Haro sur le méthane
Publié en juillet 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Quand on évoque le réchauffement climatique et les moyens de le ralentir, on a les yeux rivés sur le CO2. On a peut-être tort, soutient le climatologue américain Rob Jackson. Dans un livre paru il y a deux ans, mais auquel la New York Review of Books redonne une actualité, il soutient que nous devrions en priorité concentrer notre attention sur le méthane, CH4. Son effet de serre est beaucoup plus puissant : en 20 ans, il piège 86 fois plus de rayonnement infrarouge en provenance de la Terre. Or sa concentration dans l’atmosphère est 2,6 fois plus importante qu’elle ne l’était en 1776, quand il fut isolé par l’Italien Alessandro Volta. Une concentration qui s’est soudain accélérée à partir de 2017, puis de nouveau depuis cinq ans. Selon Jackson, si l’on faisait revenir cette concentration à son niveau préindustriel, cela permettrait d’éviter un demi-degré de réchauffement. Or c’est à notre portée, soutient-il. Ce serait envisageable à l’horizon d’une vie humaine, à condition d’y mettre les moyens.
L’une des raisons pour lesquelles le rôle du méthane est sous-estimé est qu’il ne reste dans l’atmosphère que dix à vingt ans, alors que le CO2 y subsiste des centaines d’années (avant de se transformer en CO2). Les sources d’émission de CH4 sont des plus variées, mais nous pouvons freiner ou stopper certaines des principales à commencer par les fuites issues des gazoducs et conduites de gaz de ville, les puits de pétrole et de gaz abandonnés, le gaz relâché volontairement par l’industrie pétrolière. Selon l’Agence internationale de l’énergie, 30 % du méthane qui s’échappe des infrastructures des énergies fossiles pourraient être capturés à coût zéro. Évidemment, cela exigerait la mise en place d’un plan international du même type que celui ayant permis de restaurer la couche d’ozone. Une question de volonté politique, donc. Laquelle n’est pas facile à mobiliser. D’autant que l’industrie pétrolière n’est pas seule en cause. Il y a aussi les rizières, les ruminants… Sous la pression des éleveurs de moutons, la Nouvelle-Zélande vient de diviser par deux son objectif de réduction de production de méthane pour 2050.
