Saint RabHi dans l’oasis

L’altermondialiste Pierre Rabhi a forgé un concept messianique : « oasis en tous lieux ». Un livre lui a été consacré. Il a été traduit en coréen par un « groupe de traduction et de méditation qui présente des ouvrages visant à la méditation et à l’évolution de la conscience humaine ». Dans la revue Sôp’yong munhwa (« Critique culturelle »), Chôngsik ôm, professeur de philosophie à l’université de Séoul, récuse le terme de « philosophe » accordé à Pierre Rabhi par le titre coréen du livre. « Il ne propose aucune théorie philosophique profonde […]. Les termes “saint” ou “sage” lui conviendraient mieux. » L’article coréen est titré : « Un saint dans l’oasis ».

Jean-Pierre et Rachel Cartier, Pierre Rabhi. Le chant de la Terre, La Table ronde, 2002.

Le boom du roman « théologique »

Paru en 2006, Daniel Stein, interprète, de Ludmila Oulitskaïa, figure toujours en bonne place sur les listes de bestsellers en Russie. Le roman raconte l’histoire vraie d’Oswald Rufensein, un Juif polonais qui a sauvé des centaines de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, avant de se convertir au catholicisme et de s’installer en Israël comme moine carmélite. Ce roman, dont « les personnages sont hantés par la recherche des racines de la religion chrétienne », introduit, selon l’essayiste Mikhaïl Gorelïk dans la revue Novy Mir, un genre nouveau dans l’histoire de la littérature : le « roman théologique »

Ludmila Oulitskaïa, Daniel Stein, perevodtchïk, Eksmo, 2006, 528 p. Une traduction française vient de paraître chez Gallimard, sous le titre : Daniel Stein, interprète.

Du maïs dans les cheveux d’Obama

Les habitants des États-Unis se distinguent du reste de l’humanité par l’énorme quantité de maïs qu’ils ingurgitent au quotidien. Il y en a dans quasiment tout ce qu’ils mangent, des hamburgers au poulet en passant par la farine, l’huile et les colorants, et dans tout ce qu’ils touchent, depuis les couches de bébé jusqu’au dentifrice en passant par les couvertures des magazines. Résultat : ils ont un taux de maïs dans les cheveux et les poils à nul autre pareil.

Michael Pollan, The Omnivore’s Dilemma. A Natural History of Four Meals (« Le Dilemme de l’omnivore. Une histoire naturelle des quatre repas »), Penguin.

L’Évangile de maman Claude

Après la défaite de Pavie (1525), François Ier, en échange de sa
liberté, remit en otages ses fils François et Henri. Leur mère, la
reine Claude, leur fit confectionner des enluminures de scènes de
l’Évangile. L’exemplaire de François a été récemment authentifié dans
la bibliothèque de la basilique Santa Maria sopra Minerva de Rome,
rapporte le quotidien milanais Il Sole. L’éditeur Vallecchi en propose un tirage limité, commenté, imprimé sur parchemin, incrusté d’or.

Bruno, français avant le bûcher

Brûlé vif à Rome en 1600 pour hérésie, Giordano Bruno, étonnant prêtre défroqué devenu philosophe, fait l’objet d’une biographie saluée de toutes parts. On y relève le rôle que la France a joué dans sa vie. À Toulouse, il fit pendant deux ans des conférences sur Aristote et sur l’astronomie. À Paris, il reçut le soutien d’Henri III, qui l’écouta disserter sur l’art de la mémoire (qu’il avait prodigieuse). C’est là qu’il publia Il Candelaio, une pièce de théâtre destinée à durer cinq heures. Sur la page de titre, il s’y présente comme « Bruno le Nolan, l’académicien de nulle académie, surnommé l’Exaspéré ». Après quoi il s’installa à Londres chez l’ambassadeur de France, où il publia ses principaux ouvrages philosophiques.

Ingrid D. Rowland, Giordano Bruno, Philosopher, Heretic, Farrar, Straus & Giroux.

Et au milieu coule une rivière

Le livre de l’historienne britannique Alice Albinia sur l’Indus est numéro un des ventes en Inde. Une histoire du fleuve qui donna son nom à la plus grande démocratie du monde, et qui coule aujourd’hui en territoire pakistanais.

Alice Albinia, Empires of the Indus. The Story of a River (« Empires de l’Indus. L’histoire d’un fleuve »), John Murray, 2008.

La vodka passe le contrôle de sécurité

L’auteur de Saturday Night and Sunday Morning et de La Solitude du coureur de fond n’est pas enterré. Le biographe d’Alan Sillitoe raconte dans The Spectator
que l’an dernier, au moment de prendre l’avion à Belfast, les agents de
sécurité trouvèrent dans son bagage à main une bouteille d’une rare
vodka. Comme on allait la saisir, Sillitoe dit poliment qu’il préférait
qu’elle soit bue avant le départ, et proposa joyeusement aux autres
passagers de se joindre à lui. La joie étant contagieuse, le
responsable de la sécurité l’autorisa à embarquer avec sa bouteille.

Richard Bradford, The Life of a Long-Distance Writer. The Authorized Biography of Alan Sillitoe (« La Vie d’un écrivain de fond. Biographie autorisée d’Alan Sillitoe »), Peter Owen Ltd.

Rimbaud dans Al-Qods

Rendant compte d’une biographie de Rimbaud rédigée par le romancier
Edmund White, Ibrahim Darwish, chroniqueur culturel du quotidien arabe Al-Qods Al-Arabi,
achève ainsi son article : « L’important est l’introduction, où
l’auteur raconte sa découverte du poète à l’adolescence lorsqu’il
lisait ses œuvres à l’internat pendant que les autres élèves dormaient.
Il restait de longues heures dans la salle de bains à rêver et à lire
Rimbaud. C’était en 1956, à Detroit, il avait 16 ans. Il était attiré
par ce poète qui comme lui était “un adolescent homosexuel, malheureux,
meurtri par l’ennui, qui souffrait de misère sexuelle et d’une haine de
soi paralysante”. » Rappelons aussi le livre de Ramsès Awad [écrivain
égyptien], Le Trio interdit : Wilde, Rimbaud, Verlaine, paru en
1994, qui évoque ainsi Rimbaud : « Si l’on dit que c’est un démon,
c’est sans doute vrai, que c’est un mystique à la recherche de la
lumière et de la transparence spirituelle, c’est vrai aussi. »

Edmund White, Rimbaud. The Double Life of a Rebel, Atlas & Co, 2008.

La psychanalyse vue de Chine

La psychanalyse n’est guère prise au sérieux en Chine, mais les débats qu’elle suscite intéressent. Témoin la traduction du sulfureux Livre noir de la psychanalyse. Il fait l’objet d’un commentaire favorable dans le mensuel Bolan qunshu. L’auteur reprend à son compte la thèse selon laquelle « l’époque rayonnante de la psychanalyse s’achève dans les années 1990 ». L’auteur consacre une bonne place au débat provoqué en France par le rapport de l’Inserm de 2004 estimant que la psychanalyse n’a « presque aucune efficacité thérapeutique ». Il présente, sans la commenter, la thèse de certains des auteurs du livre, pour qui Freud a élaboré une « fausse science » qui « a mystifié l’opinion publique ».

Feiluoyide pipan. Jingshen fenxi heipishu (« Critique de Freud. Le Livre noir de la psychanalyse »), Shandong Renmin chubanshe, 2008.

Le chiffre

700. C’est le nombre d’exemplaires vendus d’Essays on the Great Depression, le livre de Ben Bernanke sur le krach de 1929. L’ouvrage de l’actuel président de la Fed est en passe de devenir un bestseller ! Les livres savants sont en effet considérés comme tels à partir de 1 000 exemplaires.