Six cinglés du fascisme espagnol
Publié en juin 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
De même que le nazisme ne se comprend pas sans entrer dans la tête d’Hitler et de ses principaux acolytes, on ne saurait pénétrer l’essence du fascisme espagnol sans connaître les obsessions de ses principaux acteurs. Le Britannique Paul Preston nous y invite en fouillant la personnalité de six ténors de la guerre civile qui ravagea l’Espagne à partir du coup d’État manqué de juillet 1936. Le plus connu est sans doute le général Mola, qui supervisa l’assassinat de 50 000 civils en Espagne du Nord. Il faisait l’admiration d’Hitler. Le moins connu, du moins en France, est peut-être le capitaine Gonzalo de Aguilera Munro, un aristocrate de belle lignée, joueur de polo, qui finit ses jours dans un hôpital psychiatrique après avoir tué ses deux fils à bout portant. Il y a le théologien Juan Tusquets, auteur d’un best-seller antisémite, le général Gonzalo Queipo de Llano, qui sur les ondes encourageait ses soldats à tuer les civils et à violer les femmes ; le souteneur Mauricio Carlavilla, qui tenta de faire assassiner le Premier ministre républicain Manuel Azaña ; et le romancier et poète José María Pemán, qui avait eu le privilège de visiter Dachau en 1934. Qu’ils fussent catholiques, monarchistes ou fascistes attitrés, ils nourrissaient les mêmes obsessions. Nostalgiques d’une Espagne débarrassée de l’influence pernicieuse des « masses », qu’hélas la peste et autres épidémies ne parvenaient plus à éradiquer (se plaignait Aguilera), ils avaient tous en tête ce qu’ils appelaient « la collusion judéo-maçonnico-bolchevique ». Leur bible était les fameux Protocoles des sages de Sion, un faux conçu lors des derniers jours du tsarisme, relève Dan Kaufman dans la New York Review of Books. Dans son œuvre la plus influente, une épopée intitulée « Poème de la bête et de l’ange », Pemán décrit lesdits sages « penchés sur la carte de l’Espagne, cent nés crochus comme des becs de corbeaux […] complotant pour diviser l’Espagne ». La guerre civile est « une lutte magnifique pour saigner l’Espagne », écrit-il aussi. Il nous faut « tuer, tuer et encore tuer », explique Aguilera à un journaliste américain, et « remettre aux fers la race des esclaves ».
