« Je n’avais jamais entendu un produit parler. C’était comme écouter une canette de Coca décrire la façon dont elle aurait aimé être présentée. » Le produit en question ? James Patterson, écrivain. John A. Deighton, professeur à la Harvard Business School, fut tellement stupéfié le jour où il assista à une conférence du créateur de la série Alex Cross qu’il décida de lui consacrer une étude de cas. Son titre : « Marketing James Patterson ». Pour ce spécialiste, Patterson est emblématique de l’évolution du marché du livre. Car il est entré de plain-pied dans l’ère des marques, en créant une demande permanente sur son nom*.
Particularité de la « marque Patterson » : elle s’est imposée sur un large éventail de produits. Thrillers, science-fiction, romans d’amour, et mêmes livres pour adolescents, l’auteur de plus de soixante titres à ce jour s’est essayé à bien des genres. A mille lieues du cliché de l’écrivain solitaire, il s’aide de « collaborateurs », avec qui il cosigne certains ouvrages : « Paterson trouve l’intrigue, ils écrivent les phrases et il les révise inlassablement, explique Gaby Wood dans The Observer. A en croire Patterson, il a tout simplement trop d’idées pour les coucher toutes lui-même sur le papier. » Ancien dirigeant d’une agence de publicité – il a lui même financé une campagne télévisée pour son premier bestseller, en 1992 –, Patterson applique à son travail une stratégie à toute épreuve pour un résultat quasi invariable : des récits nerveux faits de cent cinquante chapitres environ, de trois pages environ chacun.
Et la littérature dans tout cela ? Ce n’est pas l’essentiel, si l’on en juge par le site de l’auteur (www.jamespatterson.com). La rubrique « Biographie » égrène des chiffres : 46 livres apparus sur la liste des bestsellers du New York Times, un record ; des livres empruntés 1,5 million de fois en douze mois dans les bibliothèques britanniques ; plus de 170 millions de livres vendus de par le monde… Seule J. K. Rowling fait mieux, avec 400 millions de Harry Potter.
* Lire à ce sujet l’article de Julia Hanna sur le site de la HBS