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Shakespeare, l’Africain


Othello Shehal Joseph

Un exemplaire de la première anthologie des œuvres de Shakespeare, éditée en 1623, sept ans après sa mort, a été mis aux enchères ce mercredi à Londres. Cet ouvrage rare a été retrouvé par un libraire français dans sa boutique en 2014. Mais la découverte aurait pu être faite bien plus loin de la terre natale de l’auteur, tant son œuvre a voyagé, même de son vivant. La toute première représentation d’Hamlet dont une trace écrite ait été préservée a eu lieu en 1607 sur un bateau amarré en Sierra Leone. Son capitaine, William Keeling, le note dans son journal de bord. Il relève là l’une des premières incursions du dramaturge en Afrique, continent où il est aujourd’hui encore très présent, « depuis les discours des hommes politiques jusqu’au folklore des villages », comme le souligne Edward Wilson-Lee dans Shakespeare in Swahililand. Au XIXe siècle, les volumes de Shakespeare figurent ainsi dans le kit du parfait explorateur. Ils accompagnent les expéditions de Richard Burton et Henry Stanley, leur servant de « talisman d’identité anglaise… pour se garder de devenir des sauvages », note Wilson-Lee. En 1867, le missionnaire Edward Steere publie à Zanzibar la traduction en Swahili de contes shakespeariens pour éduquer la population locale. C’est aujourd’hui l’un des plus anciens textes en langue swahilie.

Au début du XXe siècle, Shakespeare est régulièrement joué dans les théâtres d’Afrique de l’Est. Et cet engouement pour les histoires élisabéthaines est transmis par… l’Inde. Venus participer à la construction de la voie ferrée d’Afrique orientale, les Indiens apportent dans leurs bagages les œuvres de Shakespeare, et la vision particulière qu’ils en ont. Où l’on voit Hamlet sur les champs de bataille moghols et Juliette mordue par un serpent…

Dans les années 1940 et 1950, l’enseignement supérieur entretient la flamme shakespearienne sur le continent. L’université Makerere (Ouganda) en transmettra le goût à plusieurs leaders indépendantistes, dont le premier président de la Tanzanie : « Nyerere traduisait Jules César et Le Marchand de Venise en Swahili à ses moments perdus durant les années mêmes où il construisait une nation indépendante, puis expérimentait le socialisme africain », rappelle Wilson-Lee.

LE LIVRE
LE LIVRE

Shakespeare in Swahililand. Adventures with the Ever-Living Poet de Edward Wilson-Lee, William Collins, 2016

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