Peut-on raison garder sur l’immigration ?
Publié en mars 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Le Britannique Alan Manning dirigeait le Comité consultatif sur l’immigration avant le Brexit. Professeur à la London School of Economics, il produit un livre « nuancé » sur ce qu’il appelle le « cercle moral » impliqué par le sujet, qui se transforme trop souvent en « cercle vicieux », écrit Delphine Strauss dans le Financial Times. Il commence par souligner une évidence rarement reconnue : dans les pays occidentaux, partisans et détracteurs de l’immigration exploitent les données statistiques de manière tendancieuse. Ils exagèrent et observent un savant flou artistique sur ce qu’ils feraient s’ils étaient aux manettes. La réalité est que les avantages et les inconvénients de l’immigration ne se prêtent pas à des réponses faciles. Manning en a autant contre la « complaisance intellectuelle » des libéraux que contre le nationalisme à courte vue de leurs adversaires. Les arguments des libéraux, écrit-il, « ne sont pas à même de convaincre les anxieux ». Un de ces arguments est par exemple que les pays riches ont besoin de plus d’immigrés pour financer les charges sociales entraînées par une population vieillissante. Bullshit. Les immigrés aussi vieillissent… Quand il était en fonctions, Manning a lutté contre le lobbying des employeurs, qui exagèrent les bénéfices de l’immigration. Selon lui, les immigrés en règle générale ne rendent pas l’économie plus productive ou dynamique. Sur l’autre bord, on exagère la pression exercée par les immigrés sur les revenus. En fait, les locaux tirent bénéfice d’immigrés qui se contentent de bas salaires pour des métiers dont on ne veut pas. Il est partisan de privilégier les immigrés capables d’occuper des fonctions de haut niveau de spécialité. Concernant les réfugiés, il suggère de supprimer la règle selon laquelle il appartient au pays de premier accueil de prendre l’entière responsabilité de les gérer. Il préconise la mise en place d’un système de partage des responsabilités entre pays. Quoi qu’on pense de ces idées, la conclusion de l’auteur est « irréfutable », juge Delphine Strauss : « Les politiciens qui veulent l’emporter sur le populisme doivent élaborer une politique migratoire que les électeurs approuveront ». Certes.
