Classique – Roland marrant

Une nouvelle traduction de l'Arioste met en avant sa dimension comique. =>

« Je chante les armes et le héros », annonçait presque avec simplicité Virgile au début de L’Énéide. L’Arioste, lui, se propose carrément de chanter « les dames, les chevaliers, les armes, les amours, les courtoisies, les audacieuses entreprises »… Son Roland furieux, qui fut l’une des œuvres les plus lues et admirées de la Renaissance, se place d’emblée sous le signe de l’abondance et de la diversité. Une diversité qui inclut notamment celle des registres : « Il est à la fois profondément drôle et profondément sérieux, et il arrive à être drôle parce qu’il est sérieux », explique Tobias Gregory dans la London Review of Books, à l’occasion d’une nouvelle traduction anglaise, qui entend mettre en valeur cette dimension comique de l’œuvre.

Sur fond de guerre entre Francs et Sarrasins, Roland, le plus preux des preux chevaliers de Charlemagne, découvre que la belle Angélique lui a préféré Médor, un obscur soldat sarrasin. Il en devient « furieux » (c’est-à-dire « fou furieux »), se met à dévaster et massacrer tout sur son passage, traverse la Méditerranée à la nage… Pour qu’il recouvre la raison, son ami Astolphe va la lui chercher dans la lune. La guérison de Roland décide de la victoire finale des chrétiens.

Comme le rappelle Gregory, « lorsque l’Arioste entame son poème, vers 1500, les récits sur Charlemagne et ses chevaliers sont populaires depuis plus de trois siècles. Purement guerriers au début, ils ont fini par inclure les histoires d’amour et les aventures courtoises qui appartenaient à l’origine à une autre branche de la littérature chevaleresque, la geste arthurienne ». Le Roland furieux constitue l’aboutissement génial de ce processus de synthèse artistique, en même temps qu’une anomalie de l’histoire littéraire. Les successeurs de l’Arioste (le Tasse, en premier lieu) revinrent à une conception plus classique et épurée de l’épopée.


=> Comparer les articles Universalis et Britannica sur l'Arioste.

LE LIVRE
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Roland furieux de Classique – Roland marrant, Harvard University Press