Comment perdre une guerre
Publié en avril 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Pour l’universitaire afghan Amin Saikal, qui vit en Australie, le lamentable échec de l’intervention américaine en Afghanistan est lié à une illusion « euphorique » partagée par les stratèges de Washington, qu’ils soient républicains ou démocrates. Cette illusion s’exprime dans une « doctrine de pouvoir », d’après laquelle « l’État le plus puissant du monde doit exercer son pouvoir économique et militaire pour repousser ses adversaires et exporter la démocratie américaine ». Amin Saikal s’inspire en particulier de discussions avec son frère, Mahmoud Saikal, qui représentait l’Afghanistan à l’ONU de 2009 à 2011.
Les vingt années de présence américaine en Afghanistan, entre 2001 et 2021, ont coûté la vie d’au moins 240 000 personnes, selon un rapport du Watson Institute cité par Suzy Hansen dans la New York Review of Books. Les États-Unis ont plus dépensé pour « reconstruire » l’Afghanistan que lors du plan Marshall, pour le résultat dérisoire que l’on sait. L’argent a pour l’essentiel alimenté des réseaux de corruption, et les soldats et officiers américains présents sur place se sont distingués par leur arrogance et une répression aveugle, écrit Saikal, amenant beaucoup d’Afghans à rejoindre les talibans. L’atmosphère à Kaboul lui rappelle celle décrite dans le film Cabaret dans le Berlin du début des années 1930. Il dresse un portrait particulièrement désastreux de l’administration Obama (2009-2017).
