Pier Paolo Pasolini écrivait dans une lettre à Alberto Moravia que son roman Petrolio n’était « pas une proclamation […] mais le préambule à un testament ». Ce que ce poète, écrivain et réalisateur, figure phare du XXe siècle italien, ignorait alors, c’est que Petrolio serait véritablement son testament littéraire, car l’écriture de ce qu’il envisageait comme un « métaroman philologique » fut interrompue par son assassinat, en 1975. Ainsi, ce texte très expérimental – qui devait être une enquête sur les machinations politiques et financières dans l’Italie post-boom économique mais dont l’ambition était de « traverser tous les genres et tous les styles » – est resté à l’état de feuillets et de notes éparses, parfois contradictoires. Il n’a pas de « clé de lecture univoque », explique Il Libraio.
Après une première publication en 1992, une nouvelle édition a paru cette année, pour le centenaire de la naissance de Pasolini. Les différences entre les deux éditions résultent du travail minutieux d’un duo d’éditeurs composé de Maria Careri, qui avait participé à la publication précédente, et de l’écrivain Walter Siti : intégration de paragraphes raturés, ajout d’une dizaine de pages inédites, déplacement de certains fragments, développe Siti dans La Stampa. De l’avis de ce spécialiste de Pasolini, s’il avait été achevé, cet « antiroman que [Pasolini] envisageait aussi comme une révolution de la forme roman » aurait pu être « le chef-d’œuvre annoncé » tout comme un « somptueux échec ». Toujours est-il, conclut Il Libraio, que son « charme tient surtout à son caractère inachevé ». Quant au « véritable intérêt » de cette nouvelle édition, il tient à la longue postface de Walter Siti, lit-on dans Linkiesta.