Schadenfreude

Schadenfreude (allemand, nom fém.) : Joie qu’on éprouve au malheur des autres. À noter la version suédoise de ce mot : Skadeglädje, que nous a signalée une lectrice, Hårda Bud.

« Ce que je reproche aux hommes politiques que j’entends justifier l’injustifiable, ce n’est pas qu’ils aient perdu tout sens du bien public, tout respect de l’intelligence commune et tout sentiment de l’honneur, non, ce que je ne peux vraiment pas leur pardonner c’est cette Schadenfreude que j’éprouve à les voir se noyer dans leur bourbeux pétrin. Ce foutu sentiment me confronte au pire de moi-même. » Daniel Pennac.

Devinez le prochain mot manquant : il désigne un groupe de gens qui se plaignent tous à la fois.

Règles du jeu


Des mots existent dans une langue et pas dans une autre. Nous entreprenons de constituer pas à pas le dictionnaire de ces mots manquants. 
Nos lecteurs sont invités à y contribuer, en nous écrivant à

Quiz

Avez-vous bien lu vos Books ?


Ce mois-ci, en complément de l’article sur Flaubert, page 62, 
quiz sur les écrivains de langue française.

1) L’un des seuls grands noms de la littérature européenne à saluer
Le Rouge et le Noir de Stendhal dès sa sortie en 1830 fut :

a – Balzac
b – Goethe
c – Byron

2) À la fin de sa vie, Mallarmé avait accepté d’être critique de théâtre pour la Revue indépendante, à la condition :
a – de ne pas être obligé d’aller voir les pièces
b – de pouvoir venir accompagné
de son chat
c – de pouvoir écrire ses comptes rendus en vers

3) Si Beckett revient s’installer à Paris en 1937, c’est notamment en raison :
a – du climat : l’Irlande est beaucoup trop pluvieuse
b – de menaces dont il fait alors l’objet de la part des nationalistes irlandais
c – d’une nouvelle dévaluation
du franc, lui garantissant
un pouvoir d’achat attrayant

Réponses dans le prochain numéro
et dans les nos 8, 9 et 16 de Books.

Réponses du quiz précédent : 1) B (lire « Arsenic et vieilles dentelles victoriennes », Books no 15), 2) A (lire « Darwin à l’école des fleurs », Books no 2), 3) A (lire : « Un bien curieux mystère », Books no 14).

Koestler 
aimait-il trop 
les femmes ?

Selon une nouvelle biographie d’Arthur Koestler, cet intellectuel hors normes n’était pas le violeur décrit par un biographe précédent, David Cesarani. Il se contentait de collectionner les femmes (il prenait des notes sur chacune d’elles). Très petit, énergique, shooté à l’alcool et à la benzédrine, il aimait la manière forte et entendait conduire le jeu. Joan Lee Thompson confie au biographe qu’il « ne tolérait aucun changement de position et n’aurait jamais admis que la femme vienne par-dessus. Une fois, je le lui ai dit : “Je veux changer. J’en ai assez d’être épinglée comme 
un papillon” ». Mais une lectrice du Times­ Literary Supplement donne un autre son de cloche : « Je me rappelle clairement le jour où Jill Craigie m’a dit avoir été violée par Koestler. C’était chez elle, il lui a cogné la tête à plusieurs reprises sur le sol en pierre et elle a craint pour sa vie. Elle cacha la chose à son mari pendant plus de quarante ans. » 

Londres
 – Les Ballets russes ressuscités

Difficile de recréer dans un musée la magie des Ballets russes, la compagnie fondée par Serge de Diaghilev qui électrisa le Paris (et l’Europe) de la Belle Époque… Il semble pourtant, à lire The Independent, que le Victoria and Albert Museum a réussi à redonner vie aux centaines de costumes, décors, partitions et autres pièces d’exception (notamment le rideau peint par Picasso pour Le Train bleu) qui ont fait son histoire. « Un authentique effort d’imagination a été déployé pour suggérer l’essence du phénomène scénique » impulsé par le célèbre imprésario.

Diaghilev bouleversa en quelques années les codes du ballet, mobilisant l’avant-garde de nombreuses disciplines : Braque et Cocteau furent de l’aventure. Mais si l’exposition rend hommage à la créativité de Diaghilev, « l’homme lui-même en est notablement absent », remarque le quotidien de Londres. On pourra mieux cerner le personnage en faisant un détour par le livre Diaghilev. A Life (Profile Books) de l’historien d’art néerlandais Sjeng Scheijen. Publié en anglais en 2009, l’ouvrage, utilisant des archives inédites, explore cette personnalité hors normes : « Il nous fait entrer dans l’intimité de Diaghilev, 
ses extravagantes sautes 
d’humeurs, ses moments de doutes et son ambition titanesque », rapporte le Wall Street Journal.


« Diaghilev and the Golden 
Age of the Ballets Russes, 1909-1929 » (« Diaghilev 
et l’âge d’or des Ballets 
russes, 1909-1929 »).

Jusqu’au 9 janvier 2011.

www.vam.ac.uk

Berlin -
 La science allemande

La revue scientifique Nature trouve l’exposition « passionnante » : un condensé de « trois cents années de science à Berlin », que ses concepteurs ont eu la bonne idée de raconter « à travers des objets ». Hommage à de grands scientifiques, comme le naturaliste Alexander von Humboldt ou l’ingénieur Werner von Siemens, l’exposition « met aussi en évidence la face sombre de son sujet » et les horreurs perpétrées à des fins scientifiques sous le régime nazi.

« La fascination exercée par l’exposition vient en grande partie de ce qu’elle replace la science dans son contexte politique et social », souligne l’article de Nature. Une démarche similaire sous-tend le livre qu’un auteur anglais vient de consacrer au « génie allemand 1 ». Plusieurs critiques ont souligné les défauts de cette ambitieuse histoire intellectuelle, épinglant notamment un recours excessif aux sources secondaires. Mais l’ouvrage a le mérite de « mettre les découvertes scientifiques au cœur de l’histoire cultu­relle » allemande, écrit l’historien Edward Timm dans The Independent.

« Weltwissen. 300 Jahre Wissenschaften in Berlin »

(« Savoir du monde. 300 ans 
de science à Berlin »).

Martin-Gropius-Bau.

Jusqu’au 9 janvier 2011. 

www.weltwissen-berlin.de

Paris
 – Monet dessinateur

Qui n’a pas entendu parler de l’exposition Monet au Grand Palais ? Programmée jusqu’au 24 janvier, elle est le grand événement culturel de l’automne parisien. Certains auront aussi noté la passe d’armes, par médias interposés, entre le président du musée d’Orsay (coproducteur de la rétrospective) et le directeur du musée Marmottan, qui présente au même moment une exposition concurrente – ou complémentaire, selon les points de vue.

Au-delà de la querelle, on relèvera que Marmottan montre un aspect relativement méconnu du travail de Monet : ses dessins (avec une trentaine de pièces parmi les 140 œuvres présentées), auxquels une exposition anglaise avait été consacrée en 2007. L’historien d’art Robert L. Herbert avait alors chaudement recommandé, dans les pages de la New York Review of Books, le catalogue éponyme The Unknown Monet. Pastels and Drawings (« Monet inconnu. Pastels et dessins », Yale University Press). L’ouvrage cite des passages du Journal jusqu’alors inédit du comte Théophile Beguin Billecocq, un ami de la famille Monet.

Ses écrits montrent que le peintre était issu d’une famille moins béotienne qu’il ne le laissait croire, et dessinait davantage qu’il ne voulait bien le dire : « Pour nourrir le mythe de son indépendance, explique Herbert, Monet a non seulement effacé le caractère cultivé de sa famille, mais aussi nié le travail en atelier – il disait que la nature était son seul atelier – et minimisé l’importance que le dessin avait pour lui, de peur de laisser supposer que son art “spontané” était en fait minutieusement préparé. »


« Claude Monet, son musée ».

Jusqu’au 20 février 2011. 

www.marmottan.com

Paris – D’encre et d’exil. Trajectoires russes

Rapport à la langue, à la mémoire, à l’autre… L’exil est à la fois fécond et problématique pour l’écrivain. Beaubourg propose de l’explorer à travers des lectures, films et spectacles consacrés à des écrivains russes émigrés, d’hier (Marina Tsvétaïéva, Alexandre Soljenitsyne…) et d’aujourd’hui (Mikhaïl Chichkine, Léonid Guirchovitch…).

Du 26 au 28 novembre. 

www.bpi.fr

Dunkerque,
 Metz, Marseille…
 – Les Belles Étrangères

Quinze jours, quarante villes, douze auteurs et un pays à l’honneur : la Colombie. Les Belles Étrangères posent leur regard sur l’un des pays les plus complexes d’Amérique latine, en invitant plusieurs de ses meilleurs auteurs à sillonner la France et la Belgique. Parmi eux, Héctor Abad, qui publie chez Gallimard L’oubli que nous serons (lire notre article « Epitaphe pour un père défunt »).


Du 8 au 20 novembre. 

www.belles-etrangeres.culture.fr

Caen – 
Les Boréales

Cap au nord avec ce festival dédié aux cultures des pays baltes et scandinaves, sous toutes leurs formes. En littérature, la tête d’affiche est cette année Sofi Oksanen, l’auteure finnoise du remarqué Purge (Stock, 2010). Elle participera à une rencontre-lecture le 14 novembre, à 14 h 30, à l’auditorium du musée des Beaux-Arts.


Du 11 au 27 novembre. 

www.crlbn.fr/les-boreales

L’empreinte écologique du siècle

L’impact des activités humaines sur la nature n’a cessé d’être marginal que très récemment. « Nous avons consommé dix fois plus d’énergie au XXe siècle qu’au cours des mille ans qui ont précédé », rappelle ainsi Dick Teresi dans le New York Times, à propos du livre que John McNeill consacre au phénomène. L’historien passe au crible le siècle qui s’est écoulé entre 1890 et 1990, au cours duquel la population urbaine, la consommation d’énergie et la production industrielle ont été respectivement multipliées par 13, 16 et 40.

« La race humaine, sans en avoir aucunement l’intention, a entrepris une expérience gigantesque et non contrôlée, dont l’objet est la Terre », écrit-il. En s’appuyant sur un grand nombre de travaux récents, McNeill dresse le bilan inquiétant de cette aventure inédite, sans jamais céder au sentimentalisme dont sont parfois empreints les ouvrages de ce genre. Teresi salue un essai « original, abondamment documenté et écrit avec soin » dont « le message n’est pas particulièrement agréable : des ajustements difficiles nous attendent ».