Nouvelle-Zélande – Le syndrome de la superwoman

En Nouvelle-Zélande, Wendyl Nissen est une célébrité. Cette ancienne rédactrice en chef de magazines féminins était de toutes les soirées mondaines, avant de « se mettre au vert ». À présent, rapporte le magazine Her Business, les lecteurs néo-zélandais se passionnent pour le récit de la vie de cette « working girl atteinte du syndrome de la superwoman qui, à 40 ans, prit conscience qu’elle ne pouvait pas être sur tous les fronts ». Et voilà que cette mère de cinq enfants décida de redonner la priorité à sa famille et de retourner à la vie d’antan : « Fini les couches pour bébés jetables, les lessives en poudre et autres détergents », ironise Judy Cleine, en déplorant dans The Southland Times cette apologie d’une écologie qui ferait fi du féminisme.

Quand la peur du vaccin tue

Un soir de 2008, lors d’un dîner dans la bonne société new-yorkaise, le journaliste Seth Mnookin écouta un jeune papa lui expliquer qu’il avait décidé de ne pas soumettre son bambin au vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole). « Quelle logique, se demanda Mnookin, pousse un homme par ailleurs raisonnable, mais sans aucune compétence médicale, à considérer la vaccination comme un danger ? » Cette question est le point de départ de son livre – « une enquête brillante et méticuleuse », salue l’historien James E. McWilliams dans The American Statesman –, véritable tir de barrage contre les tenants de l’hypothèse d’un lien entre autisme et vaccination. Même si aucune étude n’a jamais démontré ce lien, le quart des parents américains pense que les vaccins peuvent provoquer des troubles du développement chez des enfants en bonne santé (1). Mnookin le rappelle, le risque zéro n’existe pas et la vaccination a toujours été l’objet de craintes, mais la nouveauté réside dans l’ampleur de la défiance qui s’exprime à présent, cette « panique virale » qui donne son titre au livre et dont le journaliste dénonce à la fois les effets et les causes.

Côté effets, « l’injonction publique à mener des recherches injustifiées sur des vaccins déjà bien étudiés mobilise des fonds qui pourraient être alloués à des pistes prometteuses, par exemple dans le domaine de la génétique », constate Melvin Konner dans Nature. Autre conséquence inquiétante, on observe par endroits un réveil de maladies potentiellement mortelles, comme la rougeole ou la coqueluche. « Le taux d’immunisation par le vaccin ROR au Royaume-Uni a baissé jusqu’à 80 % en 2003, avant de remonter à 86 % en 2010. » Or on considère, explique Konner, que l’immunité de groupe (le niveau auquel même les individus non vaccinés sont protégés contre une maladie) est atteinte lorsque 95 % d’une population est vaccinée. En clair : ne pas faire immuniser son enfant lui fait courir un risque, mais en fait également courir aux autres, notamment à ceux trop jeunes pour la vaccination. Pour marquer les esprits, Mnookin raconte la mort d’un nouveau-né qui avait contracté la coqueluche auprès d’un enfant non vacciné en Louisiane. L’État de Californie a connu en 2010 « sa pire épidémie de coqueluche depuis cinquante ans », relève Konner. On estime qu’elle a tué dix bébés.

Les autorités sanitaires et médicales ont certainement leur part de responsabilité dans le scepticisme ambiant (2). Mais Mnookin s’intéresse surtout aux vecteurs sociaux et cognitifs des croyances autour de la vaccination. Tout commence selon lui en 1982, avec la diffusion à la télévision américaine d’un documentaire sur les effets supposés du vaccin DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite). La tendance « anti-vaccin » ne cessera dès lors de se développer ; à partir de la fin des années 1990, Internet ne fera que l’amplifier. « Une cohorte d’“épidémiologistes amateurs” inonda le Web de blogs à la valeur scientifique douteuse », rapporte McWilliams. Ne manquait qu’une caution scientifique crédible, que les opposants à la vaccination trouvèrent en 1998 en la personne du gastro-entérologue Andrew Wakefield, auteur d’une étude publiée dans The Lancet qui établissait un lien entre l’autisme et le vaccin ROR, étude par la suite complètement disqualifiée [lire « Les impostures de la recherche médicale », Books, no 20, mars 2011, p. 80-85]. Wakefield est aujourd’hui interdit d’exercice en Grande-Bretagne, mais conserve un statut de « gourou » auprès de certains parents d’enfants autistes. « Mnookin ne jette pas la pierre à ces familles qui cherchent des réponses sur Internet, dans des conférences ou entre eux, mais il enrage contre ceux qui, comme Wakefield, tentent de profiter de leur détresse », précise le Dr Anna B. Reisman sur Slate.com. Tout comme il s’offusque de voir les talk-shows les plus populaires des États-Unis dérouler le tapis rouge devant les célébrités en croisade contre la vaccination (au premier rang desquelles l’ex-playmate Jenny McCarthy, mère d’un garçon autiste), qui rendent inaudibles les discours contradictoires comme le sien.

Washington – L’espace comme vous ne l’avez jamais vu

Imaginez « la brume bleu cuivré d’un coucher de soleil sur Mars » ou « la surface d’Europa [le satellite de Jupiter] pareille au crâne d’un vieil homme, presque transparente, laissant entrevoir les veines sous la chair fine, ses écorces et arêtes comme autant de reliques d’une puissance évanouie »… Telles sont les descriptions exaltées et poétiques du critique d’art du New York Times, Edward Rothstein, sur les photographies prises par… des sondes. Ces images de corps célestes exposées à Washington – qui furent d’abord réunies dans le livre À l’infini. L’Univers en images, paru aux Éditions de La Martinière – ont beau avoir été captées sans intervention directe de l’homme, elles relèvent de la création. Car c’est un homme, le photographe, réalisateur et écrivain Michael Benson, qui a recomposé les couleurs de ces astres à partir des multiples données transmises par les machines. Des images fascinantes, dont certaines « apparaissent presque comme des abstractions ».
 

« Beyond : Visions of Our Solar System » (« Au-delà : visions de notre système solaire »), National Air and Space Museum, jusqu’au 2 mai. www.nasm.si.edu

Descartes irrationnel

James Miller a passé en revue la vie de douze illustres philosophes dont il jauge la doctrine à l’aune d’une existence qui, dans bien des cas, ne fut pas sage… Un exemple a particulièrement frappé le New York Times : celui de René Descartes. À en croire Miller, c’est en réaction à « une série de visions terrifiantes et on ne peut plus irrationnelles qui l’auraient ébranlé en 1619 » que celui-ci a mis au point sa fameuse méthode fondée sur la raison.
 

Le génocide dans la peau

Plus qu’un événement éditorial, la publication des Petits-Enfants est un événement politique : la sortie de ce livre témoigne de l’évolution considérable du rapport de la société turque à son histoire. Et montre l’échec des efforts déployés par l’État turc pendant près d’un siècle pour étouffer, faire disparaître toute trace du crime et nier le génocide dont furent victimes les Arméniens pendant la Première Guerre mondiale. Vingt-quatre Turcs qui ont osé briser le tabou de leurs origines y racontent le secret de leur famille, transmis jusque-là à mots couverts de génération en génération : l’un de leurs grands-parents, leur grand-mère très souvent (car les garçons et les hommes ont été plus systématiquement éliminés), était arménien. Rescapées du massacre, sauvées par des voisins ou mariées de force, ces femmes furent converties à l’islam et devinrent officiellement turques et musulmanes, au prix du silence sur leurs origines.

Ces témoignages, bouleversants, racontent la violence du moment de la révélation, le vertige d’une identité qui vacille. C’est comme si « on m’avait volé une partie de ma vie », explique ainsi Deniz. Ces histoires disent aussi la crainte, toujours présente. Pour Emre Akoz, qui commente l’ouvrage dans le quotidien Sabah, « le point commun à tous ces petits-enfants, c’est qu’ils ressentent encore la peur et la menace. Très peu d’entre eux peuvent parler ouvertement de la réalité ». Tous, sauf deux, ont témoigné sous couvert d’anonymat. Pour les Turcs qui se sentent concernés par le génocide, découvrir que des milliers de leurs concitoyens, une voisine, un professeur, un mari parfois, ne peuvent dévoiler leur histoire fut un véritable choc. « Ces descendants éprouvent un sentiment d’insécurité totale, s’émeut Necmiye Alpay dans les colonnes de Radikal. Quelle honte pour notre société ! »

En attendant, rappelle Sibel Özbudun de la revue Ivme, Les Petits-Enfants permettent aux Turcs d’aujourd’hui de comprendre que « ceux qui furent déportés ou tués n’étaient pas “trois cents, six cent mille ou un million”, ils n’étaient pas des chiffres mais des êtres humains ».

Les témoignages ont été recueillis à travers toute la Turquie par deux femmes, l’universitaire Ay¸se Gül Altinay et Fethiye Çetin, l’avocate de Hrant Dink – le journaliste arménien assassiné à Istanbul en 2007. C’est elle qui a ouvert la voie à ce travail de mémoire. En 2006 déjà, elle avait publié Le Livre de ma grand-mère (Éditions de l’Aube), où elle dévoilait le secret que son aïeule lui avait confié avant de mourir. Depuis, la Turquie a commencé de briser le tabou du génocide.

Le cancer est l’avenir de l’homme

Le cancer est aussi vieux que l’humanité. C’est néanmoins « la maladie moderne par excellence ». Tel est le constat de l’oncologue Siddhartha Mukherjee dans The Emperor of All Maladies. Il y montre comment le cancer, préoccupation longtemps secondaire, est devenu l’ennemi à abattre dans la seconde moitié du XXe siècle. Car si, dans les années 1970, Richard Nixon lui déclara une « guerre » censée faire oublier celle du Vietnam, l’humanité avait auparavant d’autres priorités : la peste, le choléra, la fièvre jaune ou encore la tuberculose. « L’augmentation de la mortalité liée au cancer est, en un sens, une très bonne nouvelle, en conclut le New Yorker. Avec l’allongement de la durée de vie et l’éradication de nombreuses maladies contagieuses, nous sommes plus susceptibles de contracter des pathologies qui ne se développent qu’à partir d’un certain âge. » Ainsi estime-t-on qu’un homme américain sur deux souffrira d’un cancer au cours de sa vie.

Bestseller du passé : L’adolescent, naissance d’une figure

« Lors de sa publication en 1951, le roman est resté trente semaines sur la liste des bestsellers du New York Times », rappelle Richard Lea dans les colonnes du Guardian. Pour le quotidien londonien, L’Attrape-Cœurs, de J.D. Salinger, sut en effet « porter la voix de toute une génération de jeunes gens aussi doués que rebelles. Ce faisant, l’ouvrage est devenu une sorte de mythe fondateur pour cette nouvelle figure culturelle qui allait émerger dans les sociétés occidentales : l’adolescent ». En soixante ans, le livre se serait vendu à plus de 65 millions d’exemplaires. Auxquels s’ajoutent chaque année 200 000 volumes supplémentaires pour les seuls États-Unis, rappelle Kenneth Slawenski dans la récente biographie qu’il consacre à l’écrivain américain décédé en 2010, J.D. Salinger. A Life (Random House, 2011).

Trop sexy pour un classique

Éloge des femmes mûres est désormais un « classique moderne » chez Penguin. Bientôt dans la Pléiade ? Belle revanche pour un livre refusé par tous les éditeurs anglo-saxons au début des années 1960. Un agent londonien écrivit à l’auteur qu’il ne voulait pas risquer sa réputation. Cosmopolitan refusa d’en publier des bonnes feuilles : « Trop sexy pour nous. » Stephen Vizinczey l’a finalement publié à compte d’auteur à Toronto, en 1965. Il a été et continue d’être superbement ignoré par la critique, écrit l’auteur dans la Literary Review. Il raconte que le responsable des pages « livres » du Pittsburg Post Gazette, ayant reçu l’ouvrage, écrivit à son patron : « J’ai jeté mon exemplaire dans la corbeille à papiers. J’espère que M. Vizinczey sera assassiné avant de pouvoir écrire un autre livre. » Il fallut attendre 2001 pour qu’un éditeur français (les Éditions du Rocher) accepte de le publier.

Allemagne – Le ministère des Affaires nazies

Tout a commencé par l’indignation d’une vieille dame. En 2003, Marga Henseler, découvre dans le journal interne du ministère des Affaires étrangères allemand, où elle a longtemps officié comme traductrice, la nécrologie d’un certain Franz Nüsslein, criminel de guerre notoire. Choquée qu’on honore sa mémoire, elle en réfère au ministre de l’époque, Joschka Fischer, qui décide que les anciens membres du parti nazi n’auront désormais plus droit à une notice nécrologique dans le journal interne. Cette initiative d’un homme qui n’est pas du sérail suscite aussitôt la grogne d’un certain nombre de diplomates : ils dénoncent la « présomptueuse outrecuidance » de Fischer. Lequel contre-attaque en nommant une commission d’historiens reconnus, chargée de faire toute la lumière sur les relations du ministère avec le nazisme. Après des années de travail, le groupe a remis son rapport en octobre 2010. Le résultat ? Un bestseller inattendu, qui accable le corps diplomatique allemand.

Paru sous le titre « Les Affaires étrangères et leur passé », le rapport, qui s’était vendu fin janvier à près de 70 000 exemplaires, met définitivement fin à la légende entretenue pendant des décennies, faisant du ministère un lieu de résistance au nazisme. Sa mise au pas fut en fait passablement volontaire, facilitée par les affinités réelles de l’administration avec l’idéologie nationaliste et antisémite du régime. « Il n’y a pas eu d’opposition de fond sur la politique antijuive. Les débats portaient plutôt sur la perception que l’étranger aurait de cette politique. Même chose quand il s’est agi de déchoir de leur nationalité des Allemands mondialement connus comme Albert Einstein ou Thomas Mann. Ceux qui se prononcèrent contre la mesure ne le firent pas pour des raisons de principe, mais par souci de l’image de l’Allemagne à l’étranger », explique Eckart Conze, l’un des principaux auteurs du rapport, dans un entretien au Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il précise : « On peut supposer que peu de fonctionnaires du ministère étaient vraiment au courant de la machine d’extermination technico-industrielle, des chambres à gaz et des fours crématoires. Mais les groupes d’extermination de la SS commettaient contre les Juifs d’Europe centrale des massacres de masse, et tout le monde, jusqu’au simple comptable, le savait. » De nombreux diplomates prirent même une part active dans la déportation de Juifs, notamment en Slovaquie, en Grèce et en Bulgarie.

La partie la plus explosive de l’ouvrage concerne les années, moins étudiées, de l’après-guerre : le corps diplomatique fit alors tout pour protéger ses membres compromis. « L’activité du “service de protection juridique central” des Affaires étrangères, dirigé par un ancien procureur nazi, Hans Gawlik, semble aujourd’hui particulièrement scandaleuse. Ce service était censé assurer une protection juridique aux Allemands à l’étranger. Dans les faits, il mit sur pied un système d’alarme qui, avec l’aide de la Croix-Rouge, signalait aux criminels de guerre les pays dans lesquels ils étaient recherchés et menacés d’emprisonnement », rapporte Alexander Cammann dans le Zeit. Les rares diplomates qui osèrent résister au nazisme, quand ils ne furent pas pris et exécutés, virent leur carrière brisée après 1945. L’un d’eux, Fritz Kolb, qui avait refusé d’adhérer au parti et livré, de 1943 à 1945, des documents confidentiels aux services de renseignements américains à Berne, fut stigmatisé comme « traître ». Le ministère refusa, jusqu’à sa mort, de le réhabiliter.

Le melting-pot des saveurs

Comment le gombo et le poulet frit, les épices venues d’Afrique et les saveurs âcres sont-ils entrés dans le patrimoine culinaire américain ? L’historienne Jessica Harris est remontée aux origines de cette hybridation des goûts et rappelle que « les esclaves portaient en eux les souvenirs de saveurs et de techniques culinaires qui allaient transformer la façon de manger des Américains », explique le New York Times. Son livre dessine une carte des influences africaines et le processus complexe qui les amena à se diffuser du sud des États-Unis au reste du pays, au gré des migrations internes.