Le nouveau journalisme arabe

Être journaliste ne signifie pas la même chose à Paris qu’à Damas, à Washington qu’à Beyrouth, à Rome qu’à Doha. De nombreuses caractéristiques, que l’on ne retrouve ni en Europe ni en Amérique du Nord, sont spécifiques au monde arabe, ce qui rend toute approche scientifique ethnocentriste altérée et donc, de fait, non pertinente. Sur ce point, nous pouvons bien évidemment citer la censure, qu’elle soit flagrante ou plus latente, et les sanctions qui en découlent, tant économiques, qu’administratives ou physiques. Mais d’autres éléments doivent également être pris en compte, comme le manque criant de formations spécialisées, la faiblesse, si ce n’est l’inexistence de syndicats professionnels nationaux ou régionaux, sans oublier, bien sûr, les facteurs historiques, religieux et culturels. Tant de caractéristiques régionales qui permettent voire obligent à différencier le journalisme arabe de celui pratiqué en Europe, en Amérique Latine ou encore en Asie.

Avec son dernier ouvrage, The New Arab Journalist: Mission and Identity in a Time of Turmoil, Lawrence Pintak, ancien journaliste et actuel doyen du département de Communication de l’université de Washington, tente de pallier les faiblesses de la littérature scientifique. Certains pourront lui reprocher sa volonté de voir le journaliste arabe comme un « tout », connaissant les mêmes déconvenues à Bagdad qu’à Téhéran, possédant les même désirs et la même soif de changements au Liban qu’en Arabie saoudite. D’autres encore pourront dénoncer l’usage de « panels » qui ne représentent véritablement que ceux qui en font partie (la distinction journalistes de radio, de télévision ou de presse écrite est-elle véritablement représentative ? Les personnes rencontrées sont-elles elles même représentatives des différents courants politiques présents au sein des médias ou plutôt des connaissances personnelles de l’auteur ? etc.). Si ces critiques sont pertinentes, il n’en reste pas moins que son travail permet, grâce aux nombreuses données recueillies sur le terrain et à une contextualisation historico-culturelle conséquente, de mieux cerner les disparités existantes ainsi que de démonter certains préjugés tenaces. Et c’est pourquoi il est intéressant de s’y attarder quelque peu.

Théo Corbucci
 

Après la crise… La crise !

S’il est un économiste à qui la crise de 2008 a profité, c’est bien Nouriel Roubini. Surnommé « Dr. Doom » (« Docteur catastrophe ») pour son pessimisme récurrent, il fut propulsé, au lendemain de l’éclatement de la bulle immobilière américaine, dans le rôle de celui qui avait vu juste avant tout le monde – dès 2006. Devenu l’un des économistes les plus influents de la planète, il revient dans Economie de crise (écrit en collaboration avec l’historien Stephen Mihn) sur le mécanisme des bulles financières, qu’il considère comme inhérentes au capitalisme, et les menaces qui planent désormais sur les États.

Car en laissant filer leurs déficits pour sauver les banques, ceux-ci n’ont fait que parer au plus pressé sans mesurer les risques auxquels ils s’exposaient à terme : « L’histoire suggère que les crises de la finance internationale sont souvent le prélude à l’explosion de la dette publique et à l’effondrement des monnaies, comme on le voit avec la Grèce », note Ruth Sunderland dans The Observer. Or les banques qui ont bénéficié d’un gigantesque plan de sauvetage sont désormais « incitées à se comporter de manière risquée, car elles savent qu’elles seront tirées d’affaire ».

Il est donc grand temps d’en finir avec le laisser-faire, et d’entreprendre des réformes susceptibles de neutraliser les pulsions auto-destructives du capitalisme, plaide Roubini. Contre le développement des bulles spéculatives, il estime du ressort des banques centrales de jouer sur les taux d’intérêt. Contre l’irresponsabilité des banques, il préconise l’adoption d’une nouvelle version du Glass-Steagall Act américain qui avait opportunément séparé en 1933 les activités à risques des banques d’investissement et les activités de financement de l’économie des banques de dépôt, mais fut abrogé en 1999. Il suggère aussi, juste retour des choses, de casser le système des bonus des traders en les adossant aux « produits financiers abscons qu’ils ont eux-mêmes concoctés dans leurs laboratoires ». Au total, il s’agit en somme de « rendre le travail des banquiers à nouveau ennuyeux », écrit Roubini. Dans l’intérêt général.
 

=> Ecouter un extrait de ce livre

Huit siècles de folie financière

Pendant près de six ans, les économistes américains Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff ont passé au crible les données économiques de 66 pays sur une période de 800 ans. « Chaque catastrophe financière est invariablement précédée d’une période de prospérité, explique Devin Leonard dans le New York Times. Le schéma apparaît toujours le même : les politiques assouplissent les régulations pesant sur le système financier ; les banques profitent de cette liberté pour emprunter de l’argent à bon compte et engendrer de juteux bénéfices. Très vite, ces États souverains croulent sous les flots d’argent d’investisseurs étrangers, qui créent des bulles spéculatives sur le marché boursier, les matières premières et l’immobilier. »

 

À l’heure où les économistes, férus de théorie, négligent ce genre de recherches empiriques, commente pour sa part Andrew Gamble, du New Statesman, Cette fois, c’est différent devrait s’imposer comme « une référence indispensable dans les débats sur les causes et les conséquences des crises financières ».

À chacun son caractère

 Le numérique menace le livre, sinon dans son essence, du moins dans sa forme. D’ailleurs, « est-ce encore un livre? », peut-on se demander à propos de l’e-book. Et qu’est-ce qui caractérise, et légitime, la forme consacrée du livre? Pourquoi, par exemple, est-ce un objet rectangulaire, composé de feuillets pliés? Réponse d’Alberto Manguel dans le recueil de ses textes sur la lecture publié outre-Atlantique l’an dernier (1) : « C’est Jules César qui, en pliant un rouleau pour envoyer ses instructions à ses troupes, aurait fabriqué le premier “codex”. » Pourquoi cette taille commune, qui semble se stabiliser dès le XVIe siècle? Parce que c’est celle qui correspond le mieux à l’empan, l’écart entre le pouce et le petit doigt (20 centimètres environ), une dimension « naturelle ». Pourquoi, ensuite, la page telle que nous la connaissons? Parce que l’art de la mise en page, qui a pris son essor avec Gutenberg, a d’emblée adopté le nombre d’or (5/8, ou 1,618) pour définir le rapport largeur/longueur de la page ou des colonnes. Pourquoi à peu près 250 mots par page? Parce que c’est le nombre résultant de la taille optimale des caractères pour un « confort de lecture » acceptable.

 

Les caractères justement, il en existe plus de 160000 – un univers entier, chacun avec son « caractère », comme l’évoque Simon Garfield dans Just My Type : l’Arial, comminatoire; le Lucida, plutôt féminin; le Trebuchet, plutôt cartésien; l’Albertus, le plus expressif, etc. Chacun d’entre eux représente une forme spécifique de lisibilité, à la fois en termes pratique et esthétique. Dans son histoire complète des caractères, de Gutenberg à Microsoft, Simon Garfield montre la puissance des interactions entre ceux-ci et le message qu’ils véhiculent. C’est opportun car, de tous les éléments classiques du livre (forme, taille, etc.), le caractère est le seul à non seulement subsister tel quel, mais même prospérer à l’ère numérique.

 

Guglielmo Libri

 

(1) A Reader on Reading (« Un lecteur écrit sur la lecture »), Yale Univeristy Press, 2010.

 

Chronique d’une révolution annoncée

« Le roman qui a prévu la révolution du 25 janvier » : l’heureux éditeur des « Ailes du papillon » n’a pas laissé passer l’occasion d’afficher sa fierté en couverture du deuxième tirage du roman de Mohamad Salmawy, paru en février dernier. Étonnante prophétie, en effet, que celle du journaliste et écrivain égyptien ! Sorti en novembre 2010, le roman met en scène des manifestations monstres place Tahrir, au Caire, organisées par des jeunes via les réseaux sociaux, aboutissant à la chute du régime. « Un scénario audacieux pour un avenir qui pourrait être une des évolutions possibles », commentait à sa sortie le critique Salah Fadhl dans les pages du quotidien Al-Ahram. Bestseller depuis qu’Hosni Moubarak a été renversé le 11 février dernier, ce roman sera adapté en feuilleton télévisé cet été pour le Ramadan.

Épidémie de conspirations

De tout temps les épidémies ont été source de colère populaire et de peur atavique. Tout événement doit avoir une cause, et si l’événement est terrible, la cause est maligne. Qui est plus mauvais que le Diable en l’Homme ? Le malheur suppose la conspiration des méchants. Lorsque je me suis trouvé à Hong Kong au moment où une nouvelle maladie mortelle, le Syndrome Respiratoire Aigu Sévère, commençait à étouffer à mort les patients atteints, s’est posée la question de son origine. Et dans mon propre laboratoire, l’un de mes chercheurs seniors n’a rien trouvé de mieux qu’imaginer qu’il s’agissait là d’une construction – la conspiration des Organismes Génétiquement Modifiés, bien présente en nos contrées – faite par le monde occidental, probablement américain, pour arrêter les progrès fulgurants de la Chine !

Il m’a fallu quelque temps pour le convaincre que cette hypothèse n’était que le signe d’une peur atavique, et certainement pas d’un raisonnement intelligent. Mais la preuve du contraire est venue lorsque nous avons, ensemble, commencé à étudier le génome, le texte du programme de développement du virus lui-même. Il devenait évident qu’il s’agissait d’un cousin d’un virus bien connu, qui avait suivi un chemin évolutif long. La question qui se posait alors était de comprendre quel était son hôte normal. Après bien des hésitations nous avons compris qu’il s’agissait d’une chauve-souris, animal qui, contrairement à son nom, est bien plus proche des Primates que des rongeurs. Et l’on sait que c’est la proximité entre espèces qui est source de dangers, pas leur éloignement (ce que ne comprennent pas ceux qui ignorent les lois de la vie). Fin de la conspiration.

Un malheureux concombre espagnol

Mais cette inspiration maligne (et passablement inintelligente, pour rester poli) est sans fin. Nous avons aujourd’hui une épidémie incompréhensible due à un colibacille d’un type rare, Escherichia coli O104:H4. Le colibacille est une bactérie « poilue ». (Pour son petit nom, une légende veut que son cousin O157:H7 bien plus fréquent, et presque aussi dangereux ait été nommé ainsi en raison de son absence de pilosité, « ohne Haare » en allemand, ce qui tombait bien avec la nomenclature classique utilisée pour répertorier les nombreux variants de la surface bactérienne.) Son origine est inconnue. On a vite trouvé le coupable, un malheureux concombre espagnol, et cela a causé des dizaines de millions de pertes agricoles. Aujourd’hui, fort heureusement, la cause imaginée se trouve dans un pays incapable de se défendre, empêtré qu’il est dans une interminable révolution, l’Égypte. Mais avons-nous identifié la bactérie là-bas dans les graines en cause ? Pas encore. Avons-nous trouvé une épidémie qu’elle aurait causée ? Que nenni. Et d’où vient la résistance de ce dangereux pathogène à de très nombreux antibiotiques ? Et comment est-il souvent le commensal inoffensif de porteurs sains qui la diffusent certainement un peu partout ? Pas de réponse.

Vient alors l’évidence : la conspiration ! Nous avons là un exemple d’une merveilleuse combinaison : les manipulations génétiques militaires et la radioactivité. Qui dit mieux ? L’imbécillité, classique, du raisonnement qui consiste à mettre ensemble des éléments disparates pour rendre compte de son ignorance, en se fondant sur l’ignorance nécessairement revendiquée par toute science en construction, n’est pas perdue pour tout le monde : elle est un magnifique prétexte à la publicité pour un individu en quête de notoriété. Mais cette fois aussi à la publicité pour des livres (ici, principalement écrits à propos des armes biologiques). Écrivant pour Books, devons-nous nous en plaindre ? John Stuart Mill dans sa réflexion Sur la Liberté, a répondu par avance à mon irritation : il faut tolérer même l’indigence intellectuelle pour faire progresser les idées.

Taureau paradoxal

Otto von Bismarck était « un hypocondriaque doté d’une constitution de taureau, un tyran brutal qui pleurait facilement, un converti à une forme extrême de protestantisme qui a sécularisé l’école et introduit le divorce civil », écrit Jonathan Steinberg dans une nouvelle biographie du fondateur de l’Allemagne moderne. C’était un écrivain brillant mais ses lettres et ses Mémoires ne peuvent être considérées comme fiables parce qu’il a commencé très tôt à mentir à sa maman et n’a jamais cessé de pratiquer cet art, écrit The Economist en rendant compte du livre. Il était « névrosé, vindicatif, insensible, charmant, charismatique et plein de chaleur humaine ».

Le fondamentalisme : une foi déracinée

À quoi est due la percée des fondamentalismes ? Assiste-t-on à un progrès ou un recul de la religion dans le monde ? Les réponses apportées à ces questions essentielles sont des plus diverses. Il n’est donc pas surprenant que la parution en anglais de l’avant-dernier livre d’Olivier Roy fasse l’objet d’analyses contrastées. L’une des plus élogieuses reste celle de l’universitaire américain Alan Wolfe, auteur d’un livre sur « la transformation de la religion » aux États-Unis et, plus récemment, d’un autre sur « l’avenir du libéralisme ». Roy propose l’explication « la plus originale et la plus convaincante » de la montée du fondamentalisme, écrit-il dans le New York Times. Ce n’est ni une réaction contre la sécularisation de la société, ni une manifestation de la montée du religieux. C’est un symptôme de la sécularisation. Celle-ci lui paraît globalement incontestable – conformément aux prédictions de Marx, Durkheim et Max Weber, pour qui la modernité devait nécessairement entraîner un recul du religieux.

L’argumentation de Roy est complexe. Son constat de base est que le religieux s’est peu à peu dissocié du terreau culturel dans lequel il était enraciné. Réciproquement, les pratiques culturelles d’origine religieuse, comme la fête de Noël, par exemple, n’ont plus grand-chose à voir avec la religion. L’islam n’échappe pas à ce double mouvement. Alors qu’il a longtemps été dominé par les valeurs de la culture arabe, le plus grand pays musulman est aujourd’hui l’Indonésie, où le lien entre islam et arabité est perdu. La thèse du découplage entre culture et religion se nourrit de multiples exemples. Des pèlerins japonais vont chercher à San Francisco une culture bouddhiste plus « vibrante » que chez eux, note Alan Wolfe. Les mormons trouvent des adhérents à Manille. En France, nombre d’orthodoxes refusent l’autorité du patriarche russe. L’une des religions qui progressent le plus vite, le pentecôtisme, fait même l’économie de la langue, véhicule traditionnel de la culture : les fidèles sont encouragés à pratiquer la glossolalie, suite de syllabes sans signification. La télévision et Internet permettent aux imams de prêcher en globish, anglais dégénéré passe-partout.

Un double déracinement

Vu sous cet angle, le fondamentalisme apparaît donc comme l’expression d’un désarroi fondé sur un double déracinement, culturel mais aussi religieux, puisque ses hérauts n’ont qu’une faible connaissance de la foi dont ils se réclament. C’est la « sainte ignorance » qui fait le titre du livre. Au recul du religieux répond le recul de la culture. Finalement, Roy avait raison avant tout le monde quand il annonçait, dans un livre paru en 1992, contre un consensus quasi général, « la fin de l’islam politique ».

La thèse d’Olivier Roy ne convainc pas le jeune universitaire anglais Eric Kaufmann, auteur d’un livre qui vient de paraître, intitulé : « Les religions vont-elles s’emparer de la Terre ? » Dans la Literary Review, il juge que Roy en fait un peu trop, tirant des conclusions générales d’exemples qui illustrent souvent des exceptions. Il faut dire que l’analyse d’Olivier Roy vient heurter de plein fouet sa propre thèse. Pour Roy, l’idée que l’on assisterait à un progrès du religieux relève de l’« illusion d’optique ». Pour Kaufmann au contraire, la religion progresse mécaniquement, pour des raisons démographiques : le taux de natalité est d’autant plus élevé que la famille est plus religieuse ; chez les familles sécularisées, il a tendance à s’installer en dessous du seuil de remplacement des générations.

Un curieux « suicide assisté » 

Il est rare, sur le marché du livre sud-africain, que 10 000 exemplaires d’un ouvrage soient vendus en à peine quatre jours. Cela prouve la fascination de la population pour l’histoire de l’assassinat, en septembre 2005, d’un magnat de l’industrie minière, Brett Kebble, retrouvé mort dans sa voiture.

« Un récit sordide, fait de violence, de corruption, de machinations en coulisses, qui se lit comme un roman sur la mafia », résume Tymon Smith dans les colonnes du Sunday Times de Johannesburg. L’apparent « suicide assisté » du quadragénaire multimillionnaire fut à l’origine d’une série de révélations. Des affaires où l’on retrouvait les noms de tueurs à gages mêlés aussi bien à celui d’un homme d’affaires véreux qu’à l’ancien commissaire de police sud-africain et patron d’Interpol, Jackie Selebi, condamné en août dernier à quinze ans de prison pour fraude et corruption. Pour le Mail and Guardian, la disparition de Kebble montre « combien les milieux de l’argent, de la politique et du crime sont enchevêtrés », et combien ces jeux de pouvoir complexes menacent la démocratie sud-africaine.

Pourquoi Hessel ?

Dans l’introduction de la version anglaise du bestseller de Stéphane Hessel, l’Américain Charles Glass, spécialiste du Proche-Orient, observe que cet appel à s’indigner est venu comme annoncer les révolutions de Tunisie et d’Égypte. Dans le Times Literary Supplement, Sudhir Hazareesingh, bon connaisseur de la France, propose une grille de lecture pour expliquer le succès du livre. Indignez-vous ! est d’abord un nouveau témoignage de la « place unique des pamphlétaires dans la vie publique française ». Le « sens brûlant, viscéral de l’injustice » rappelle Voltaire et Rousseau. Hessel s’inscrit dans « une longue tradition de l’engagement des intellectuels », allant de la fin des Lumières à Jean-Paul Sartre. Mais Hessel exprime aussi beaucoup du Zeitgeist (esprit du temps) de la France d’aujourd’hui. Il incarne le rôle « dominant » de la Résistance dans l’imaginaire collectif et la conception d’une « robuste citoyenneté républicaine » qui lui est associée. En même temps, Hessel s’en prend « à l’ordre moral et au conformisme des institutions », dont un brillant exemple fut l’interdiction de venir débattre de son livre dans l’enceinte de l’École normale supérieure (dont il est issu). Et puis, Hessel représente bien le sentiment de désespoir qui anime maints progressistes devant l’état « insipide et fissipare » de la gauche politique. Il ne cherche pas à transcender sa fragmentation ; on peut même lui objecter que l’« individualisme moral » de sa position ne sert pas la cause d’une action collective. Mais il compense cette faiblesse en exprimant la rupture consommée d’une majorité de Français à l’égard de « la vacuité et la vulgarité » du sarkozisme.