Les fausses barbes de la longévité
Publié en juin 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Pour ceux qui croient possible d’accroître la longévité humaine au-delà de ce qu’ont permis les progrès de la nutrition, de l’hygiène et de la médecine, voilà un livre à éviter.
Chercheur à Oxford, Saul Newman s’était déjà fait connaître en ridiculisant les travaux prétendant que certaines populations, sur une île grecque ou japonaise par exemple, vivent plus souvent au-delà de 110 ans. Dans cet ouvrage il reprend un à un les travaux annonçant la possibilité de modifier le rythme du vieillissement et nous apprend qu’ils sont tous fallacieux. Les multiples start-ups créées en ce sens, qui excitent l’imagination des ténors de la Silicon Valley, reposent sur du sable. Il s’en explique dans une interview publiée dans Nature.
Si on laisse de côté les travaux reposant sur une fraude scientifique caractérisée ou des erreurs mathématiques ou statistiques « élémentaires », et Newman en a hélas débusqué beaucoup, le problème de base est d’une simplicité biblique. C’est ce qu’il appelle « la paperasse ». Autrement dit, les papiers qui attestent de l’âge d’un individu. Que les analyses portent sur une population ou une personne, elles reposent toutes en définitive sur la validité supposée de la date de naissance, telle qu’indiquée sur les documents d’état civil. Si ces documents sont faux ou douteux, les plus beaux raisonnements s’écroulent. Or les études disponibles, qui par définition portent sur des humains âgés, reposent sur une documentation des plus fragiles. En Grèce, 72 % des soi-disant supercentenaires étaient des faux nez : le décès n’était pas déclaré et un proche touchait sa retraite. Dans de nombreux pays l’état civil des gens âgés est approximatif, en raison du presque illettrisme des rédacteurs. Beaucoup se sont vieillis pour échapper au service militaire, se marier ou trouver du travail. D’autres ont hérité de papiers de proches plus âgés, ce qui permettait aux parents d’éviter de se déplacer ou de payer pour faire enregistrer une naissance. Le sujet n’épargne pas les pays riches. Pendant la Seconde Guerre mondiale, plus de la moitié des Américains en âge de travailler n’avaient pas de papiers. Or « il n’existe pas de méthode reproductible pour vérifier si l’âge mentionné sur un papier d’identité est le bon », dit Newman.
Résultat, il n’y a actuellement aucun moyen de résoudre les questions scientifiques qui défraient la chronique : existe-t-il un âge limite de la vie humaine ? Un âge à partir duquel le risque de mourir se stabiliserait ? Les expériences d’accroissement de la longévité sur certains animaux sont-elles extrapolables à l’homme ? On en saura davantage le jour où l’on pourra exploiter des mesures physiques à grande échelle, datation par le radiocarbone par exemple.
Et quid d’un bon régime à base de carottes et d’huile d’olive ? « Le vieillissement est un processus dans lequel les choses se détériorent avec le temps, observe Newman. Pour démontrer un effet sur ce processus, il faut montrer que le taux de détérioration a changé. Cela exigerait de grandes études reproductibles avec une puissance statistique suffisante et des méthodes nouvelles. » Pour l’heure, on peut en rester à l’adage socratique : « Rien de trop ». Et encore, ce n’est pas démontré.
