Les mariés d’Auschwitz

C’est en Espagne que Rudi Friemel a rencontré Marga, la mère de son enfant. Ce militant communiste allemand s’y était engagé dans les Brigades internationales. Après la victoire de Franco en 1939, arrêté et détenu en France, il accepte d’être rapatrié en Allemagne malgré les risques que cela représentait, dans l’espoir de pouvoir vivre avec Marga. Il est immédiatement envoyé à Auschwitz, tandis que Marga est acculée au travail obligatoire. C’est dans ces circonstances que Rudi demande et obtient des autorités du camp l’autorisation d’épouser Marga, qui fait le voyage en Pologne avec des membres de sa famille. Le marié portait un costume fabriqué pour l’occasion par d’autres prisonniers. Des photos ont été prises. Les jeunes mariés furent même autorisés à passer leur nuit de noce dans le bordel du camp.  Telle est l’histoire, stupéfiante mais vraie, que raconte le dernier roman de l’autrichien Erich Hackl, paru en 2002 et aujourd’hui traduit en anglais. Une histoire dont nous ne connaissons que des bribes, au travers de témoignages où faits et mythe s’enchevêtrent. Hackl, dont le livre se présente comme une série d’interviews des survivants et des morts, se garde de dissimuler la part d’incertitude de cette histoire. Comme le souligne un Tadzio Koelb enthousiaste dans le TLS, « Hackl a choisi de ne pas dissimuler les origines documentaires de son roman. Plutôt que d’écrire un récit romanesque à partir d’une enquête, il s’est entièrement donné à son sujet, enchâssant son art dans la matière documentaire. La voix du narrateur se mêle à celles de ses sources, un remarquable renoncement à l’égo de l’auteur. Et quand les témoignages se contredisent, Hack n’impose pas un ordre du romancier. The Wedding in Auschwitz raconte une histoire extraordinaire, mais c’est la manière dont elle est racontée qui en fait un livre si exceptionnel. »

Le Christ est une idole pop de Tijuana

« Pastiche des Évangiles, le nouveau roman du prometteur Luis Humberto Crosthwaite prend pour personnage principal un dénommé Jésus, narrant à la première personne la série d’événements qui l’ont mené à sa transfiguration en messie et à sa confrontation avec un peuple dont la soif nauséabonde de miracles et de sacrifices est inépuisable », rapporte le poète mexicain Julián Herbert dans Letras libres. Crosthwaite, qui s’est illustré sur la scène littéraire mexicaine avec ses Instrucciones para cruzar la frontera (« Instructions pour traverser la frontière »), adapte ici l’histoire du Christ au Mexique contemporain, à la ville-frontière Tijuana plus précisément. Loué par la critique, le livre témoigne du « génie » avec lequel l’écrivain du nord du pays élabore un langage qui « mêle le ton grave des Evangiles avec la langue des barrios de la ville-frontière ». Entre esthétique surréaliste et parodie du discours judéo-chrétien, le Jésus chicano de Crosthwaite déambule au milieu de ses apôtres, prêche les foules et ressuscite Lazare. C’est « une idole pop », commente Herbert, « un leader syndical, un membre du Parti, un homme ordinaire et banal qui décide de se présenter à l’élection pour le poste de rédempteur suprême. Et il n’est pas le seul candidat : le pays décrit ici (qui semblera familier aux lecteurs mexicains) est tombé si bas que n’importe quel arriviste peut se croire digne d’être Messie – ou président de la République ». Aparta de mí este cáliz est un roman « pour les préchrétiens et les athées, pour les traditionnalistes et les postmodernes, pour les cyniques et les paranos, pour tous ceux qui ont encore une âme ».

Lire l’article de Letras libres

Les confidences de la princesse Palatine

Elisabeth-Charlotte de Bavière, princesse Palatine, épouse du frère de
Louis XIV, le duc d’Orléans, a entretenu une longue correspondance avec
son ancienne gouvernante restée à Hanovre. Liselotte s‘y plaint de la
pompe de Versailles et de la ronde des bals, parties de chasse et
autres jeux. Sa seule véritable distraction ? Les potins. Jusqu’ici,
rien de bien original, comme le remarque Paul Michel dans le Neue
Zürcher Zeitung
. Mais c’est pour ajouter aussitôt que « la pertinence
des analyses concernant les intérêts dynastiques, les mésalliances, les
intrigues, les fragiles équilibres de pouvoir en France et en Europe,
mettent en lumière une femme douée d’une véritable intelligence
politique, bien au-delà des simples ragots. » Le témoignage de
Liselotte peut être interprété comme le point de vue allemand, pour ne
pas dire protestant,  sur la cour du Roi soleil. « Le plaisir de la
lecture vient de ce que chaque lettre alterne sujets politiques et
trivialités, telle la difficulté pour la Palatine de s’approvisionner
en saucisses de Hanovre ou la quête d’un baume spécial. Il s’agit d’un
échange épistolaire de confidente à confidente, les lettres sont donc –
chose rare s’il en est à la cour versaillaise – d’une grande
sincérité. »

Lire l’article du Neue Zürcher Zeitung

16 idées à glaner dans le numéro 9

Le combat de Jeanne d’Arc fut « largement futile », estime l’historienne britannique Juliet Barker. (lire l’article)

Simplification des faits, égotisme et militarisme sont les trois éléments clés de la politique de relations publiques suivie par Bernard Kouchner depuis la guerre du Biafra. (lire l’article)

Les tableaux impressionnistes sont devenus l’étalon-or des oligarques et de la pétrocratie internationale. (lire l’article)

Plus du quart des adultes israéliens lisent au moins un livre par mois. (lire l’article)

Freud avait été fortement impressionné par la démonstration par Robert Koch des causes bactériennes de certaines maladies. Il cherchait le même genre de certitude dans le domaine de l’esprit. (lire l’article)

« On mesure la faiblesse d’un gouvernement à sa promptitude à recourir à la manière forte », disait Disraeli. (lire l’article)

« Les différents morceaux du territoire palestinien, où les habitants ont le plus grand mal à communiquer entre eux, ressemblent désormais aux bantoustans créés en Afrique du Sud du temps de l’apartheid », dit Tzvetan Todorov. (lire l’article)

L’afflux de Latino-Américains aux États-Unis via la frontière mexicaine au cours des vingt derrières années représente la plus grande migration transfrontalière de l’histoire. (lire l’article)

L’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna) a ruiné plus d’un million de petits paysans mexicains et fait baisser les salaires des ouvriers mexicains. (lire l’article)

« Nos enfants bénéficieront d’une énergie électrique trop bon marché pour être facturée », avait prédit au milieu des années 1950 le directeur de la Commission de l’énergie atomique américaine. (lire l’article)

Dans la représentation hindoue du monde, les trois objectifs fondamentaux de l’existence humaine sont le désir amoureux, le devoir religieux et la richesse. (lire l’article)

Dans l’Inde du XVIIIe siècle, les tisserands musulmans fabriquaient non des burqas mais des cholis, blouses transparentes et décolletées, d’une merveilleuse légèreté. (lire l’article)

« Avec l’ouvrier et le patron, il y a un autre patron qui est l’acheteur. C’est celui-là le plus fort et c’est le seul qu’on doit chercher à satisfaire », écrivait Renoir à la fin du XIXe siècle. (lire l’article)

Le pavillon noir des pirates, avec la tête de mort et les os entrecroisés, signifiait : « Vous aurez la vie sauve » (à certaines conditions…). (lire l’article)

La discussion contradictoire au sein des institutions démocratiques n’amène pas les protagonistes à modérer leurs opinions mais au contraire à se radicaliser et à camper sur leurs positions, estime le juriste Cass Sunstein. (lire l’article)

État-civilisation et non État-nation, la Chine « accomplira une reclassification raciale et culturelle du monde à son image », écrit Martin Jacques, de la London School of Economics. (lire l’article)

Il faut légaliser la cocaïne !

Les Etats-Unis ont consacré plus de 500 milliards de dollars à la lutte anti-drogue au cours des trente-cinq dernières années. Sans que cet investissement ait été le moins du monde payé de retour : la cocaïne est plus abondante que jamais sur le marché, et son prix a diminué de moitié entre 1993 et 2003. Résultat : la consommation de ce qui fut longtemps la drogue de l’élite s’est « démocratisée ». Le documentariste Tom Feiling consacre son premier livre à ce sujet brûlant, en enquêtant sur les routes de la cocaïne dans les trois pays au cœur du trafic : la Colombie, le Mexique et la Jamaïque.
Dominique Streatfeild, lui-même auteur d’un livre sur la question, salue dans le Guardian  cette « enquête extrêmement documentée et passionnément argumentée ». Feiling a rencontré tous les acteurs de la chaîne, du gangster jamaïcain fournisseur des ghettos new-yorkais, au juge, en passant par la riche consommatrice américaine et les jeunes « mules » résignées. Au terme de ce voyage, il dénonce les méthodes utilisées dans la lutte anti-drogue, qu’il estime « brutales, corrompues, racistes, inefficaces ». Et accuse les artisans de cette politique, « irrationnelle et hystérique ».  Car l’essentiel est là : pour Feiling, la prohibition de la cocaïne est non seulement « inapplicable et contre-productive », mais elle justifie des stratégies dont les dommages, directs et indirects, sont considérables : ce sont les milliers d’hectares de forêt tropicale détruits par les épandages visant à détruire les cultures illicites ; c’est l’argent de la drogue qui corrompt les gouvernements d’Amérique latine et des Caraïbes ; ce sont les ghettos décimés ; ce sont les milliers de personnes incarcérées sans que cela ne change rien ; c’est la violence que génère la pénalisation de la drogue, tout comme celle de l’alcool avait fait les beaux jours de la pègre.
La conclusion de Feiling est radicale : il faut légaliser la cocaïne, en taxer et en réguler la consommation. Voilà de quoi faire « écarquiller les yeux » des lecteurs, reconnaît George Pendle dans le Financial Times. Mais lui aussi juge Feiling « remarquablement convaincant. Il démontre que, même traumatisante, une telle décision ne peut être pire que la situation actuelle ».

Lire :
L’article du Guardian
L’article du Financial Times
Et aussi un article du Telegraph

1959, l’année qui ébranla le monde ?

Les historiens aiment à souligner que les principaux bouleversements politiques, culturels et technologiques des années 1960 avaient commencé dès la décennie précédente. Mais Fred Kaplan radicalise cette thèse en soutenant que les évolutions les plus fécondes des années 1950 ont culminé en 1959. De l’invention de la pilule contraceptive à l’essor de l’improvisation dans le jazz, en passant par la mise au point des premiers circuits intégrés, il dresse le bilan des innovations qui ont marqué l’année, annonçant les bouleversements à venir. Dans le New York Times, Patricia Cohen reste dubitative devant le caractère artificiel de l’entreprise : « N’importe quelle autre année de la décennie, ou presque, aurait pu aussi bien, si ce n’est mieux, jouer le rôle d’année pivot », remarque-t-elle. « Pourquoi choisir le lancement de Lunik [sonde lunaire soviétique] comme point de départ de la course à l’espace et non la mise en orbite de Spoutnik en 1957 » ? De même, « la mise au point de la pilule contraceptive a pris des années, alors pourquoi retenir la demande d’approbation de la FDA et non les essais cliniques de 1956, couronnés de succès » ? En fin de compte, « l’histoire compacte couverte par ce livre met en lumière certains événements significatifs et mal connus » contenant en germe la révolution à venir ; mais « il importe peu qu’ils puissent tous tenir en une seule année. »

Lire l’article du New York Times

Newton hors les murs

Isaac Newton : « Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts ». La citation est jolie. On la retrouve un peu partout. Elle ouvre le beau livre Des murs entre les hommes , publié par la Documentation française. J’ai pensé lui faire un sort en rédigeant l’édito du numéro de Books sur « les nouveaux murs de la peur ». La citation est d’autant plus jolie qu’elle est inattendue. Newton était un immense génie, mais ce fils de fermier illettré est davantage connu pour avoir révolutionné la physique que la morale des peuples. Il n’était pas seulement physicien, il est vrai. Il était aussi alchimiste. En outre, il occupa plusieurs années le poste de Grand argentier de la Couronne, où, comme le révèle un livre récent, il plaida pour le remplacement de l’or par la monnaie fiduciaire. Il plaça beaucoup d’argent à titre personnel à la veille de l’éclatement d’une bulle financière, et mordit son chapeau. Malgré tout, la citation est étonnante. Aussi entrepris-je, en bon citoyen du Net, de la « googler ». Elle figure en effet dans quantité de dictionnaires de citations. Mais la source ? L’a-t-il dit, ou l’a-t-il écrit ? De fil en aiguille, je découvre que le propos est d’un autre Newton : Joseph Fort Newton, prêtre baptiste et franc-maçon de l’Iowa, auteur de livres bien sentis dans les années 1910-1920. La citation exacte serait : « Les gens se sentent seuls parce qu’ils construisent des murs au lieu de ponts ».  On ne se méfie jamais assez d’Internet. Mais si l’on sait s’en méfier, c’est tout de même bien pratique.

L’Hyper Livre de l’hyper Attali

Donc Jacques Attali vient de sortir le premier « hyper livre » français, (Robert Laffont). Il s’agit d’un livre ordinaire agrémenté par-ci par-là de petits logos, des « flashscodes », qui peuvent en principe être lus par des téléphones portables modernes et donner accès, au-delà du texte du livre, à toutes sortes « d’hyper contenus » : de la musique, des images, des vidéos, ou même des sites où l’on peut « réagir à ce chapitre » comme Attali nous y invite régulièrement.

Commençons par les mauvaises nouvelles. D’abord, ça ne marche pas. Ou du moins, ça ne marche qu’avec un petit nombre de téléphones portables : Nokia, Sony ou Samsung. Pour les autres il faut, tenez-vous bien, téléphoner au 31014 les références de chaque document, pour recevoir en retour une adresse Internet, laquelle permet enfin de télécharger ledit document.

Ensuite, cette technique, tout à fait banale au Japon et en Corée, a déjà été utilisée en France, notamment par le magazine Newzy.

Mais ne chicanons pas. Comme toujours avec Attali – rejoint ici par une quantité de figures de l’intelligentsia – c’est intéressant d’aller y voir de plus près. On tombe généralement sur une exploration concise et aiguë du présent, ou du passé proche, souvent prolongée d’une habile interrogation du futur. C’est encore une fois le cas avec cet ouvrage modestement intitulé Le Sens Des Choses.

La prévision est un art ingrat plus encore que difficile. Des armées d’économistes, d’analystes macro et micro coûtent des fortunes aux financiers de tout poil, et on a vu le ridicule du résultat. On sait désormais que le futur dépend bien plus des tours insoupçonnés du destin – les « cygnes noirs », les « outliers » – que des évolutions quantifiables. Il n’y à qu’à regarder dans sa propre vie ! La déroute des prédictions, face à la crise, en a incité beaucoup à prédire la fin des prédictions. Mais c’était là encore une fausse prédiction. La preuve.

Le secret d’Attali, et des bons esprits qui dans cet ouvrage l’entourent, c’est de triturer le présent pour en exprimer quelques germes d’avenir. Il faut y mettre beaucoup d’intelligence, d’imagination, de sensibilité. Et ça marche. On recueille en effet au fil des pages quelques aperçus qui donnent à songer : l’islam se renforcera tandis que les intégrismes et la laïcité décroîtront, la frontière travail/loisir deviendra de plus en plus poreuse, les drogues classiques (chimiques), seront remplacées, il faudra savoir se remettre en cause plusieurs fois dans le cours de sa vie, les gens joueront de plus en plus de musique, plutôt que de l’écouter passivement, et sur des instruments radicalement nouveaux etc. etc.

Au fond j’ai eu tort de brocarder d’entrée de jeu l’usine à gaz que représente cet hyperlivre. Car bien sûr, on le sait depuis McLuhan, « le médium, c’est le message ». Ici donc, voici un médium qui permet en théorie le croisement, et donc l’accroissement, des informations et des idées. L’objet d’Attali constitue par lui même une sorte de raccourci du monde dans lequel nous sommes sur le point de pénétrer, que le livre s’essaye à décrire. Ce n’est pas idiot de rêver à écarter un peu le voile du futur. Un humain averti en vaut deux.

Du Fujian à Chinatown, on vend aussi les hommes

Originaire de la province chinoise du Fujian, Cheng Chui-ping, alias
Sister Ping s’est installée dans Chinatown, à New York, au début des
années 1980. Officiellement, elle dirigeait un grand magasin ; en fait,
elle était à la tête d’un vaste réseau d’immigration clandestine,
commerce autrement plus lucratif. Sister Ping est l’un des principaux
personnages du livre remarqué que le journaliste Patrick Radden Keefe
consacre au trafic de clandestins entre la Chine et les Etats-Unis.
C’est
le naufrage spectaculaire du Golden Venture, au large des côtes
new-yorkaises, en juin 1993, qui révéla l’ampleur du phénomène. Le
cargo transportait 300 clandestins, venus pour la plupart du Fujian,
dont chacun avait versé 35 000 dollars aux passeurs (le tarif est
aujourd’hui de 70 000 dollars). Dix trouvèrent la mort avant d’avoir
atteint le rivage. Les autres furent « pour la plupart emprisonnés à la
prison d’York (Pennsylvanie), où ils restèrent trois ans, le temps que
le gouvernement réfléchisse à la façon de les considérer : comme  des
immigrants illégaux, comme des réfugiés ou quelque part entre les deux
», rappelle Alex Kotlowitz dans le Washington Post. La longue enquête
qui suivit permit de mettre en évidence le rôle de Sister Ping.
Dirigeant
d’une main de fer son réseau de « têtes de serpent » (les passeurs),
« elle avait noué à Chinatown des alliances avec des malfrats pour
couvrir ses opérations. Elle faisait affaire avec des mallettes pleines
de dollars, parfois jusqu’à 400 000 », rapporte pour sa part Andrew
Bast, qui salue également l’ouvrage dans Newsweek. Arrêtée en 2000 à
Hong Kong, Sister Ping, aujourd’hui âgée de 60 ans, purge une peine de
trente-cinq ans de prison. Mais son aura n’a pas faibli. A Chinatown,
on la considère comme « une héroïne du peuple », relève Kotlowitz.
Le
livre de Patrick Radden Keefe ne se contente pas de révéler dans une
enquête hors pair l’ampleur de ce commerce illicite. A travers
l’histoire de Sister Ping et autres trafiquants, il « fait la chronique
de la défaillance des politiques » américaines en matière
d’immigration, souligne Andrew Bast. Malgré leur réputation de terre
d’immigration, les Etats-Unis sont plus que jamais tiraillés entre
« l’instinct d’accueillir les pauvres et les faibles et la tentation de
renvoyer chez eux les nouveaux arrivants ». Le Golden Venture en est
l’emblème.

Lire :

L’article de Newsweek
L’article du Washigton Post
Et aussi : les comptes rendus du New York Times et du San Francisco Chronicle

Petite histoire de la mathématique financière

L’analyse des causes de la crise des subprimes est devenue un genre littéraire à part entière. Mais l’ouvrage de Justin Fox se distingue du lot, en retraçant l’histoire de l’« hypothèse d’efficience de marché ». Cette doctrine, à laquelle la plupart des analystes financiers de Wall Street se sont ralliés, les aurait rendus aveugles aux risques d’éclatement de la bulle immobilière.
Fox revient sur les premiers développements, en 1952, du modèle de Markowitz. Ce modèle donna une plus grande précision à la finance théorique en assimilant le concept de risque (qui désignait jusqu’alors vaguement les pertes potentielles) au concept mathématique de variance. Comme l’écrit Paul Krugman, qui recense le livre dans le New York Times, ce nouveau modèle « expliquait aux investisseurs ce qu’ils devaient faire, plutôt que de prédire ce qu’ils font effectivement ». Mais, ajoute Krugman, « au milieu des années 1960, d’autres théoriciens franchirent un pas supplémentaire en supposant que les investisseurs se comportaient, de fait, comme le modèle de Markowitz le leur recommandait ». L’élégante théorie qui en résulta supposait que le prix réel des actions était la meilleure estimation de leur valeur intrinsèque. Une hypothèse optimiste qui n’a pas survécu à la crise de 2008. Krugman recommande chaudement ce livre « indispensable pour comprendre le pétrin dans lequel nous sommes ».