Vers une troisième guerre mondiale ?
Publié en juin 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Pour comprendre ce qui pourrait se passer, réfléchissons à ce qui s’est passé. Tel est le principal message de l’historien du XXe siècle Odd Arne Westad. Il nous invite à reprendre à zéro l’analyse des causes de la Première Guerre mondiale, ce cataclysme (9 millions de morts) dont les conséquences forgent encore pour partie les ressorts de la géopolitique mondiale.
Dans une brillante analyse lisible sur Substack, le Pakistanais Mansoor Nuruddin pose les données à saisir. Deux mécanismes sont à l’œuvre : le culte de l’offensive, et d’une offensive rapide, prévaut dans les états-majors ; et dans la tête des politiques prévaut un amalgame de griefs à l’égard des autres puissances. Dans un tel contexte, la dynamique conduisant à la guerre repose sur quatre éléments. 1 : au cours d’une génération les craintes s’accumulent, comme une pièce qui se remplit de gaz. 2 : il faut un déclencheur (ce fut l’attentat de Sarajevo). 3 : une fois le déclencheur activé, les militaires prennent les commandes. 4 : les dirigeants qui pourraient dire stop ne le font pas.
Ce que dit Westad, c’est que ces deux mécanismes et ces quatre éléments sont à l’œuvre aujourd’hui. Spécialiste de l’Asie, il concentre son attention sur la rivalité entre les États-Unis et la Chine, qu’il compare à celle existant en 1914 entre l’empire britannique et l’Allemagne. On ne sait jamais d’où le déclencheur pourrait surgir, mais il pourrait bien se situer du côté de Taïwan. Westad s’interroge aussi sur la poudrière du Moyen-Orient, relève Christopher Caldwell dans la Claremont Review of Books. Ironie de l’Histoire, il a rédigé son livre avant l’intervention des États-Unis en Iran, ce qui le conduit à faire l’éloge d’un Trump plus retenu que Biden en matière d’engagements à l’extérieur…
Si Raymond Aron avait eu à commenter le livre de Westad, il se serait peut-être plu à faire surgir le diable de sa boîte : le rôle de la bêtise, dans tout ça.
