Et maintenant la nonne-mania

La « nonne-mania » est une expression qui nous arrive d’Espagne. La figure de la bonne sœur fait son retour en grâce dans la pop culture. Sur la pochette de son dernier album, Lux, le plus écouté des albums en espagnol dans le monde, la chanteuse catalane Rosalía porte un voile blanc de religieuse.


Sur les réseaux, le podcast d’Ana Garriga et Carmen Urbita, spécialistes de la littérature du siècle d’or, Las hijas de Felipe (« Les filles de Philippe », allusion au roi d’Espagne Philippe II), lancé pendant la pandémie, est devenu un phénomène culturel. Le leitmotiv « Tout ce qui t’arrive est déjà arrivé à une religieuse des XVIe ou XVIIe siècles ».  


Leur livre Instrucción de novicias, qui vient d’être publié en Espagne et déjà traduit en sept langues (pas encore en français), est un phénomène éditorial. 


Initialement publié en anglais sous le titre provocateur Convent WisdomHow Sixteenth-Century Nuns Could Save Your Twenty-First-Century Life (« Sagesse du couvent. Comment des religieuses du XVIe siècle peuvent te sauver la vie au XXIe), l’essai des deux universitaires explore les vies réelles de vingt-deux moniales d’Espagne, d’Amérique et d’Asie [lire « Jeunes femmes, redécouvrez les attraits du couvent ! », publié dans la Booksletter du 12 décembre 2025]. Non sans une dose de fiction et d’interprétation.


Les thèmes abordés (amitié, travail, corps, amour, argent, âme, célébrité) sont éclairés par des figures comme sainte Thérèse d’Avila, sœur Juana Inés de la Cruz ou Catalina de Erauso. Est suggéré un parallèle audacieux avec des icônes contemporaines comme Paris Hilton ou Dua Lipa.


« Nous avons rencontré de nombreuses religieuses qui affirment clairement qu’elles n’avaient pas la vocation », dit Ana Garriga à la journaliste Elena L. Villalvilla de Infobae España. « Elles entraient parce qu’elles ne voulaient ni se marier ni avoir d’enfants, avec tout ce que cela impliquait : des grossesses à répétition, un risque de mort… ». D’autres, comme sœur Juana Inés de la Cruz, sont entrées au couvent parce qu’elles voulaient mener une vie intellectuelle. « À l’époque, nous serions certainement devenues religieuses ! » déclarent nos deux autrices. Ana Garriga évoque aussi des cas sulfureux, comme celui d’Inés de Santa Cruz et Catalina Ledesma, surnommées Las Cañitas (« les petites cannes ») en raison des jeux sexuels auxquels elles se livraient avec une canne en forme de membre viril. Arrêtées en 1603, elles furent jugées par l’Inquisition sous l’accusation de sodomie.

LE LIVRE
LE LIVRE

Instrucción de novicias. Vidas del convento barroco para guiar tu presente de Ana Garriga et Carmen Urbita, Blackie Books, 2026

SUR LE MÊME THÈME

Bestseller Livreur de colis à Pékin
Bestseller La guerre civile espagnole au prisme du réalisme magique
Bestseller À bas la bourgeoisie fécale

Dans le magazine
BOOKS n°123

DOSSIER

Faut-il restituer l'art africain ?

Chemin de traverse

13 faits & idées à glaner dans ce numéro

Edito

Une idée iconoclaste

par Olivier Postel-Vinay

Bestsellers

L’homme qui faisait chanter les cellules

par Ekaterina Dvinina

Voir le sommaire