Dans les bas-fonds de Santiago
Publié en avril 2026. Par Carlos Schmerkin.
De la tradition des inspecteurs « losers », Heredia a la vie dure. Depuis sa première apparition en 1987 dans La ciudad está triste, il a dénoué ou tenté de dénouer les intrigues de dix-neuf polars, qui sont autant de plongées dans « l’expérience chilienne des dernières décennies », selon l’expression du jury qui vient de décerner à son auteur la plus haute distinction du pays, le Prix national de littérature. Venu de la poésie, Díaz Eterovic s’est essayé au polar à une époque où au Chili le genre n’était guère prisé. Il y a vite trouvé le moyen de faire vivre ou revivre les problèmes politiques et sociaux du moment, depuis les disparus de la dictature Pinochet jusqu’aux narcotrafiquants, toile de fond de son dernier roman. En pleine pandémie, une affaire lui tombe entre les mains, presque par hasard : des vaccins disparaissent dans les méandres d’un trafic sordide. Quelqu’un en profite pour faire entrer de la drogue dans le pays, cachée parmi les doses tant attendues. Heredia se retrouve entraîné dans une enquête où chaque indice est une pièce manquante d’un puzzle qu’il tente désespérément de reconstituer.
Dans un entretien à la Revista de Libros de El Mercurio, il explique sa surprise en découvrant que d’autres auteurs avaient suivi le même cheminement : « Au début des années 1990, j’ai commencé à voyager à l’étranger, au Mexique, en Argentine, en Espagne, et je me suis rendu compte qu’il y avait soudain toute une série d’auteurs qui faisaient la même chose sans s’être mis d’accord. J’ai rencontré Leonardo Padura en 1991, par exemple. Et je crois que notre racine commune, plus que Chandler, qu’on nous attribue toujours, c’est Manuel Vázquez Montalbán, qui, avec plus de justesse, écrit le roman de la transition politique espagnole et le fait à travers le polar. Ses romans traitent de la corruption, de la dégradation des partis politiques. » Son œuvre est aussi un portrait de la ville de Santiago, dont il relate les changements au fil du temps et de ses romans policiers. Sept d’entre eux ont été publiés en France chez Métailié.
