L’Évangile de maman Claude

Après la défaite de Pavie (1525), François Ier, en échange de sa
liberté, remit en otages ses fils François et Henri. Leur mère, la
reine Claude, leur fit confectionner des enluminures de scènes de
l’Évangile. L’exemplaire de François a été récemment authentifié dans
la bibliothèque de la basilique Santa Maria sopra Minerva de Rome,
rapporte le quotidien milanais Il Sole. L’éditeur Vallecchi en propose un tirage limité, commenté, imprimé sur parchemin, incrusté d’or.

Bruno, français avant le bûcher

Brûlé vif à Rome en 1600 pour hérésie, Giordano Bruno, étonnant prêtre défroqué devenu philosophe, fait l’objet d’une biographie saluée de toutes parts. On y relève le rôle que la France a joué dans sa vie. À Toulouse, il fit pendant deux ans des conférences sur Aristote et sur l’astronomie. À Paris, il reçut le soutien d’Henri III, qui l’écouta disserter sur l’art de la mémoire (qu’il avait prodigieuse). C’est là qu’il publia Il Candelaio, une pièce de théâtre destinée à durer cinq heures. Sur la page de titre, il s’y présente comme « Bruno le Nolan, l’académicien de nulle académie, surnommé l’Exaspéré ». Après quoi il s’installa à Londres chez l’ambassadeur de France, où il publia ses principaux ouvrages philosophiques.

Ingrid D. Rowland, Giordano Bruno, Philosopher, Heretic, Farrar, Straus & Giroux.

Et au milieu coule une rivière

Le livre de l’historienne britannique Alice Albinia sur l’Indus est numéro un des ventes en Inde. Une histoire du fleuve qui donna son nom à la plus grande démocratie du monde, et qui coule aujourd’hui en territoire pakistanais.

Alice Albinia, Empires of the Indus. The Story of a River (« Empires de l’Indus. L’histoire d’un fleuve »), John Murray, 2008.

La vodka passe le contrôle de sécurité

L’auteur de Saturday Night and Sunday Morning et de La Solitude du coureur de fond n’est pas enterré. Le biographe d’Alan Sillitoe raconte dans The Spectator
que l’an dernier, au moment de prendre l’avion à Belfast, les agents de
sécurité trouvèrent dans son bagage à main une bouteille d’une rare
vodka. Comme on allait la saisir, Sillitoe dit poliment qu’il préférait
qu’elle soit bue avant le départ, et proposa joyeusement aux autres
passagers de se joindre à lui. La joie étant contagieuse, le
responsable de la sécurité l’autorisa à embarquer avec sa bouteille.

Richard Bradford, The Life of a Long-Distance Writer. The Authorized Biography of Alan Sillitoe (« La Vie d’un écrivain de fond. Biographie autorisée d’Alan Sillitoe »), Peter Owen Ltd.

Rimbaud dans Al-Qods

Rendant compte d’une biographie de Rimbaud rédigée par le romancier
Edmund White, Ibrahim Darwish, chroniqueur culturel du quotidien arabe Al-Qods Al-Arabi,
achève ainsi son article : « L’important est l’introduction, où
l’auteur raconte sa découverte du poète à l’adolescence lorsqu’il
lisait ses œuvres à l’internat pendant que les autres élèves dormaient.
Il restait de longues heures dans la salle de bains à rêver et à lire
Rimbaud. C’était en 1956, à Detroit, il avait 16 ans. Il était attiré
par ce poète qui comme lui était “un adolescent homosexuel, malheureux,
meurtri par l’ennui, qui souffrait de misère sexuelle et d’une haine de
soi paralysante”. » Rappelons aussi le livre de Ramsès Awad [écrivain
égyptien], Le Trio interdit : Wilde, Rimbaud, Verlaine, paru en
1994, qui évoque ainsi Rimbaud : « Si l’on dit que c’est un démon,
c’est sans doute vrai, que c’est un mystique à la recherche de la
lumière et de la transparence spirituelle, c’est vrai aussi. »

Edmund White, Rimbaud. The Double Life of a Rebel, Atlas & Co, 2008.

La psychanalyse vue de Chine

La psychanalyse n’est guère prise au sérieux en Chine, mais les débats qu’elle suscite intéressent. Témoin la traduction du sulfureux Livre noir de la psychanalyse. Il fait l’objet d’un commentaire favorable dans le mensuel Bolan qunshu. L’auteur reprend à son compte la thèse selon laquelle « l’époque rayonnante de la psychanalyse s’achève dans les années 1990 ». L’auteur consacre une bonne place au débat provoqué en France par le rapport de l’Inserm de 2004 estimant que la psychanalyse n’a « presque aucune efficacité thérapeutique ». Il présente, sans la commenter, la thèse de certains des auteurs du livre, pour qui Freud a élaboré une « fausse science » qui « a mystifié l’opinion publique ».

Feiluoyide pipan. Jingshen fenxi heipishu (« Critique de Freud. Le Livre noir de la psychanalyse »), Shandong Renmin chubanshe, 2008.

Le chiffre

700. C’est le nombre d’exemplaires vendus d’Essays on the Great Depression, le livre de Ben Bernanke sur le krach de 1929. L’ouvrage de l’actuel président de la Fed est en passe de devenir un bestseller ! Les livres savants sont en effet considérés comme tels à partir de 1 000 exemplaires.

Les petits dieux de Freud

Recevant Salvador Dalí chez lui, à Vienne, peu avant son départ pour
Londres, à la fin de sa vie, Freud lui dit froidement que la peinture
surréaliste ne montrait que le conscient, alors que l’art classique
ancien, qu’il chérissait, révélait l’inconscient. Depuis le temps où il
écrivait L’Interprétation des rêves,
après la mort de son père, il n’eut de cesse de collectionner des
objets d’art antique, dont il plaçait une sélection sur son bureau. Ce
sont pour beaucoup des symboles de la grandeur masculine, sa figure
préférée étant le sphinx. Les figures féminines sont plus ambiguës.
Isis allaitant l’enfant Horus (à la tête de faucon) évoque sa relation
avec sa mère, telle qu’il l’a décrite dans un de ses célèbres récits
de rêves. Sa statuette préférée était une Athéna, copie romaine d’un
bronze grec. « Elle est parfaite, dit-il à sa patiente l’écrivain Hilda
Dolittle. Mais elle a perdu sa lance. »

Janine Burke, The Gods of Freud (« Les Dieux de Freud »), Knopf Australia.

Bébé Mozart

Bébé Einstein, filiale de Walt Disney, produit des DVD destinés aux enfants de « trois mois et plus ». Il y a un Bébé Mozart ou encore un Bébé Beethoven, fournis avec une animation. Comme les bébés de trois mois ne peuvent pas s’asseoir tout seuls, les parents doivent les tenir pendant le spectacle, note Joan Acocella en rendant compte dans le New Yorker d’un livre sur le surinvestissement parental. Elle cite Susan Linn, une psychologue de Harvard, pour qui « l’industrie vidéo pour bébés est une arnaque ».

Hara Estroff Marano, A Nation of Wimps. The High Cost of Invasive Parenting (« Une nation de mauviettes. Le coût du surinvestissement parental »), Broadway, 2008.

Incorrect

« Soupçonnée d’un parti pris défavorable aux écrivains américains, l’Académie suédoise  accordé jeudi le prix Nobel de littérature 2008 à Jean-Marie Gustave Le Clézio, un romancier français, auteur pour enfants et essayiste, considéré par certains lecteurs français comme l’un des vingt plus grands écrivains vivants du pays. » Ainsi s’ouvre l’article consacré par le New York Times a cet évènement. Chaque mot est pesé…