La conscience garde son mystère
Publié en avril 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Unanimement salué par la presse anglosaxonne pour son style engageant, le dernier livre du journaliste Michael Pollan est une sorte de récit de voyage auprès d’explorateurs de la conscience, neurologues, spécialistes de l’IA, éthologues, botanistes même, en passant par des écrivains comme James Joyce et Virginia Woolf. Lui-même revient sur les expériences psychédéliques qu’il a vécues et décrites dans un ouvrage précédent, disponible en français : Voyage aux confins de l’esprit.
Tout en concédant qu’au terme de son enquête il en sait plutôt moins qu’au début sur ce concept insaisissable, Pollan juge que jamais la technologie ne produira quelque chose de semblable. Dans la revue Science, le philosophe Ned Block regrette que le journaliste n’ait curieusement pas interrogé les tenants des « principales théories actuelles de la conscience ». Il se laisse embarquer, écrit-il, dans des conceptions « excentriques », comme l’idée à la mode que même les plantes ont une forme de conscience, alors qu’elles n’ont pas de neurones. Elles sont certes « sensibles à l’environnement », mais c’est le cas de simples machines comme les thermostats. « Les seules entités dont nous soyons sûrs qu’elles sont conscientes sont les humains et nos proches parents », écrit Block. Pas de conscience sans les zones fronto-pariétales du cerveau. Pollan se laisse aussi séduire par l’idée qu’il n’y a pas de conscience sans émotion. Ce point de vue est défendu par le neuroscientifique Antonio Damasio mais non par la plupart des spécialistes pour qui la perception suffit. Vers la fin de son livre, Pollan flirte avec un spiritualisme qui selon Block est aux antipodes des travaux actuels, qui « situent la conscience dans la nature physique du cerveau ». Block admet cependant volontiers, avec Pollan, que le phénomène de la conscience, en raison de sa subjectivité, continue de défier l’investigation scientifique.
