Aux origines du métissage américain

Dès la découverte et la conquête du continent américain, une importante
littérature a fleuri. Ces chroniques et autres documents produits par
les premiers conquistadors eux-mêmes – dont les lettres de
Christophe Colomb à la Couronne espagnole – sont l’objet aujourd’hui
d’une étude exhaustive publiée par l’hispaniste Beatriz Pastor,
lauréate du Prix Casa de las Américas. Dans El segundo descubrimiento
(« La Seconde découverte ») l’auteur analyse les multiples visages que
prend le Nouveau monde aux yeux des Européens tout au long du XVIe
siècle. « Pendant les décennies que dure la conquête, l’image de
l’Amérique change progressivement », résume Patricio Lennard dans le
supplément littéraire du quotidien argentin Página 12. « Aux mythes européens pétris de références catholiques au paradis terrestre ou à l’obsession plus prosaïque de l’Eldorado
pays de l’or »] se substituent peu à peu de nouvelles conceptions
propres au Nouveau monde. Les textes de la fin du XVIe siècle se
concentrent ainsi sur le thème de la rencontre, violente ou pacifique,
entre indigènes et Européens ». Le poème épique d’Alonso de Ercilla, La araucana,
symbolise aux yeux de Beatriz Pastor ce processus d’intégration
progressive et la naissance de l’esthétique du métissage propre au
continent américain.

Dans les coulisses des cabinets d’avocats

Duchesne n’est pas son vrai nom. En avril 2007, ce jeune trentenaire, avocat le jour, blogeur la nuit, a commencé de raconter sur la Toile, sous ce pseudonyme, son quotidien dans un grand cabinet d’affaires de Milan et ses désillusions face au cynisme ambiant. Le nom de son blog, Studio illegale (« Cabinet illégal »), est aussi le titre de son livre, sorti début 2009 et aussitôt réimprimé en raison de son succès. « Un humour sans pitié sur le milieu des riches avocats, qui passent des marchés de capitaux aux prostituées de luxe », commente Alessandro Beretta dans Il Corriere della Sera. L’auteur lui a confié que l’ouverture de son blog avait été une échappatoire, une thérapie : « J’allais vraiment mal, je travaillais jusqu’à une heure du matin presque tous les jours, certes, pour un très bon salaire, mais je n’avais plus de vie privée, alors je me suis dit : ‘‘Maintenant, je raconte tout’’ ». Blog et livre ne font pourtant pas de révélation croustillante. Réunions interminables, pauses-café, signatures de contrats… Duchesne ne raconte rien d’autre que les joies ordinaires, les petites misères, la solitude et la névrose de l’avocat lambda. C’est en constatant l’énorme succès de son site – visité des milliers de fois par jour – qu’il a décidé d’en faire un livre. Succès qui semble tenir au simple dévoilement d’une vie professionnelle ordinaire. Comment un jeune sacrifie sa vie privée et sa vie sociale à son travail. Plus d’un lecteur semble s’être reconnu dans son histoire.

Conversation avec Caetano Veloso

« Il suffit de feuilleter quelques pages de ce recueil pour être ramené quarante ans en arrière, transporté dans un bar, discutant autour d’un verre avec Chico Buarque, Tom Jobim ou encore Caetano Veloso ». C’est en tout cas ce qu’a éprouvé Leornardo Lichote, qui commente dans O Globo le recueil d’interviews publiées entre 1969 et 1975 par le mythique hebdomadaire musical brésilien Pasquim. Des entretiens qui n’ont rien à voir avec ceux qu’accordent de nos jours les stars brésiliennes. « A l’époque, le politiquement correct n’était pas de mise, les chanteurs n’étaient pas préparés au micro. Inimaginable aujourd’hui, quand chaque réponse est calculée pour faciliter la vente d’un disque ». Les écarts sont légion, vantant le machisme et l’infériorité légendaire de la femme ou les mérites des escadrons de la mort. De son côté, le journaliste revient sans cesse sur la rémunération des artistes, « une curiosité qui révèle la perplexité face au volume d’argent que la musique pouvait générer, un phénomène récent à l’époque ». Mais l’ouvrage est avant tout une formidable histoire de la musique brésilienne, chaque artiste y révélant comment a surgi tel accord, tel style, ou pourquoi il rejette la guitare ou la flûte. La bataille entre les différents genres se manifeste de plusieurs manières, et pas seulement artistique. Lorsqu’apparaît la star de la samba, Martinho da Vila, les représentants de la musique populaire brésilienne et de la bossa nova le battent froid ; la samba était tolérée uniquement dans les bas quartiers. En bousculant les codes, le roi de la samba a provoqué l’ire de ses collègues ; réaction aujourd’hui bien oubliée.

Aux origines de la théologie de la libération

« L’un des plus poignants témoignages de l’authenticité humaine et l’un des documents littéraires les plus beaux jamais écrits au Brésil ». En 1978, le critique littéraire et penseur catholique Alceu Amoroso Lima, saluait la première édition en portugais des lettres rédigées en prison par le jeune dominicain Carlos Alberto Libânio Christo, connu sous le nom de Frei Betto. Le religieux avait été emprisonné par la dictature militaire – qui dura de 1964 à 1985 – pour avoir soutenu la lutte armée contre le régime. « Lettres et billets découpés en morceaux, sans intention d’être publiés, sortaient en cachette de la prison, avant de circuler de façon clandestine, de main en main, dans le pays et jusqu’à l’étranger. Contournant la censure brésilienne, ils étaient publiés en italien, français, suédois, espagnol, hollandais, allemand et anglais », raconte Marco Morel dans le quotidien carioca O Globo. Ces missives sont aujourd’hui rééditées avec des commentaires inédits qui n’auraient pas pu voir le jour lors de la première publication, rendue possible par une ouverture politique. Les lecteurs s’étaient alors arrachés le livre. Certaines lettres, écrites pendant une grève de la faim de trente neuf jours, frisent l’extase spirituelle. Elles montrent combien Frei Betto a « contribué à la genèse de la théologie de la libération » – doctrine apparue dans les années 1950 en Amérique latine selon laquelle la foi se doit d’être une bataille aux côtés des plus pauvres et des opprimés. Parce que de nombreux religieux s’étaient engagés dans la lutte contre la dictature, le « témoignage religieux, moral, politique et littéraire de Frei Betto a ouvert un nouveau chapitre dans l’histoire de l’Eglise et du Brésil ».

Est-ce qu’Internet pourrait sauver la presse ?

Oui, Internet a sérieusement bousculé la presse papier. Pour preuve, cet événement vécu comme hautement symbolique aux États-Unis (quoique largement ignoré dans la presse française) : le Christian Science Monitor, un journal américain plus que centenaire et formidablement respecté a décidé en novembre dernier d’abandonner le papier pour le numérique : « Nous savions que nous étions condamnés, a dit son patron. Nous savions que l’utilisation d’Internet et les préférences des lecteurs et tout ça allaient exploser le business model de la presse papier ». Mais Internet est-il vraiment pour autant l’assassin du « print », du papier ?
Car, comme dans tous les bons romans policiers, le suspect évident est rarement le coupable – ou du moins le seul coupable.
En France, où la situation de la presse papier n’est guère brillante (un éditeur suisse a publiquement parlé à propos de certains fleurons nationaux « d’acharnement thérapeutique »), on discerne facilement d’autres causes, bien franco-françaises : un système de distribution extrêmement coûteux et peu efficace, des syndicats d’un autre siècle, et des coûts de fabrication monstrueux. Tout cela a été répertorié dans le rapport de l’institut Montaigne (1), qui résume le problème : « Les entreprises de presse française sont pénalisées par des lourdeurs industrielles que leurs confrères étrangers ne connaissent pas ». Que c’est élégamment dit !
Et puis, on ne peut évidemment passer sous silence la question du « contenu » lui-même. Les éditeurs de journaux ont mis beaucoup de temps à comprendre que leurs lecteurs – surtout les jeunes, qui ne conçoivent même pas qu’Internet ait pu un jour ne pas exister – n’étaient guère intéressés par l’information en tant que telle, à laquelle ils ont un accès continu… et gratuit. Les éditeurs ont aussi mis du temps à comprendre que le mode de lecture – donc d’écriture journalistique – avait radicalement changé : en gros, fini les longs articles de spécialistes au ton sentencieux – place aux analyses courtes et percutantes de généralistes à la plume concise et alerte. Longtemps, on a prétendu séparer drastiquement les « rédactions numériques » des « rédactions  papier ». Et les rédactions numériques faisaient un peu figure de parent pauvre – comme le remarque une commentatrice de ce blog : «bien souvent les versions numériques des grands journaux du type Le Monde ou Libération sont d’une bien piètre qualité : travail hâtif, fautes d’orthographe etc. ».
Mais cette fiction du découplage des rédactions est en train d’exploser : voyez le Guardian en Angleterre, le New York Times aux États-Unis, le Handelsblad aux Pays-Bas, et tant d’autres qui ont compacté leurs équipes en une seule machine de guerre multimédia. Même Le Monde est en train d’y passer !
Et il n’est pas sûr que le lecteur y perde, bien au contraire.
Le « journalisme électronique », aussi appelé « journalisme citoyen » ne souffre d’aucun des handicaps majeurs de la presse traditionnelle : il est peu coûteux, donc libre d’allégeances financières, donc libre tout court ; fluide et parfois clandestin, il peut prendre tous les risques; grâce aux téléphones portables, il a des yeux et des oreilles bénévoles partout… Aux États-Unis, combien de scandales récents – de l’affaire Lewinsky aux propos racistes de tel ou tel sénateur – ont surgi grâce au Web. Sur celui-ci, on trouve désormais les informations et les enquêtes fouillées que la presse traditionnelle, dans son état présent de décrépitude financière, a de plus en plus de difficultés à fournir.
Voyez la France, où, sans remonter jusqu’à Balzac et ses portraits de plumitifs cyniques et véreux, la presse a toujours eu un problème de crédibilité. Le journalisme dit d’investigation, « la fierté de la presse », est en train d’y devenir l’apanage exclusif du Net. Toute une série de sites excellents – Rue 89, Bakchich.com, Médiapart, pour citer les plus fameux – ont repris numériquement le flambeau des grandes publications insolentes de jadis alors que celles-ci sont presque toutes désormais dans la main, ou sous la botte, du complexe militaro-industriel à la française.

(1)    Comment sauver la presse quotidienne d’information ? – rapport août 2008

La première campagne internationale

Lorsqu’il commença, dans les années 1870, à battre campagne pour
l’abolition de l’esclavage au Brésil, Joaquim Nabuco comprit que
l’affirmation des valeurs universelles ne suffirait pas. Il fit donc
appel à Charles Allen, le secrétaire de la Société britannique contre
l’esclavage pour qu’il mobilise la presse, notamment le Times de
Londres. Une stratégie qui se révéla payante puisqu’elle contribua à
accroître la pression internationale sur le Brésil dans les années
1880. Aujourd’hui, la correspondance entre les deux hommes est enfin
publiée. Soit cent dix lettres rassemblées dans une édition bilingue
qui témoignent des échanges passionnés entre les deux militants. En
pénétrant leur intimité, on comprend à quel point « la bataille fut
rude
», relève Rachel Bertol dans le quotidien brésilien O Globo. «
Certains pensaient que l’esclavage était un processus historique qui
disparaîtrait avec le temps. Ceux, comme Nabuco, qui défendait
l’abolition immédiate, étaient perçus comme des traîtres à la patrie.
D’où l’importance de recourir à la pression internationale ». Bien
avant le temps des pétitions planétaires et des organisations
non-gouvernementales. La stratégie réussit aussi à mobiliser l’opinion
publique brésilienne. Bertol rappelle que Joaquim Nabuco a été soutenu
« par plusieurs marques de cigares et de bières, qui imprimaient sa
photo sur leurs produits pour afficher leur adhésion à la cause
abolitionniste ». Les lettres se font émouvantes lorsqu’enfin les deux
correspondants parviennent à leur fin avec le vote de la « loi d’or »
qui abolit l’esclavage au Brésil en 1888.

Moyen-Orient : éloge de la lenteur

Et s’il était urgent d’attendre ? Telle est la question inopinée que posent en substance Hussein Agha et Robert Malley dans la New York Review of Books, à propos de plusieurs ouvrages sur la politique américaine au Moyen-Orient ; au moment précis où l’administration Obama en fait sa priorité, alors que les bombardements de Gaza ont replacé la question israélo-palestinienne au cœur de l’agenda international. Attendre ? La conclusion paraît s’imposer aux deux célèbres experts, notamment à la lecture du livre de Martin Indyk, l’un des hommes les plus influents de Washington sur le dossier. Dans Innocent Abroad, cet ancien haut responsable de l’administration Clinton, proche de la nouvelle secrétaire d’Etat, raconte de l’intérieur la fabrique de la politique américaine dans la région. « Moitié mémoires, moitié analyse politique, élégamment rédigé », ce livre riche en informations est « difficile à reposer », confient Agha et Malley. Les Américains, écrit Indyk, veulent « refaire le Moyen-Orient à leur image », au risque d’« une troublante naïveté dans leur approche, qui est partie innocence, partie ignorance, partie arrogance ».
Malgré son admiration pour la manière dont Bill Clinton s’est dévoué à la cause de la paix, l’auteur ne tait rien des défaillances d’une administration dépourvue de « la stratégie cohérente qui lui aurait permis de promouvoir ses propres idées au lieu d’être le jouet de la volonté et des caprices des différents acteurs en présence ». Mais les deux critiques ne tirent pas du passé les mêmes leçons qu’Indyk, opposition reflétant au demeurant l’ampleur du débat au plus haut niveau en cours à Washington : non, il ne suffira pas à la puissance américaine d’un peu plus de cohérence et de détermination pour réussir enfin à imposer un règlement durable. Au cours des quinze dernières années, tous les plans proposés par la première puissance mondiale ont été accueillis par la violence, la perplexité ou l’indifférence. La capacité des Etats-Unis à peser avec efficacité s’est-elle accrue dans une région totalement transformée par la mort de Yasser Arafat, le coma d’Ariel Sharon, le développement de la colonisation israélienne, la victoire électorale du Hamas, la guerre civile inter-palestinienne, l’échec d’Israël au Liban, les revers américains en Irak et en Afghanistan, l’influence croissante de l’Iran ? Dans ces conditions, plaident les deux experts, l’urgence n’est pas de réaffirmer le rôle des Etats-Unis au Moyen-Orient mais de repenser celui-ci de fond en comble en s’interrogeant sur les questions essentielles : «  le pourquoi des échecs récurrents, l’efficacité de la médiation américaine, voire la centralité de ce conflit pour les intérêts américains. Soulever ces questions pourrait produire des réponses peu orthodoxes, peu réalistes, voire pas de réponse du tout. Mais cela vaut mieux que de s’élancer bille en tête, muni de schémas préconçus. Obama pourrait faire pire que de suivre ce conseil simple : ne vous précipitez pas. Prenez le temps, respirez à fond, faites des réserves. Qui sait, des politiques nouvelles et plus efficaces pourraient être ainsi imaginées ».

Le corps, obsession universelle

Chinois aux jambes rallongées de plusieurs centimètres, Coréennes aux yeux débridés, Iraniennes au nez refait selon les standards occidentaux… Et aux États-Unis, ce premier prix d’un concours organisé par un magazine masculin : une opération de la poitrine pour la compagne du gagnant ! « L’instabilité liée au corps et la honte ne sont plus réservés à quelques femmes atteintes de troubles du comportement alimentaire », analyse Frances Wilson dans The Sunday Times en rendant compte du nouveau livre de la psychothérapeute Susie Orbach. « Un peu partout dans le monde, le corps est devenu source de souffrance et de désordre ». La responsabilité en incombe selon l’auteur à l’industrie qui vend grâce à notre malaise. Mais « pourquoi ne parvenons-nous pas à laisser vivre nos corps tels qu’ils sont ? », s’interroge Hilary Mantel dans The Guardian, plutôt déçue par sa lecture. Susie Orbach serait ici moins incisive que dans son précédent livre Fat is a feminist issue (« L’obésité est un problème féministe »). Parce que l’auteure a été consultante de Dove, une filiale Unilever qui détient la marque Slim Fast ? Pour autant, elle ne se prive pas de pointer du doigt les pouvoirs publics qui favoriseraient cette obsession du corps. En 1995, l’Organisation mondiale de la santé a ajusté sa grille de lecture de l’indice de masse corporelle qui mesure l’adéquation du poids avec la taille. Depuis, « Brad Pitt et George Bush sont en surpoids, George Clooney et Russel Crowe carrément obèses » ironise-t-elle.

Septembre rouge à New York

Les Etats-Unis ont connu un 16 septembre sanglant, en 1920. A l’heure
où les employés de Wall Street sortaient déjeuner, une bombe explosa au
milieu de la foule. Trente-huit personnes périrent et des centaines
d’autres furent blessées. Malgré des années d’enquête, les auteurs du
carnage ne furent jamais découverts. Leur cible était-elle la banque
Morgan ? Au sortir de la Première Guerre mondiale elle passait pour
l’institution financière la plus puissante du monde. Kevin Baker
rappelle dans le New York Times qu’elle avait subi plusieurs
attaques depuis qu’elle avait consenti un prêt aux alliés. Lui
reprochait-on d’avoir ainsi fait durer le conflit provoquant, en 1917,
l’intervention des Etats-Unis ? De s’être enrichie grâce à la guerre ?
L’historien Beverly Gage prend appui sur cet événement pour rappeler
d’autres faits violents. Tels l’attentat dont fut victime en 1905 le
gouverneur de l’Idaho Frank Steunenberg, qui avait « retenu des mois
durant et sans procès une centaine de mineurs grévistes dans des
prisons improvisées », ou la chasse aux sorcières, en 1919, contre les
sympathisants de gauche après une série d’explosions dont l’une
détruisit la maison du ministre de la Justice. Aujourd’hui encore,
écrit Berverly Gage, « il existe une tendance à considérer la violence
comme une anomalie, un élément étranger à l’expérience américaine,
plutôt que comme l’une des nombreuses façons dont les Américains ont
longtemps réglé leurs conflits politiques ».

Sous-entendus insidieux

L’article de Wikipedia bien qu’assez court contient nombre
d’imprécisions et d’erreurs mineures dont on va donner plusieurs
exemples mais son principal défaut est ailleurs dans le dosage des
informations et dans les sous-entendus plus ou moins insidieux qui
finissent par brosser un tableau absolument faux de l’institution.

Premier paragraphe de l’article Wikipédia :
Il commence par affirmer que la création de l’EHESS en 1947 s’est
réalisée à l’initiative de la fondation Rockefeller pour contrer la
sociologie marxiste. C’est une confusion avec la Maison des Sciences de
l’Homme (MSH) effectivement créée avec l’aide de la dite fondation non
pas pour contrer le marxisme mais en partie pour favoriser les échanges
scientifiques entre l’Est et l’Ouest. Pour sa part, la 6ème section de
l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, ancêtre de l’EHESS, a été créée à
l’initiative d’un groupe d’historiens issus de l’Ecole des Annales.
Loin d’écarter les courants marxistes des sciences sociales, elle en a
accueillis plusieurs dans la tradition de tolérance qui devrait être la
règle à l’université. On peut citer entre autres l’anthropologue
Maurice Godelier, le philosophe Cornelius Castoriadis fondateur de Socialisme et Barbarie,
l’économiste Charles Bettelheim, spécialiste de Cuba et d’autres
encore. De nombreux directeurs d’études pouvaient être rattachés à
d’autres tendances politiques tels Philippe Ariès ou avaient changé de
tendance tel François Furet. En réalité, les étiquettes politiques ne
jouent guère de rôle à l’EHESS. La perversion de la présentation de
wikipedia consiste non seulement à déformer la composition politique de
son corps professoral mais surtout à la mettre au premier plan. En
outre la fondation n’a pas eu lieu en 1947 mais en 1945.
Le paragraphe se poursuit en affirmant que l’institution allait être
l’un des centre de la réflexion sociologique des années 60 autour de
François Furet ou de Fernand Braudel … qui sont deux historiens et non
deux sociologues ! De plus, la 6ème section était principalement
consacrée à l’histoire, non à la sociologie. Elle s’est élargie aux
sciences sociales en conformité avec la doctrine de la revue des
Annales.

2ème paragraphe :
Selon Wikipédia, la VIème section de l’Ecole Pratique s’installe en
1962 dans les locaux de la Maison des Sciences de l’Homme grâce à un
financement de la fondation Ford. Ici, tout est faux. La 6ème section
puis l’EHESS ont de nombreux locaux disséminés dans Paris dès
l’origine. Un regroupement partiel s’est produit durant les années 1970
non pas dans les locaux de la MSH mais dans des locaux propres situés
au dessus de ceux de la MSH, d’où la confusion sans doute. Quant à la
fondation Ford, elle est inconnue au bataillon. Après la fondation
Rockfeller et l’anticommunisme, il s’agit seulement d’enfoncer le clou
supposé d’un lobby pro-américain.

3ème paragraphe :
En apparence neutre, il explique en deux phrases que l’EHESS «
s’émancipe » en 1975 , qu’elle est alors dotée d’un statut
universitaire et habilitée à délivrer des diplômes. Ici, après les overstatements précédents, on tombe dans l’understatement.
L’EHESS avait déjà ce statut universitaire et délivrait un diplôme
auparavant dans le cadre de l’Ecole Pratique dont elle formait une
section. Devenue indépendante, elle est transformée en grand
établissement universitaire à statut dérogatoire (comme sciences-Po,
les écoles normales, etc.) et elle a été habilitée à délivrer des
doctorats d’Etat, le plus haut diplôme universitaire.

4èmeparagraphe :
Ce paragraphe, le dernier, est beaucoup plus long. Il compte presque
autant de lignes que les trois premiers réunis, ce qui indique son
importance pour Wikipédia. Il est consacré au récit de deux journées
d’occupation de l’un des 10 sites principaux de l’EHESS par des
étudiants de toutes provenances durant les manifestations anti-CPE de
mars 2006. Cet événement mineur qui n’a laissé pratiquement aucune
trace ni dans les locaux, ni dans les travaux de recherche, ni même
dans les souvenirs de la plupart des 280 professeurs et maîtres de
conférence de l’EHESS est l’occasion d’un florilège Wikipédien : les
six termes surlignés dans ce paragraphe sont : « mouvance autonome », «
mouvement social », « anarchisme », « révolutionnaire », décroissance
», « mai 68 » . Certes, la présidente de l’EHESS de l’époque aurait dû
prendre la précaution de contrôler les entrées de ce site placé sur le
parcours d’une manifestation estudiantine comme sa collègue de l’ENS de
la rue d’Ulm l’avait fait. Mais sa négligence sans conséquence durable
ne mérite pas d’occuper la moitié de la rubrique consacrée à la
description d’une institution qui a et qui a eu pour directeurs
d’études un grand nombre de penseurs français de premier plan,
Levi-Strauss, Derrida, Le Roy Ladurie, Pierre Nora, Furet, Bourdieu,
Touraine, Philippe Ariès, Barthes, Braudel entre autres, qui a reçu les
plus grands chercheurs étrangers lors de sa conférence annuelle « Marc
Bloch » et qui a eu pour étudiants de futurs chefs d’Etats aussi
importants que celui du Brésil.

On pourrait penser à une contradiction entre les trois premiers
paragraphes et le dernier : d’abord présentée comme une petite
institution anticommuniste épaulée à plusieurs reprises par les
Américains, l’EHESS attire in fine des gauchistes post
soixante-huitards. En réalité, ce contraste est fréquent au sein des
idéologies d’ultra-droite à la fois anti-américaines et
anti-gauchistes. Elle constitue même un de leurs signes distinctifs. Il
était d’autant plus facile de profiter de l’EHESS pour insinuer une
telle idéologie que cette institution représente en quelque sorte
l’antithèse de Wikipédia. Elle défend un savoir, appuyé sur des preuves
rigoureuses, et régulé par la communauté scientifique tandis que
Wikipédia espère que la vérité sortira d’une somme de bonnes volontés
se corrigeant les unes les autres (dans le meilleur des cas), ce qui
est une autre manière de croire au libéralisme d’un marché sans
contraintes.

=> Pour comparer : lire l’article de l’encyclopédie Universalis sur l’EHESS