Un inédit de Graham Greene

Le chercheur français François Gallix a découvert La Chaise vide par hasard, en travaillant sur les archives de Greene, à l’université d’Austin, au Texas. En déchiffrant la minuscule écriture de l’auteur, Gallix exhume un roman policier parfaitement classique, avec manoir à la campagne, cadavre, couteau couvert de sang et riches suspects. Écrit par Greene à l’âge de 22 ans, peu avant sa conversion au catholicisme et sa décision de devenir écrivain, le manuscrit a déjà les qualités qui feront de son auteur l’un des plus célèbres romanciers de son temps. « C’est le travail d’un auteur mature », affirme Andrew Gulli, directeur de The Strand Magazine, le mensuel britannique qui a publié en avant-première les cinq chapitres du roman. Car, et c’est le seul bémol, le manuscrit est resté inachevé. The Strand a lancé un concours d’écriture pour finir l’histoire. Les lecteurs français devront patienter encore pour connaître le nom de l’assassin.

Daniel Mendelsohn, le cerbère de la culture

« À ceux qui pensent qu’un professeur de lettres classiques ayant enseigné à Princeton ne peut pas juger la culture populaire sans verser dans le snobisme et la condescendance, Daniel Mendelsohn apporte aujourd’hui un clair démenti », note James Hannaham sur Salon.com. Les articles qu’il a réunis dans Si beau et si fragile, écrits au cours des dix dernières années pour la New York Review of Books et le New Yorker, s’intéressent aussi bien à Almodóvar qu’à Harold Pinter, aux Bienveillantes de Littell (voir Books, n° 6, juin 2009) qu’à Un homme de Philip Roth.

Pour Mendelsohn, « le critique est celui qui a pour responsabilité de distinguer l’œuvre de qualité du produit marketing », résume Jessica Loudis dans la revue The Brooklyn Rail. Tel « Cerbère », Mendelsohn défend les portes de la culture « contre les assauts de la mièvrerie et du mélodrame ».
 

Les favelas de la ville merveilleuse

Selon Marcel Mauss, l’élément qui définit un groupe d’hommes n’est pas sa religion, ni ses techniques, mais son droit. Entendu comme « moyen d’organiser le système d’attentes collectives, de faire respecter les individus, leurs valeurs, leurs regroupements, leur hiérarchie », le droit apparaît comme un espace dont l’accès exige la reconnaissance de valeurs et d’obligations qui peuvent servir de références communes pour un certain ordre donné. Si, comme l’affirmait Mauss, le droit est l’élément essentiel qui définit un groupe social, c’est dire que ce dernier ne peut s’en départir qu’en se reniant lui-même.

C’est de cette conception du droit que s’inspire l’analyse réalisée par le juriste et historien Rafael Soares Gonçalves dans Les favelas de Rio de Janeiro – histoire et droit, XIXe et XXe siècles, où il s’attache à montrer comment s’est construit symboliquement et juridiquement le concept de « favela ». Par le biais d’une analyse originale qui se situe au carrefour de l’anthropologie du droit et de l’histoire politique, l’auteur examine également le rapport qui a tendu à s’établir entre l’évolution conceptuelle de la favela et les luttes bouleversantes pour l’institution et l’élargissement de la démocratie au Brésil. L’objectif principal de cet ouvrage est de montrer que depuis le XIXe siècle, la construction juridique de la favela s’est faite à travers l’exclusion progressive de ses habitants du champ du droit.

Conçue dans sa dimension sociale et géographique comme un espace marginal et dans sa dimension juridique comme un espace illégal, cette catégorie socio-spatiale nommée favela a été utilisée pour interdire, encourager ou autoriser certaines conduites dans l’espace urbain. Parmi les facteurs qui ont contribué à cloîtrer une certaine partie de la population des grandes métropoles du Sud du Brésil, on retiendra en particulier « la forte concentration des terres agricoles, la mécanisation des travaux des champs et l’industrialisation accélérée », ainsi que « les périodes cycliques des sécheresses ». De fait, tous ces facteurs ont contribué à l’exode rural, phénomène qui a joué, selon l’auteur, « le rôle majeur dans la configuration urbaine du pays » (p. 15). On apprend aussi que l’abolition de l’esclavage, en 1888, par la Loi Aurea, n’a pas donné lieu immédiatement à un accès universel à la justice. Si la régularisation foncière fut pendant longtemps hors de portée des plus démunis vivant dans les favelas, c’est principalement parce que l’accès à la justice fut un privilège réservé aux milieux les plus aisés de la population urbaine. Pour ces exclus, victimes en outre de la lourdeur bureaucratique, de l’escroquerie des avocats et du populisme des gouvernements, les litiges fonciers se sont alors accumulés au point de devenir tout simplement insolubles. À ce défaut d’accès au droit à la justice se sont ajoutées l’absence d’une politique de logement, la défaillance du réseau de transport et la précarité du marché du travail, autant de facteurs qui ont provoqué l’apparition puis l’accentuation d’une nouvelle forme d’exclusion sociale urbaine.

Après les nombreuses tentatives d’élimination des baraques éparpillées sur les collines de Rio qui ont eu cours depuis la moitié du XIXe siècle, ce n’est qu’en 1937 que le terme favela fait officiellement son apparition dans un texte juridique. Dans le Code de la Construction, la favela figure ainsi comme objet d’interdiction. L’auteur insiste sur l’effet paradoxal de ce traitement par le droit : si l’illégalité de la favela a été entérinée, cette dernière a néanmoins été reconnue comme catégorie juridique dans l’espace urbain et politique de la ville (p. 83). En s’appuyant sur les journaux de l’époque, Soares Gonçalves montre ensuite que les favelados ont été très tôt assimilés à l’occupation illégale de l’espace urbain et qu’ils ont été identifiés au banditisme, au vice et à l’avilissement. Plus qu’un repère géographique, le Morro da Favela a ainsi fini par devenir le symbole par excellence de la marginalité dans la cosmologie urbaine carioca. Pour l’auteur, cet amalgame a grandement contribué à asseoir la légitimité des mesures visant à éradiquer les logements précaires.

S’il faut attendre le gouvernement de Pedro Ernesto pour que les favelados entrevoient, sous l’égide ambiguë d’un certain populisme, l’obtention d’un « droit à la ville », ce n’est que sous l’Estado Novo de Getúlio Vargas que cette couche de la population carioca a commencé à jouir des avantages prévus par les lois sociales. Mais si le régime de Vargas a entamé la construction des Parcs Prolétaires, censés abriter les 300 000 favelados de Rio, en réalité, seulement 4 000 de ces favelados ont pu être relogés. Provisoires, les Parcs Prolétaires avaient pour objectifs prioritaires de permettre l’éducation et la « réhabilitation » du favelado, et ce, « en l’intégrant à la société comme élément utile et productif » (p. 97). Avant d’octroyer le droit à la propriété à la population marginale des favelas, il importait ainsi dans un premier temps, comme aimait à le répéter Henrique Dodsworth, le maire de l’époque, de façonner le « nouveau travailleur » y habitant et le sauver de la « promiscuité macabre de la favela » (p. 97). Pour ce faire, les autorités en place ont eu recours notamment à la diffusion quotidienne par haut-parleurs de longues homélies et aux couvre-feux nocturnes imposés après 22 heures. Le contrôle des autorités se traduisait également par des contraintes d’urbanité et de civilité (le silence dans les espaces communs, la convivialité, la cordialité, l’entretien de la maison et des aires communes), par une soi-disant régularisation des mœurs et des rapports familiaux des résidents (la légalisation du mariage, l’éducation des enfants), ainsi que par l’obligation pour les habitants des Parcs de participer aux fêtes civiques.

La chute de Vargas et l’affiliation de nombreux résidents des Parcs Prolétaires au Parti Communiste ont permis de porter à nu la nature autoritaire de la politique de logement sous l’Estado Novo. Le processus de démocratisation amorcé après 1945 a aussi favorisé l’élargissement d’actions collectives plus consolidées à l’intérieur même des favelas. De nombreuses associations de favelados commencent alors à faire leur apparition sur la scène publique. Elles réclament l’installation des services de base, comme l’électricité, l’eau et les égouts. En dépit de cette avancée démocratique, l’élimination des favelas demeurait néanmoins le principal « défi de Rio ». Dans l’opinion publique, le mépris à leur égard était manifeste : la favela était désignée comme « la plaie de l’esthétique » de la Ville Merveilleuse, la menace écologique qui avançait sur la fôret Atlantique, le lieu des marginaux ou encore comme le « nid de communistes ». C’est dans ce contexte que Mgr. Hélder Câmara entreprit la « Croisade Saint Sébastien », un projet visant officiellement à reloger les favelados dans des immeubles construits à côté des favelas, mais plus implicitement à endiguer l’expansion communiste dans les milieux les plus démunis de la société brésilienne. L’auteur rappelle ainsi que, tout au long de cette période, la favela n’a eu de cesse d’être représentée, aussi bien dans les discours de l’État et de l’Église que dans l’opinion publique, comme le problème par excellence de Rio. Et il note, à juste titre, que la collaboration de ses résidents ne se présenta à aucun moment comme partie de la solution.

Soares Gonçalves s’attache en outre à montrer que la marginalisation de ces espaces a grandement contribué aux pratiques clientélistes. De façon presque systématique, le Conseil Municipal de Rio aurait tiré avantage de son autorité auprès du pouvoir exécutif, en faveur du « client favelado », afin de sauvegarder ses « fiefs électoraux » (p. 122). Le clientélisme aurait ainsi permis la pénétration de l’État dans les favelas, tout en freinant à long terme leur intégration sociale et urbaine. Si l’interdiction des favelas a permis de reconnaître leur existence, elle a dans le même temps donné lieu à une « permissivité sélective » où la tolérance des favelados était en un sens conditionnée à leur exclusion de l’espace urbain.

À partir de la fin des années 1970, moment où le Brésil entamait le processus de transition vers la démocratie, les autorités s’efforcèrent de mettre en place des projets d’aménagement et de légalisation des favelas plutôt que de chercher à les éradiquer à tout prix. Mais comme le remarque l’auteur, les démarches administratives et judiciaires complexes ont néanmoins rendu leur régularisation impossible.

Bien qu’elle ne contienne aucune référence explicite aux favelas, la huitième Constitution promulguée en 1988 (cent ans après l’abolition de l’esclavage) a établi de façon inédite que les politiques de construction de logements, d’amélioration et d’assainissement du parc immobilier existant, ainsi que les politiques publiques contre l’exclusion faisaient partie des responsabilités des différentes entités fédératives (p. 216).

Plus récemment, dans les années 1990, le Programme Favela-Bairro (favela-quartier), conçu par la mairie de Rio, a enfin reconnu la favela comme partie intégrante de la ville. La mairie a ainsi entamé des travaux d’aménagement sur le tracé urbanistique déjà existant. Ce faisant, elle a du même coup introduit dans les favelas des éléments caractéristiques de la « ville formelle ». Cependant, comme le note Soares Gonçalves, « légaliser l’illégal requiert l’introduction de stratégies juridico-politiques innovantes » (p. 226) Or, ces stratégies furent absentes de ces premiers projets d’aménagement. Ce n’est, en effet, qu’en 2001 que voit le jour la première loi concernant le Statut de la Ville, inspirée du débat international initié à Istanbul lors du deuxième forum mondial des villes.

Actuellement, les journaux cariocas annoncent l’extension du projet d’urbanisation du maire Eduardo Paes. Malgré tous les efforts des autorités de Rio, le scénario ne semble cependant pas changer véritablement pour les favelados qui vivent sous les bras ouverts du Christ Rédempteur. Tandis que le nouvel ordre juridique a consolidé la politique de réhabilitation des favelas, il n’a néanmoins pas mené à terme la régularisation de leur statut foncier. En outre, la stigmatisation territoriale pèse toujours sur la favela : comme le note l’auteur, elle continue d’être soumise à une « uniformisation simplificatrice de la représentation juridique, et ceci en dépit des particularités inhérentes à la multiplicité des statuts juridiques fonciers existants entre les favelas, voire à l’intérieur d’une même favela » (p. 278).

Les lecteurs de Les Favelas de Rio de Janeiro peuvent être sûrs, en somme, d’avoir entre leurs mains un travail historiographique d’une valeur incalculable. Grâce à une excellente connaissance bibliographique et documentaire, Rafael Soares Gonçalves réussit à mettre en lumière les enjeux politiques sous-jacents à la problématique de la favela tout en présentant et en analysant avec soin la myriade de décrets et de lois qui l’ont pris pour objet. À travers une analyse très fine et à maints égards originale, l’auteur parvient à faire la lumière sur la construction juridique d’une catégorie sociale qui a accompagné et sans doute aussi contribué à la compression d’un espace assigné à une population marginalisée de la Ville Merveilleuse.

La morale d’Hollywood

À quelle condition une vie est-elle réussie?? Stanley Cavell, philosophe spécialiste d’esthétique, affronte à son tour ce vieux problème dans un livre où la tradition philosophique dialogue avec l’histoire du cinéma. Écartant les réponses proposées par Kant et l’utilitarisme classique, Cavell opte pour le « perfectionnisme moral », conception dérivée de la morale aristotélicienne, qui voit dans l’amitié et le développement de nos facultés deux conditions nécessaires d’une vie accomplie. Il en retrouve des échos dans certaines productions hollywoodiennes des années 1930 et 1940, comme Indiscrétions, New York-Miami, ou L’Extravagant Mr. Deeds.

Pour Cavell, commente le Houston Chronicle, « ces films mettent en scène les choix moraux cruciaux des personnages, qui sont aussi les nôtres : “Comment doivent-ils vivre leur vie?? Quel type de personne souhaitent-ils devenir??” ». Mais l’approche laisse le critique littéraire du quotidien texan quelque peu perplexe : au fond, « Cavell s’efforce de donner à ces films plus de signification qu’ils n’en ont ».
 

Strindberg en toutes lettres

La correspondance d’August Strindberg forme un genre à part entière dans son œuvre, non seulement parce qu’elle compte quelque dix mille lettres (vingt-deux volumes dans l’édition suédoise?!), mais aussi parce que le génial auteur d’Inferno y « passe sans cesse d’un rôle à l’autre selon les sujets abordés et les destinataires », écrit Lars Lönnroth dans le Svenska Dagbladet. Dans ce deuxième volume traduit chez Zulma, « Strindberg peut apparaître tour à tour, parfois même simultanément, comme un amant dévoué, un critique littéraire glacial, un doux rêveur, un ami vantard et misogyne, un humble pénitent, le plus grand des génies et la pire des canailles – tout cela avec la même perspicacité et précision d’écriture ».
 

Requinquer le quatrième pouvoir

Quand une question d’actualité est un peu complexe, j’ai tendance à me contenter de passer vite sur les articles de mon quotidien préféré et à attendre l’arrivée de The Economist. Même sur les sujets français. Ce n’est pas anecdotique. Les quotidiens traversent la crise la plus grave de leur histoire – du moins si l’on fait commencer cette histoire au moment, variable selon les pays, où les meilleurs d’entre eux ont incarné l’éthique imposée en France par Beuve-Méry, quand il lança Le Monde, à la Libération. Une éthique bien résumée récemment par Daniel Vernet dans un mensuel américain : le souci de rigueur, la préférence donnée  aux faits, la méfiance à l’égard des commentaires à chaud et des opinions partisanes, la défiance à l’égard des lobbies de toute nature (1).

Avec quelques autres, j’en viens à me demander si une solution à la crise n’est pas à rechercher du côté de l’abandon de l’attachement au rythme quotidien de la presse de qualité. Nous en avons l’expérience : un jour de grève est pain béni, tant il garantit une plus grande richesse de contenu le jour suivant. Peut-être faudrait-il essayer de transformer les meilleurs quotidiens en des journaux du deuxième jour. Une parution trois fois par semaine, le mardi, le jeudi et le samedi, par exemple, inciterait les rédactions (certes réduites) à prendre un peu de recul et, de ce fait, à mieux satisfaire la demande croissante  du lectorat pour plus de pertinence et de sérieux. 

Les meilleurs « news », de leur côté, auraient  intérêt à moins céder aux sirènes d’un marketing dicté par un consumérisme bas de gamme et à chercher à suivre, même de loin, l’exemple de The Economist. Je ne suis pas spécialement attiré par  l’apologie du laisser-faire  sans cesse rebattue par cet hebdomadaire, mais il faut reconnaître que son savoir-faire, favorisé par l’anonymat des articles, produit aujourd’hui la plus forte densité d’information fiable au décimètre carré. Témoin, ces dernières semaines, le traitement de la situation en Libye. 

 

A l’heure d’Internet, la recherche de la pertinence me paraît l’atout maître, tant du point de vue économique (la diffusion de The Economist ne cesse de progresser) que pour la sauvegarde et l’approfondissement de l’idée démocratique. 

(1) France Pressed, The American Interest, mars-avril 2011. 

• Au Salon du Livre, j’organise un débat sur le thème « Que reste-t-il du quatrième pouvoir ? », lundi 31 mars à 14 heures, Grande Scène. Y participeront l’universitaire, critique et romancier Pierre Jourde, Aude Lancelin, du Nouvel Observateur, et Patrick de Saint-Exupéry, rédacteur en chef de XXI.

Pourquoi l’Amérique soutient Israël

Comment expliquer l’indéfectible soutien que l’Amérique apporte à Israël, un soutien qui traverse les gouvernements et les péripéties ? L’explication traditionnelle – la puissance du lobby juif – est bien courte. Les juifs ne sont que 6 millions aux États-Unis, et leurs inclinations les porteraient plutôt vers la gauche et le parti démocrate. Leur influence est atomisée en quelque 500 organisations, et leurs vues à l’égard de la question israélienne sont tout saufs unanimes. Non, il faut chercher ailleurs les raisons de cette allégeance : dans les étranges croyances de la droite religieuse américaine, qu’une jeune chercheuse française, Célia Belin, explore attentivement dans un livre érudit mais d’une lecture très stimulante. Il faut dire que la matière est riche.

Les chrétiens fondamentalistes, évangélistes protestants, néo-évangélistes, adventistes, et autres membres de la « majorité morale » de feu le Pasteur Jerry Falwell – c’est-à-dire tous les « bible-believing christians » – représentent un bon tiers de la population américaine ! Et dans cet ensemble disparate, on partage au moins une certitude : que la Bible est d’émanation strictement divine, et qu’elle doit être lue littéralement, « préceptes sur préceptes, règles sur règles », comme dit le prophète. Or, au sujet d’Israël, le propos biblique est sans la moindre ambiguïté : Dieu a donné aux Juifs un territoire s’étendant « du Nil jusqu’à l’Euphrate », dont Jérusalem serait la capitale éternelle ; pays « que Dieu créa en un seul jour », selon Isaïe, que Ben Gourion recréa devant l’ONU le 14 mai 1948, puis que le très pieux Harry Truman reconnut à peine 11 minutes plus tard, contre l’avis du Département d’État du reste.

 

Première conséquence : tout vrai croyant se doit d’accompagner le « projet divin ». « Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai ceux qui te maudiront » avait promis Jéhovah à Israël. Et, comme l’a fait remarquer un propagandiste du sionisme chrétien, toutes les nations qui se sont mises en travers du projet divin l’ont payé chèrement, de l’empire romain à l’URSS, en passant par une longue liste de pays musulmans particulièrement maltraités par l’histoire contemporaine. Deuxième conséquence, peut-être plus problématique encore, de cette lecture fondamentaliste de la Bible : c’est péché que de vouloir séparer le temporel du spirituel. Le devoir de l’électeur américain, c’est de porter au pouvoir des gens soucieux « d’harmoniser la terre avec le ciel » comme l’a dit Tocqueville. Jerry Falwell a exprimé les choses encore plus directement : « l’idée que la religion et la politique ne se mélangent pas a été inventée par le diable afin d’empêcher les chrétiens de diriger leur propre pays » ! De fait, tous les gouvernants américains se sont engouffrés dans cette brèche religieuse, notamment Nixon, Carter, Reagan, les Bush père et fils, et même aujourd’hui Obama. McCain avait un peu manqué le coche, et c’est pourquoi il est allé récupérer au fin fond de l’Alaska la fort dévote Sarah Palin.

Les dirigeants juifs pour leur part – notamment Begin et Nétanyahou – n’ont pas fait la fine bouche devant le support inattendu de cette droite chrétienne. Pourtant, on trouve de tout dans le bric-à-brac du sionisme chrétien : des illuminés ; des cyniques, comme les « restaurationnistes » du XIXe siècle (au nombre desquels Palmerston et Napoléon) qui souhaitaient un foyer juif au Proche-Orient pour faire pièce à l’empire turc ; des philosémites, qui rappellent que Jésus était juif, circoncis, rabbin, et « Roi des juifs » présumé. Et même des antisémites. Car pour certains millénaristes, les malheurs d’Israël sont le signe, bienvenu, que le temps des Tribulations s’achève et que la glorieuse fin des temps est proche ; et alors les juifs devront choisir entre conversion au christianisme et damnation éternelle.

Le monde fantastique du fondamentalisme américain, dopé par le 11 septembre, est aujourd’hui en pleine effervescence. La chute du communisme avait déjà réorienté la vindicte de cette droite chrétienne vers l’islam, en une alliance de deux des fils d’Abraham, judaïsme et chrétienté, contre le troisième (voir le blog « Les enfants d’Abraham en guerre »). D’où les appels à brûler le Coran, ou l’opposition à la construction d’une mosquée proche du « Ground Zero ». D’où, par choc en retour, l’émergence d’une gauche chrétienne, environnementaliste (encore une préconisation biblique !), et même « abrahamique », c’est-à-dire prônant l’unité et donc la réconciliation des trois religions du livre. Tout le pan libéral du judaïsme américain, quant à lui, fronce aussi du nez devant ce rapprochement incongru avec la droite religieuse la plus extrême. Voilà qui redistribue les cartes ! Mais comme l’écrit très finement Célia Belin : désormais, « les divisions idéologiques se décident de moins en moins entre les différentes religions et de plus en plus entre les degrés de religiosité ».

Petit papa Perón

Poupées et petites voitures ont souvent plus à voir avec l’histoire sociale, politique et culturelle qu’avec les contes de Noël. La chercheuse Daniela Pelegrinelli le démontre dans un livre de référence, qui, des débuts industriels du jouet argentin à la propagande péroniste, « interroge la relation entre les enfants et les produits qu’une société leur destine », écrit Raquel Garzón dans El Clarín. Où l’on apprend que les jeux de construction ont accompagné le mouvement d’urbanisation et de confiance dans le progrès des premières années du XXe siècle, et que c’est le régime péroniste qui a instauré la coutume des cadeaux de Noël, à la grande joie des enfants… et des industriels. La Fondation Eva Perón distribua jusqu’à trois millions de jouets à Noël, pour une population de quatre millions d’enfants ! Pour Garzón, l’ouvrage se lit autant comme une plongée dans l’histoire du pays que comme une « archéologie personnelle », où le lecteur retrouve ses propres souvenirs.

Trouvez le prochain mot manquant !

Des mots existent dans une langue et pas dans une autre. Sur une idée de Daniel Pennac et Alberto Manguel, nous entreprenons une tâche ardue et hardie : constituer le dictionnaire de ces mots manquants. Deux lecteurs nous ont signalé que nous avions le mot « orphelin » pour désigner un enfant ayant perdu ses parents (ou l’un d’eux), mais pas de mot pour désigner un parent qui a perdu un enfant. Ce mot existe-t-il dans au moins une langue ? Aidez-nous à le trouver. Vous pouvez nous écrire à

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