’êtes pas égales, vous êtes équivalentes. » Voici les termes par lesquels Alexander Kiossev, le professeur hôte, traduit, résume et conclut, non sans humour, la conférence de G.C. Spivak. Comment Spivak articule-t-elle nationalisme et imagination, en effet ? « Le nationalisme », avance-t-elle, « est le produit d’une imagination collective construite par le biais de la remémoration. » La chose nationale « négocie avec le plus privé », à savoir les circonstances de naissance, l’histoire (les mariages, les migrations, etc.), l’amour de la langue maternelle… « en vue de contrôler la sphère publique ». Or, selon elle, « ce confort de base dans sa propre langue et son propre foyer qu’évoque le nationalisme n’est pas un affect positif [;] son fonctionnement est un simple être-là. […] Quand on vous enlève ce confort, il y a un sentiment d’impuissance, une perte d’orientation, une dépendance, mais pas de chose nationale ». Comment alors sortir de cette fiction, ce recodage, que serait le nationalisme ? Par la (re)connaissance de la spécificité de chacun d’une part, et de l’équivalence inventive d’autre part, qui est au cœur de la pulsion comparatiste. Dans cette discipline qui serait à même de renforcer l’esprit démocratique, « l’équivalence s’efforce de saper la possession, l’exclusivité, l’expansionnisme isolationniste du simple nationalisme ».

Le dialogue commence ensuite, avec le public de la conférence d’abord, puis d’autres chercheurs dans le cadre de deux entretiens indépendants, enregistrés respectivement en 2003 et 2004 : cette forme de discussion est l’occasion d’aborder les autres notions chères à Spivak, mais aussi de les mettre en résonance avec l’actualité. Spivak traite ainsi notamment de questions relatives à l’éducation, au féminisme, à la psychanalyse, à la constitutionnalité, aux différentes formes de domination et au militantisme… à travers le monde. Car c’est son ancrage dans le réel, pour ne pas dire les réels, qui confère à la grille de lecture qu’il propose sa force et sa justesse : l’identité coloniale et postcoloniale en Inde, l’identité balkanique, et, plus généralement, la tension entre régionalisme, États nations, Union Européenne et/ou mondialisation.

Un bémol éditorial : si la forme de l’entretien permet de dérouler et discuter les différents outils de travail et théories de Spivak, et d’en percevoir l’indéniable diversité en même temps que leur articulation brillante, elle suppose du lecteur, pour son confort de lecture, une connaissance préalable des recherches de l’auteur ; pourquoi, dès lors, éditer dans le même volume une conférence sur un sujet défini et deux entretiens sur des thématiques plus vastes ?

De bruit et de terreur

En récompensant cette année le Colombien Juan Gabriel Vásquez pour son roman « Le bruit des choses quand elles tombent », le jury du prix Alfaguara de littérature a consacré une nouvelle voix latino-américaine. Né en 1973, le jeune romancier n’en est pas à son premier succès : ses deux précédents livres avaient déjà été acclamés, par Vargas Llosa et Juan Marsé, entre autres. Mais El ruido de las cosas al caer, qui se vend comme des petits pains à Bogotá, l’impose aujourd’hui comme un auteur majeur. Pour l’écrivain argentin Rodrigo Fresán, qui commente l’ouvrage dans Página 12, il est tout simplement « en passe de devenir le meilleur écrivain politique du sous-continent ». Juan Gabriel Vásquez est en effet de ceux qui, « sans paraître latino-américains, ont le mieux su s’immerger dans les ténèbres de la région », relève de son côté le romancier mexicain Jorge Volpi dans les colonnes d’El País.

Traversée de l’histoire

Dans la Bogotá corrompue et violente des années 1980, Antonio Yammara, jeune professeur de droit, se lie d’amitié avec Ricardo Laverde, un homme mystérieux qui le fascine. Lorsque ce dernier est assassiné, Yammara entreprend une enquête qui le mènera dans les années 1970, lorsqu’une génération de jeunes idéalistes colombiens s’est trouvée confrontée aux débuts du trafic de drogue qui allait ravager le pays. Cette traversée de l’histoire récente de la Colombie se démarque des fresques et des épopées du réalisme magique à la García Márquez. Ses sources d’inspiration sont plutôt, de son propre aveu, Conrad, Joyce, Flaubert, ainsi que Philip Roth ou Mathias Énard. Vásquez aborde son sujet par le biais de l’intime. El ruido de las cosas al caer « parle de la manière dont se croisent les petites histoires personnelles et la grande histoire collective. Le livre parle des individus et des effets qu’a sur eux la violence, mais il ne s’agit pas de scénarios politiques », a expliqué Vásquez en recevant son prix. « C’est un roman de ma génération », la génération qui a eu 20 ans dans les années 1990, au moment où les trafiquants de drogue déclaraient la guerre à l’État, et qui a grandi « avec l’angoisse et la peur, sachant toujours où étaient les cabines téléphoniques pour pouvoir appeler si une bombe explosait, pour dire qu’on est en vie », explique l’auteur au quotidien espagnol El País. Il y a douze ans, Vásquez a quitté la Colombie pour Barcelone. Mais il confie : « Comme citoyen et comme écrivain, mon pays reste mon obsession. »

L’Amérique made in Doonesbury

Joanie Caucus est la mère de J.J. (Joan Jr.), qu’elle a abandonnée en même temps que son mari dans les années 1970 pour vivre selon ses nouveaux principes féministes. Adulte, J.J. épouse Mike Doonesbury, un vieil ami gauchiste de Joanie. Ils ont une fille, Alex. Alex déteste le nouvel ami de sa mère – qui a entre-temps quitté Mike –, ce qui la rapproche de sa grand-mère (Joanie), laquelle a fait une brillante carrière de juriste au Congrès américain… Vous suivez ? Joanie, J.J., Mike et Alex sont parmi les 90 personnages récurrents de Doonesbury, un comic strip publié simultanément, à raison de quatre vignettes par jour, dans des centaines de journaux américains. À ces 90 habitués, s’ajoutent des seconds rôles, comme… le président des États-Unis. L’auteur Gary Trudeau a publié il y a quelques mois une « rétrospective » pour fêter les 40 ans de sa BD. Il en a profité pour rendre un grand service à ses lecteurs : un encart fiché au milieu de l’ouvrage de 700 pages résume les biographies des principaux personnages et les liens qui les unissent ; une sorte d’arbre généalogique « aussi simple à lire qu’un plan du métro de Tokyo », s’amuse un journaliste du New York Times. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Doonesbury n’est pas l’équivalent papier d’un soap télévisé. C’est un monument de la presse et de la politique américaines.

« Infailliblement drôle »

« Nous avons traversé avec ces personnages quatre décennies de temps agités – des guerres, des scandales (le Watergate, Katrina, et bien d’autres) et des campagnes électorales, que Trudeau a pour la plupart couvertes d’aussi près que n’importe quel journaliste, en rendant l’essence de
chaque époque de façon infailliblement drôle », écrit Gary Wills dans la New York Review of Books. Trudeau est le premier dessinateur de comic strip à avoir reçu le Pulitzer, en 1975. Son traitement toujours mordant de l’actualité politique lui a valu des inimitiés au plus haut niveau – George Bush père a un jour fait part de son envie pressante de « lui botter le train ». Il ne fut pas le seul. Hunter S. Thompson (le père du journalisme gonzo, qui valorise l’ultrasubjectivité), auquel ressemblait furieusement un personnage de Doonesbury, manifesta son mécontentement en lui envoyant une enveloppe remplie de papier toilette usagé. On dit aussi que Donald Trump le méprise et que Frank Sinatra a voulu lui intenter un procès. Même les héros fictifs de Doonesbury sont tellement « vrais » qu’ils ont fini par « pénétrer la réalité », analyse Wills. Une loi de l’État de Floride a été baptisée « Doonesbury Bill », certains de ses personnages de femmes sont devenus des modèles pour les féministes, et on a même vu le nom d’une rock star imaginée par Trudeau inscrit au programme de concerts bien réels !

Rien ne destinait pourtant sa BD à la célébrité. Le cartoonist l’a créée en 1968 dans un journal du campus de Yale pour parodier la star de l’équipe locale de football (appelée B.D., et toujours représentée avec son casque sur la tête) et son camarade de chambrée, un certain Mike Doonesbury. Puis la série a été repérée par une agence de presse, qui lui a ouvert les portes d’une diffusion nationale. Doonesbury fait aujourd’hui complètement partie de l’univers mental des Américains. « Le 21 avril 2004, lorsque B.D. est revenu gravement blessé d’une mission en Irak, lit-on dans le New York Times, la plupart des lecteurs ont d’abord été frappés de le voir sans son casque, pour la première fois en plus de trente ans. Fin de l’énigme ! B.D. avait bien des cheveux, il ne dissimulait pas un crâne chauve ! Puis ils ont assimilé le reste de l’image et vu que sa jambe gauche avait été amputée au niveau du genou. Pour beaucoup de fans, c’était comme apprendre qu’un ancien camarade de lycée vivait une tragédie personnelle. »

La mort en face

Quand sa femme est morte dans un accident de surf, l’écrivain américain Francisco Goldman, de surcroît accusé par sa belle-mère d’être responsable du drame, s’est effondré. Mais, après six mois sans dessoûler, il a pris le parti de raconter sa version des faits. « Tenter de comprendre une tragédie est, en un sens, un objectif inaccessible, explique le New York Times. Comment comprendre la mort ? Et pourtant, peut-on faire autrement quand on s’y trouve confronté ? »

Dans Dire son nom, Goldman tente d’analyser la suite d’événements qui ont conduit à l’accident : sa rencontre avec la romancière Aura Estrada à la New York University (elle a 25 ans, il en a 47), leur voyage à Paris, l’enfance de la jeune femme à Mexico (qu’il a reconstituée grâce à son journal), etc. Jusqu’à la description de la scène de sa mort : « La chose la plus difficile qu’il m’ait été donné de faire dans ma vie », a-t-il précisé dans une interview à la Paris Review. « Dire son nom est une enquête, une biographie, une réflexion sur le chagrin et, pour finir, surtout une histoire d’amour », conclut le magazine.