Touche pas à mon pote Kim Jong-il !

Le 11 juillet dernier, un mois avant l’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, l’Administration générale de la presse et des publications (AGPP) chinoise interdisait à la vente le livre de l’écrivain Ye Yonglie, La Vraie Corée du Nord, pourtant sorti sans encombres en mars 2008. « Une lettre de l’ambassadeur nord-coréen au ministère des Affaires étrangères chinois aura suffi à faire disparaître l’ouvrage des librairies et à interdire sa distribution », rapporte l’auteur lui-même dans l’hebdomadaire de Hong Kong Open Magazine. La réalité de la vie sous le régime de Kim Jong-il, un sujet tabou à Pékin ? Alors que la Chine s’apprêtait à accueillir l’un des plus grands événements internationaux, l’obligation de maintenir les meilleures relations possibles avec les pays voisins passait manifestement avant la liberté d’expression. Récit de son voyage en Corée du Nord, l’ouvrage de Ye Yonglie avait pourtant reçu un accueil enthousiaste de la part des internautes après sa publication en ligne sur les trois plus importants sites chinois : Sina.com, Sohu.com et Qq.com. Ayant suscité 800 000 clicks en seulement trois jours et près de 5 000 commentaires, le livre était jugé plutôt objectif et équilibré par les internautes chinois. « Si notre guide était intarissable sur la gratuité de toutes les choses de première nécessité en Corée du Nord (éducation, santé, logement, vêtements, etc.), raconte Ye Yonglie dans Open Magazine, il nous interdisait en revanche de prendre une quelconque photo de ce qui se cache derrière la façade officielle. Par exemple, il faut savoir que les gens ayant de la famille en Corée du Sud ou les handicapés sont interdits de séjour à Pyongyang. »

Ye Yonglie, Zhenshi De Chaoxian (« La Vraie Corée du Nord »), Maison d’édition de l’éducation de Tianjin, 2008.

Un coup de sang de Mussolini

En 1934, en pleine conquête de l’Éthiopie, paraît le roman de gare Sambadù, amore negro (« Sambadù, amour noir »), dont la couverture montre une femme blanche s’abandonnant langoureusement dans les bras vigoureux d’un Noir habillé à l’européenne. Selon plusieurs témoignages, Mussolini en fut scandalisé. Il fit saisir l’ouvrage, dont l’auteur était une romancière à succès. Ce fut le prétexte de l’instauration d’une administration chargée de la censure préventive dans l’Italie fasciste.

Guido Bonsaver, Censorship and Literature in Fascist Italy (« Censure et littérature dans l’Italie fasciste »), Toronto University Press, 2008.

Des pingouins peu catholiques

Au Pakistan, « on ne met plus de livres au ban, ou du moins ne l’a-t-on pas fait ces derniers temps. C’est un soulagement et un petit pas en avant ». Voilà ce qu’écrivait, dans la préface à son dernier livre paru le 16 septembre 2008, le commentateur politique anglo-pakistanais Tariq Ali. Mais, fin octobre, le livre attendait toujours l’autorisation du ministère pakistanais de l’Information pour être distribué à Islamabad.

Tariq Ali, The Duel. Pakistan on the Flight Path of American Power (« Le Duel. Le Pakistan sur la trajectoire de la puissance américaine »), Simon & Schuster Ltd., 2008, 304 p.

L’antisémite qui inspira Hitler

À un journaliste qui lui demandait pourquoi il avait accroché dans son bureau un portrait du magnat de l’automobile Henry Ford, Hitler répondit : « Je considère Ford comme mon inspirateur. » Avant d’écrire Mein Kampf, il avait dévoré son ouvrage Le Juif international. Ford y avait réuni des articles de presse publiés sous son nom. « Les deux livres sont très similaires dans le style et l’approche », estime l’Américain Timothy Ryback, qui a reconstitué la bibliothèque de Hitler.

Duras et la censure

La traduction en anglais des Cahiers de la guerre et autres textes, de Marguerite Duras, est l’occasion pour Edmund White, auteur d’une biographie de Jean Genet, de rappeler le rôle de l’écrivain français dans l’administration de la censure sous Vichy. Elle occupa ces fonctions de juillet 1942 à la fin de 1944, ce qui lui permit, comme elle le reconnut, de publier son premier roman, un navet (reconnut-elle aussi) intitulé Les Impudents. Le livre fut encensé par un collaborateur notoire, Ramón Fernandez, employé par la même administration.

Marguerite Duras, Wartime Writings. 1943-1949, New Press, 2008.

Les hémorroïdes de Napoléon

Wellington, le vainqueur de Waterloo, disait que la victoire s’était faite sur le fil. Le matin de la bataille, Napoléon était trop fatigué et souffrait trop de ses hémorroïdes pour pouvoir se concentrer ou monter à cheval. L’année suivante, le jeune Laennec, trop timide pour fourrer son oreille entre les seins avantageux d’une de ses patientes, avait imaginé de glisser entre eux un journal roulé en cornet… D’où le stéthoscope.

À lire dans Napoleon’s Haemorrhoids, JR Books, 2008.

Le béret et la baguette du hérisson

L’Élégance du hérisson, de Muriel Barbery, est traduit dans une trentaine de langues. Dans le New York Times,
Caryn James fait la moue. L’auteur « flatte ses lecteurs avec un vernis
intellectuel ». Les courts chapitres sont « plus des essais que de la
fiction ». Et truffés de références. Renée, la concierge, assène un
« mini-traité de phénoménologie ». Curieusement, l’auteur ne fait pas
référence au livre d’Isaiah Berlin sur Tolstoï, Le Hérisson et le Renard,
où les penseurs sont répartis en deux catégories : les renards qui,
comme Renée, collectionnent des idées sans lien entre elles; et les
hérissons, animés par une vision unificatrice. Caryn James craint que
ce livre renforce les stéréotypes sur les Français avec leur béret,
leur baguette et leur philosophie.

Muriel Barbery, The Elegance of the Hedgehog, Europa Editions, 2008.

Mitteleuropa : les turbulences de l’histoire

Depuis sa parution en septembre dernier, le roman Stalo sa prvého septembra est devenu le phénomène littéraire slovaque de l’année. Le romancier Pavol Rankov y retrace les événements historiques qui ont ébranlé le pays tout au long du XXe siècle. De l’occupation hongroise à la terreur communiste, chacun des personnages de Rankov doit traverser le purgatoire de l’histoire pour enfin trouver sa propre vérité.

Pavol Rankov, Stalo sa prvého septembra (« C’est arrivé le premier septembre »), Kalligram, 2008.

Incorrect

La France fête le soixantième anniversaire de la loi de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. Mis à jour régulièrement, ce texte punit d’un an d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende l’auteur ou l’éditeur d’une publication comportant ne serait-ce qu’une « insertion […] présentant sous un jour favorable » la paresse ou la lâcheté.

Recherche Maddie, désespérément

Le cas « Madeleine McCann » fut, après l’affaire pédophile de la Casa Pia, le procès le plus médiatisé de l’histoire du Portugal. L’histoire de la petite Britannique disparue dans le sud du pays défraie la chronique depuis mai 2007. Alors que l’affaire vient d’être classée sans suite par les autorités portugaises, le livre-témoignage de l’ancien policier chargé de l’enquête, célèbre pour avoir mis en cause les parents de la fillette, est en tête des ventes.

Gonçalo Amaral, Maddie. A verdade da mentira (« Maddie. La vérité du mensonge »), Editora Guerra & Paz, 2008.