Même les vieux Parisiens ne le savent pas : ils ont un col. Le col de La Chapelle. Il a été décrit en 1989 dans le numéro 17 de la revue Cent cols, organe du Club des Cent-Cols, lequel regroupe des vélocipédistes ayant gravi cent cols dûment homologués. Hélas ! celui de La Chapelle n’a pas cet honneur. Il faut dire qu’il est, selon la revue, « le seul col où passe le métro aérien : on y voit passer beaucoup plus de métros que de cyclos ». En connaisseur, ayant lui-même inscrit 216 cols à son palmarès, Graham Robb a gravi le col de La Chapelle avec son épouse et a demandé au Club de bien vouloir reconnaître officiellement cet exploit. Il reçut du président cette réponse qu’il juge très française, indeed : « Ce col n’a jamais été accepté. Il ne figure pas sur une carte et n’est indiqué par aucun panneau. » Robb n’a pas renoncé pour autant : il s’est tourné vers l’IGN…
De l’avis du romancier Julian Barnes, dans la London Review of Books, Graham Robb est désormais sans conteste « notre principal interprète non universitaire de la France » (le « notre » désignant le peuple britannique). On serait tenté de dire qu’il est le meilleur interprète de l’idiosyncrasie française (ceci pour contourner le mot « identité ») – toutes catégories confondues. Auteur de livres sur Hugo, Balzac, Rimbaud ou encore Baudelaire, il a publié en 2008 une mémorable enquête sur la « France profonde », hélas non traduite en français (1).
Il s’attaque cette fois au Paris profond, d’une manière latérale qui n’appartient qu’à lui. Le plus souvent, il s’empare d’un personnage, à une époque donnée, et brode une tapisserie. Cela commence par un petit voyage en bateau d’Auxerre à la capitale, en novembre 1787. À bord, des soldats, des marchands, des musiciens ambulants, des moines, des paysans, des nourrices et un petit lieutenant mal engoncé dans ses bottes, dont on découvre à la fin qu’il s’agit de Napoléon Bonaparte, lequel se fait dépuceler par une jeune prostituée rencontrée au Palais-Royal. On y retrouve Haussmann et Pompidou, mais aussi Peuchet, le premier archiviste de Paris, ou encore Charles-Henri Guillaumot, qui utilisa les carrières romaines de la rue d’Enfer, en 1774, récemment découvertes, pour déposer les ossements accumulés dans le cimetière des Innocents. Il raconte la promenade éclair de Hitler dans l’aube parisienne, du point de vue du sculpteur Arno Breker, qui avait choisi les monuments à visiter. Et le faux attentat mis en scène par Mitterrand contre sa personne.
1| Voir « Le mythe de la France profonde », Books, n°2, février 2009.