La fin programmée des États-Unis
Publié en mars 2026. Par Carlos Schmerkin.
En résonance avec l’actualité américaine, dont le film multi-oscarisé Une Bataille après l’autre, de Paul Thomas Anderson, reflète la montée de la violence dans les débats politiques, l’« épopée » satirique et dystopique du Portugais Gonçalo M. Tavares (900 pages) invente une deuxième guerre civile aux États-Unis d’Amérique, plus tragique encore que la première. Elle commence par l’arrivée énigmatique d’une peste cancérigène, qui donne lieu à diverses hypothèses quant à son origine : les rats, les moustiques venus d’Afrique, les Noirs et, enfin, les pauvres. Une guerre entre les pauvres et les riches se déclare, déclenchée par Ted Trash, extrémiste de droite, et Left Wing, extrémiste de gauche. Bloom, le héros de l’épopée, aidé par une myriade de personnages aussi loufoques qu’invraisemblables, tentera jusqu’au bout de sauver l’Amérique, gardant toujours à l’esprit l’image d’une belle femme, la Mexicaine La Rosa, rencontrée un jour dans un stade.
« Gonçalo M. Tavares a une propension à transgresser les barrières des genres et à forger une littérature qui rompt avec les carcans et les stéréotypes », écrit Javier Ors dans le journal espagnol La Razón. Ceci grâce à une œuvre où se rejoignent des préoccupations urgentes, telles que nos égarements actuels, la violence et les conséquences d’un pouvoir mal exercé, thèmes que l’on retrouve dans Un Voyage en Inde, La Machine de Joseph Walser, Jérusalem, tous publiés en France par les éditions Viviane Hamy.
« J’ai publié O Fim dos Estados Unidos da América sans savoir ce que c’était, dit Tavares à Javier Ors. Je l’ai qualifié d’épopée parce que j’ai toujours pensé que nous pouvions revenir à l’ancien temps d’une manière originale et différente. Je sais que c’est une satire et une dystopie, mais je ne sais pas si c’est de la prose ou de la poésie. »
Né en Angola, Gonçalo M. Tavares, 55 ans, professeur de théorie de la science et d’épistémologie à l’Université de Lisbonne, est l’un des trois écrivains portugais les plus traduits dans le monde. Il a publié 52 livres, dont une quinzaine ont été traduits en France.
Dans le Times Literary Supplement, le critique littéraire argentin Alberto Manguel inscrit le dernier livre de Tavares dans la grande tradition portugaise de l’allégorie, qui remonte au XVIe siècle. Les Portugais se le sont arraché. La première édition a été épuisée en un jour.
