Ma vie en rouge et blanc d’Arsène Wenger est sorti en même temps en France et en Angleterre à l’automne 2020. Dans notre pays, l’ouvrage, sans passer tout à fait inaperçu, n’a pas donné lieu à un tohu-bohu médiatique. En Angleterre, non seulement il s’est glissé dans la liste des meilleures ventes, mais des publications aussi prestigieuses que The Guardian, The London Review of Books et The Times Literary Supplement lui ont consacré des articles fouillés.
Il est vrai que Wenger a surtout connu la gloire outre-Manche, où pendant deux décennies il a entraîné le club de football londonien d’Arsenal. Aucun entraîneur français n’a un plus beau palmarès que lui en Premier League, « la ligue sportive la plus regardée au monde », comme le rappelle Will Frears dans The London Review of Books. Ses débuts n’avaient pourtant rien eu de bien spectaculaire. Wenger avait beau avoir déjà entraîné l’équipe de Monaco et remporté avec elle un championnat et une coupe de France, en Angleterre, il était pour ainsi dire inconnu : « Arsène who ? », titrait The Daily Mirror à son arrivée à Londres, en 1996. On ne peut pas vraiment dire que ses premiers mois furent convaincants. En décembre 1997, plus d’un an après sa prise de fonctions, ses joueurs, après une défaite à domicile, se faisaient siffler par leurs propres supporters et « personne alors ne se serait soucié que leur entraîneur soit limogé », note Nick Hornby dans The Guardian.
Sauf que ce match fut le dernier d’Arsenal à l’ancienne, cette équipe jusqu’ici mal aimée et considérée comme abominablement ennuyeuse. Presque du jour au lendemain, elle se mua en machine à gagner et développa un style de jeu aussi séduisant qu’efficace : « La composition de l’équipe ne changea pratiquement pas, et pourtant elle ne perdit aucun autre match de championnat avant de l’emporter en mai. Elle ne perdit pas non plus un seul match de la coupe d’Angleterre cette saison-là. Il y eut ensuite un autre doublé championnat et coupe en 2002, puis une autre coupe, et enfin la fameuse saison d’invincibilité de 2003-2004 », rapporte Hornby. Ce fan d’Arsenal confesse qu’« aucun autre homme que Wenger n’a aussi directement fait [son] bonheur ».
La presse anglaise admet de façon quasi unanime que l’ouvrage est décevant. Certes, Wenger y évoque de façon touchante son enfance alsacienne dans un village qui comptait trois forgerons et plus de chevaux que de tracteurs. Certes, il relate quelques anecdotes, comme lorsqu’il a banni les barres de Mars dont se goinfraient ses joueurs après les matchs. Mais que de questions sans réponse ! Hornby en dresse une longue liste. Parmi elles, certaines sont délicates : pourquoi, par exemple, n’a-t-il jamais remporté de coupe d’Europe, compte tenu des joueurs dont il disposait ? Et quelles étaient ses relations avec ses rivaux, notamment l’entraîneur portugais José Mourinho, sa bête noire ? Celui-ci n’est jamais mentionné dans le livre, si ce n’est à la fin, dans un tableau qui récapitule le bilan de Wenger face aux autres entraîneurs. Face à Mourinho ? Une victoire tous les dix matchs.