Le rouge à lèvres de la révolte
Publié le 18 décembre 2015. Par La rédaction de Books.
Un trait de khôl sur les paupières, du rose aux joues et du rouge sur les lèvres, cela n’a rien d’anodin, et encore moins de futile. « La liberté et les droits accordés aux femmes durant une période donnée sont très étroitement liés à la liberté qu’elles ont de farder leur visage », assure la professionnelle du maquillage Lisa Eldridge dans Face Paint: The Story of Makeup. De la Grèce antique à la Première Guerre mondiale, les règles du maquillage ont longtemps été définies par les hommes, soucieux de contenir tout débordement libérant la femme de son rôle d’épouse et de mère. Par ce moyen de communication subtil, il lui intimait de représenter l’idéal masculin, mais de la manière la plus effacée qui soit. L’utilisation excessive des fards était donc un signe d’indépendance.
Les courtisanes grecques, beaucoup plus fardées que les autres femmes, avaient également plus de droits, souligne Eldridge. Elles participaient aux fêtes et géraient elles-mêmes leur fortune. De même, les Egyptiennes de l’Antiquité, qui adoraient le maquillage appuyé, jouissaient d’une réelle autonomie. Les deux guerres mondiales ont marqué de ce point de vue un tournant, tant dans l’histoire des femmes que dans celle du maquillage. Les hommes partis au front, elles ont pris leur place dans les usines et se sont imposées dans la société. Les codes de la beauté évoluent une nouvelle fois en conséquence : se maquiller devient alors un acte dont on peut être fière. Les suffragettes américaines arborent des lèvres rouges écarlates dans les manifestations. La couleur est un moyen d’affirmer sa liberté, son appartenance à un groupe et sa personnalité.
