L’hiver, c’est dans la tête
Publié le 21 décembre 2015. Par La Rédaction de Books.
Eugène Galien-Laloue, Paris sous la neige
L’hiver, qui commence officiellement cette semaine, est pour le moment très doux. Est-ce la faute du réchauffement climatique ? N’y a-t-il plus de saisons ? Ni plus, ni moins, subjectivement, que pour nos ancêtres, rappelle l’historien François Walter. « Quoique les météorologues ne cessent de répéter que l’année moyenne et le temps normal n’existent pas, nous persistons dans notre impression de vivre de curieux hivers », écrit-il dans Hiver : Histoire d’une saison. Tout, dans l’hiver, est toujours exceptionnel : la douceur, le froid, la neige ou le gel. « Il y avait dans ce temps-là de grands hivers… », écrit, par exemple, Colette dans Sido, avant d’ajouter : « Aucun hiver n’est plus d’un blanc pur à la base d’un ciel bourré de nues ardoisées, qui présageaient une tempête de flocons plus épais, puis un dégel illuminé de mille gouttes d’eau et de bourgeons lancéolés. »
Chacun vit son hiver, y projette ses états d’âme, s’en sert pour parler de lui, pour se plaindre ou signifier sa différence. S’appuyant sur les travaux de l’ethnologue Martin de La Soudière, François Walter assure que l’hiver est au moins autant un symbole qu’une saison, un passage vécu seul ou en groupe. « Autant qu’une réalité concrète, il est réminiscence et épreuve », analyse-t-il. Les « hivers d’antan » sont une reconstruction de la mémoire. Ceux qui, dans les conversations courantes, estiment que les hivers sont de plus en plus doux citent souvent en référence des saisons particulièrement rudes ; d’autres mentionnent des années exceptionnellement neigeuses, introuvables dans les archives. Dramatisation et idéalisation, avec une bonne dose de nostalgie de l’enfance, sont le sel de l’hiver.
